La petite histoire de l'église de la Nativité de la Sainte-Vierge et Saint-Leu de Jouy le Moutier…

Longtemps connue comme église Notre-Dame de la Visitation, l'église de la Nativité de la Sainte-Vierge possède comme deuxième patron saint Loup de Sens.

Sa partie la plus ancienne et la plus remarquable extérieurement est le clocher roman à deux étages de baies, coiffé d'une flèche octogonale en pierre. Il ne devrait pas être beaucoup antérieur à 1130. S'élevant au-dessus de la croisée du transept, sa base sépare la nef du chœur, et afin de mieux les faire communiquer, elle a été rehaussée au XVIe siècle.

 

 

Les chapiteaux romans ont pour la plupart été conservés lors de cette opération hardie. Si la base du clocher est désormais aussi haute que la nef, elle est toutefois étroite, ce qui a motivé le déplacement de l'autel à la fin de la nef. Le beau chœur des années 1220 / 1240 influencé par l'architecture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, dont le chapitre nommait à la cure, est ainsi sans usage. La nef est d'un style gothique flamboyant moins raffiné, notamment autour des fenêtres hautes, mais elle est incontestablement d'une grande originalité tant pour les grands chapiteaux des arcades, que pour les galeries ouvertes avec balustrades à jour qui l'entourent au nord, à l'ouest et au sud.

Jouy-le-Moutier était l'une des trois paroisses du diocèse de Paris situées sur la rive droite de l'Oise.  Celle-ci ayant été trop étendue, la paroisse de Jouy-le-Moutier en a été détachée à une époque inconnue. Dès le IXe ou Xe siècle, la paroisse d'Andrésy appartient au chapitre de Notre-Dame de Paris qui nomme aussi à la cure, et il en va de même de Jouy dès le début. La plus ancienne mention connue de la cure de Jouy ne remonte qu'à 1186, date à laquelle l'église existe déjà. Vers 1250 environ, la paroisse de Jouy est à son tour devenue trop grande, et la nouvelle paroisse de Lieux (aujourd'hui Vauréal) en est démembrée. L'appellation Jouy-le-Moutier n'existe pas encore : en 1269, on y fait encore référence comme Joiaco ou Valle Joiaci, en latin, ce qui donne en français Joï. Plus tard, apparaissent aussi Villa Joyaci et Joiacum. On a commencé de parler de Jouy-le-Moutier pour éviter la confusion avec le hameau de Jouy-la-Fontaine. Moutier, moûtier ou moustier signifie une grande église en ancien français, mais puisque le terme est aussi donné comme traduction du mot latin monasterium, il s'est établie la croyance que l'église serait issue d'un monastère ; or, il n'en est rien. L'église est placée sous l'invocation de la Sainte-Vierge. Le second patron, saint Loup de Sens (vers 573-623), n'est pas encore mentionné dans les actes de la fin du Moyen Âge. Patron des jardiniers, il est appelé saint Leu en Île-de-France et couramment associé à saint Gilles l'Ermite (640-720), et une chapelle du collatéral nord du chœur était effectivement dédiée à Saint-Gilles (en reste comme souvenir sa statue dans la niche au-dessus de l'entrée de la sacristie). La dédicace de l'église est traditionnellement célébrée le 12 septembre. En 1754, l'abbé Lebeuf ne mentionne point le titre de la Visitation de la Vierge Marie, qui au moment de l'érection de la paroisse n'était de toute façon pas d'usage. Mais l'église a longtemps été connue comme l'église Notre-Dame-de-la-Visitation2,3,4. Ce titre a été abandonné par la paroisse, qui a placé l'église sous le vocable de la Nativité de la Sainte-Vierge qui se célèbre le 8 septembre5.

En 1993 / 1994, lors des travaux pour l'installation du chauffage par le sol, des fouilles archéologiques ont été menées dans l'église, et permis de dégager les traces d'édifices antérieurs au XIIe siècle5. La partie la plus ancienne de l'église actuelle est le clocher central, dont seulement les quatre piles subsistent à l'intérieur. La disposition des chapiteaux dans les angles de la croisée du transept indique un voûtement d'ogives ès l'origine : la proche Normandie et le Beauvaisis sont précurseurs en le domaine et une date au début du second quart du XIIe siècle paraît plausible.

