La conversion atelier 2

Tous les paroissiens de l’Hautil savent maintenant que, dans le cadre du Projet Pastoral Missionnaire, la première année porte le titre « Tous appelés à la conversion, à une mise en route ».

Cependant, beaucoup d’entre eux s’interrogent : « que veut dire le mot conversion ? » Car, au-delà d’une simple compréhension du mot, on ne saisit pas bien ce que cela signifie.

« Selon sa signification étymologique, conversion (du latin conversio) signifie retournement, changement de direction. C'est ainsi qu'en toute logique le mot est employé pour désigner l'opération par laquelle on inverse les termes d'une proposition. » Encyclopédie Universalis

Suis-je concerné ?

Dans notre contexte, en tant que chrétien, se convertir prend donc un sens très personnel : le projet pastoral me demande de me retourner, de changer de direction. Mais de quel retournement, de quel changement de direction s’agit-il ? « Car si je suis croyant depuis de nombreuses années, je ne vais pas changer de direction, je ne vais pas cesser de croire, d’aller à la messe, même si c’est plus ou moins régulier, d’être dans un service d’Eglise, de participer à un mouvement, de dire mon chapelet ou d’aller à la messe en semaine. Donc ce mot « conversion » ne s’adresse pas à moi mais aux personnes extérieures à l’Eglise, à ceux qui sont sur le seuil et qui ont du mal à franchir la porte de l’Eglise. » Je ne suis donc pas concerné. Dans la vie de tout chrétien, dans ma vie quotidienne, le point de départ de ma foi ne vient-il pas de moi, même si, à l’origine, elle vient de mes parents ? C’est donc en toute liberté que je vis ma foi et la manifeste par ma présence à la messe ou à différentes occasions. En cela, ma conversion est déjà faite. Arrêtez d’en rajouter comme s’il fallait toujours en faire plus. »

Mais ne suis je pas déjà converti ?

Le christ montre une nouvelle direction de vie à la Samaritaine !

La conversion ou une conversion en continu

Voilà une réponse qui semble logique. Il nous faut donc trouver un autre sens au mot « conversion ». L’épisode de la Samaritaine vient nous révéler une autre manière de penser la conversion. Voilà une femme ordinaire, toute centrée sur sa vie désunie. Elle a la foi de ses pères mais ne doit pas trop en faire, d’autant qu’aux yeux de la société, elle est loin d’être irréprochable avec ses cinq maris, comme si elle les épuisait tous. On comprend pourquoi elle va puiser l’eau du puits de ses ancêtres en plein midi, à une heure où personne ne s’y rend, tant il fait trop chaud dans ce village de Samarie. Elle est croyante, certes, mais sans plus car toute la société est croyante en ces temps-là. Rien ne peut changer sa vie désunie ; celle-ci va suivre son cours chaotique, ni plus, ni moins. Jusqu’à ce qu’un changement de direction ne s’opère mais cela ne vient pas d’elle.

Tu étais avec moi et moi je n’étais pas avec toi

Un père de l’Eglise, Saint Augustin, célèbre en son temps, évêque d’Hippone (354-430), a connu une vie aussi mouvementée que celle de la Samaritaine pendant une dizaine d’années. Puis, il a fait cette rencontre improbable du Seigneur : il a vu la lumière immuable. Et il écrit : « Je t’ai aimée bien tard, Beauté si ancienne et si nouvelle, je t’ai aimée bien tard ! Mais voilà : tu étais au-dedans de moi quand j’étais au-dehors, et c’est dehors que je te cherchais ; dans ma laideur, je me précipitais sur la grâce de tes créatures. Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi.»

La conversion qu’en dire maintenant ? C’est renaitre d’eau et d’esprit. Ce n’est pas optionnel pour le chrétien. Le baptême de la petite enfance, voire d’adulte est une entrée en matière mais n’est qu’une entrée en matière. La conversion, c’est mettre en œuvre ce qui a été déposé en nous au moment du baptême. C’est aujourd’hui inverser nos représentations habituelles : c’est Dieu qui part à notre recherche depuis la nuit des temps, c’est Dieu qui, au cœur de notre être, attend patiemment que nous nous retournions et que nous le laissions prendre la place. Ce sont les autres qui nous révèlent l’étincelle que Dieu a déposée en eux, comme en nous. C’est donc partir à la rencontre de la Présence qui est là, prête à nous faire vivre de la Source de Vie, en nous et dans les autres.

Dieu au cœur de chaque homme

Dieu est au cœur de chaque homme, prêt à se dévoiler si l’homme y consent. Toute la tradition mystique de Saint Augustin, Denys l’Aréopagite, Saint Bernard, Maitre Echkart, Jean de la Croix, Thérèse d’Avila, Ignace de Loyola et bien d’autres, nous montre le chemin pour effectuer ce dévoilement. Sommes-nous appelés à une telle démarche mystique ? Certes non dans la forme que ces hommes et femmes ont su donner. Mais ce qui nous revient c’est de nous laisser apprivoiser modestement, humblement par cette Présence qui est là au fond de notre cœur, qui nous dit de lâcher notre égo, nos représentations humaines et mondaines et de nous laisser convertir à l’Amour.

Mais attention ! Pas de culpabilité si chacun pense qu’il n’en est pas capable ou qu’il ne peut y arriver ! C’est une présence d’Amour qui, petit à petit, va nous approcher dans la délicatesse, la tendresse et la patience. Le cri de Dieu « Où es-tu ? » lancé à Adam, après la chute, va résonner en nous comme si nous étions en mesure de l’entendre faiblement puis, comme si le son montait progressivement, la voix de Dieu se faisant plus distincte, plus précise quand nous le laissons devenir acteur de nos vies.

Se laisser convertir par

l' Amour

Dieu part à ma recherche. Est ce que je me retourne ? Est ce que je change de sens pour le rencontrer ?

Pour faire quoi ?

Sa Présence est là car Dieu nous parle bien plus que nous ne le pensons. Ce n’est pas parce qu’on a les oreilles bouchées que celui qui essaie de nous parler ne dit rien. Dieu s’adresse à nous quotidiennement. Certes, sa Parole ne passe pas par nos sens physiques ordinaires mais par des ressentis intérieurs qu’on appelle des motions, c’est comme une certitude intérieure, un état qui nous donne de la paix et de la joie. Ces motions se rencontrent à la lecture d’un texte d’Evangile ou par la parole des autres quand ils s’adressent à nous d’une manière ajustée qui fait écho au ressenti intérieur. Ils ne savent pas nécessairement qu’ils sont les porte-paroles de Dieu.

Vous connaissez la phrase de l’Apocalypse, maintes fois dite dans cet atelier « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap, 3, 20) La conversion, finalement, c’est de libérer la clenche de la porte et de laisser le Seigneur venir à notre table.

Car le Seigneur nous appelle à faire son œuvre, non pas à faire pour lui, pour lui plaire, pour obtenir ses grâces, mais à ce que ce soit lui qui agisse par notre intermédiaire, œuvre de Dieu et non œuvre pour Dieu. Le Royaume des Cieux est déjà là si nous nous considérons comme les serviteurs de Dieu, convertis et inspirés par Lui. C’est ce que va faire la Samaritaine en se précipitant rencontrer les gens de son village.

La conversion c'est ouvrir sa porte pour laisser Dieu agir en nous !

Puits de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine

Revenons à la Samaritaine.

Voici un tableau qui marque le mouvement du texte, une construction en structure inversée :

 

 

Comme on peut le voir, cette forme circulaire du texte a un but précis : dire que Jésus est le messie, le Christ (v. 26) et qu’il est le Sauveur du monde (v. 42).

Regardons les personnages de ce texte : la Samaritaine, Jésus, les disciples et les villageois.