Par ailleurs, l'influence normande se confirme par la disposition des colonnettes qui supportent les doubleaux secondaires : elles ne sont pas engagées dans les angles rentrants, mais adossées aux dosserets de la pile comme les colonnes supportant les arcades. C'est une disposition rare qui existe notamment dans les églises Saint-Étienne et Saint-Nicolas de Caen. Extérieurement, le clocher ressemble beaucoup à son homologue de Nesles-la-Vallée, qui date de 1130 / 1140 et montre davantage de perfection dans les détails. Ainsi l'on peut considérer que le clocher de Jouy-le-Moutier date des années 1130.

Entre 1220 et 1240, les chanoines de Paris font bâtir un nouveau chœur de deux travées, qui doit rester étroit afin de contrebuter le clocher. Ce chœur se situe stylistiquement entre la fin de la période gothique primitive et l'essor du style gothique rayonnant.

Au premier quart du XVIe siècle, le portail occidental, la nef, les bas-côtés et les anciens croisillons sont largement remaniés dans le style gothique flamboyant ; pour la nef et les grandes arcades, il s'agit même d'une reconstruction presque totale. Les détails seront abordés lors de la description de l'église (voir ci-dessous). Le porche est construit à cette époque. Vers la fin du règne de François Ier, le remplage de la grande verrière du chevet est refait. — Quand le baron Ferdinand de Guilhermy visite l'église en 1844, le portail occidental possède encore un trumeau central avec une niche, abritant la Vierge à l'Enfant assise et allaitante qui se trouve maintenant à droite du maître-autel. Le portail du bas-côté sud est alors bouché, et son tympan présente un double trilobe superposé ; les quatre chapiteaux datent encore du milieu du XIIIe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'église est classée monument historique par arrêté du 11 décembre 1912. Au début des années 1920, seulement l'arc reste encore visible de la porte du portail latéral sud, des rainures des trilobes du tympan, et les voussures de l'archivolte sont dépourvues d'ornements. La façade occidentale est restaurée dans l'entre-deux-guerres, et le portail latéral sud est alors reconstitué, mais il n'es pas certain que sa forme soit conforme aux observations du baron de Guilhermy. Michel Join-Lambert souligne ent tout cas que cette restauration met en valeur la façade, et elle dégage également le clocher. Le toit en pavillon du porche est refait ultérieurement, mais il ne retrouve pas sa couverture d'ardoise mentionnée par Louis Régnier8,1.,9.

Après la Révolution française et la création du département de Seine-et-Oise, la paroisse est rattachée au nouveau diocèse de Versailles qui correspond exactement au territoire du département. Dans le contexte de la refonte des départements d'Île-de-France, le nouveau diocèse de Pontoise est érigé en 1966, et Jouy-le-Moutier en fait partie à l'instar de toutes les autres paroisses du département. Le diocèse de Paris se limite désormais à la seule ville de Paris. Le groupement paroissial de l'Hautil inclut aujourd'hui les anciennes paroisses indépendantes de Jouy-le-Moutier, Neuville-sur-Oise et Vauréal. Des messes dominicales sont célébrées dans l'église de la Nativité de la Sainte-Vierge de Jouy-le-Moutier tous les dimanches et fêtes à 10 h 00 ; en semaine, une messe a lieu le vendredi matin à 9 h 00. Si l'église de la Nativité de la Sainte-Vierge est la plus grande et la plus ancienne du groupement paroissial, c'est la très récente église Sainte-Claire de Vauréal qui est désormais au centre de toutes les activités en dehors des messes10.

L'église a été classée monument historique par arrêté du 11 décembre 19121. Sa restauration a toutefois commencé dès les années 1870, et si elle n'a pas été heureuse sur tous les plans, elle a respecté tous les chapiteaux à l'intérieur.