Messages d'Etienne notre curé

 Homélie du 31e dimanche de l'année C - 03 novembre 2019

Laisse Jésus visiter tes « Jéricho » Télécharger l'homélie 

Dans la Bible, il est écrit que Jéricho, appelée aussi « ville des palmiers » (Dt 34,3; Jg 1,16; 2Ch 28,15), fut la première ville de Terre Sainte qui tomba aux mains des Israélites sous les ordres du successeur de Moïse : Josué (Jo 6, 1-27). « La prière de Jéricho » qui se fait pendant 7 jours lorsque nous sommes face à un mur, face à une situation totalement bloquée humainement, trouve son origine à partir de ce texte. Le prophète Elisée purifia les « eaux malsaines » d’où provenaient la mort des êtres vivants et la stérilité de la terre, en y jetant du sel (2R2, 19) à Jéricho (cf. rituel bénédiction de l’eau + sel). Selon les écrits religieux, c'est ici, à Jéricho, dans une fameuse grotte, que Jésus séjourna lors de la tentation de Satan, pendant 40 jours et 40 nuits. C’est à Jéricho que Jésus guérit l’aveugle Bartimée (Marc 10, 46-52) et rencontre Zachée.

Jéricho est située au nord de la mer Morte et à 37 kilomètres à l'est de Jérusalem. Nous sommes en Palestine. C’est l'une des villes les plus anciennes au monde. Construite dans une oasis au milieu du désert, elle a été habitée sans interruption depuis plus de huit mille ans. D’ailleurs, quand Abraham y passait en nomade avec ses troupeaux, vers 1.800 avant J. C., c'était déjà une ville qui existait depuis quatre millénaires. Jéricho est une sorte d'anomalie dans la géographie de la planète. C’est en effet la ville la plus basse de la terre, car elle est située à 300 mètres en-dessous du niveau de la mer !

Jéricho est le symbole de notre vieille humanité, c’est ce vieil homme en nous qui s’endort parfois et se réveille jusqu’à pourrir notre vie et celle des autres. Jéricho, c’est tous ces bas sentiments que nous portons, toutes ces anomalies de notre vie ; c’est cette zone d’inconfort, de mal être en nous, au plus profond, au bas fond de notre cœur. C’est mon caractère irascible, mon côté pervers, mes échecs et blessures intérieures. L’expérience montre que nous pouvons avoir une ou plusieurs Jéricho en nous. Cependant, chose extraordinaire, Jéricho devient donc pour Dieu et pour nous, le lieu de rencontres inattendues avec Jésus, d’illumination, de guérison et de conversion… D’où le thème : « Laisse Jésus visiter tes « Jéricho » » (le dire à celui qui est à sa droite et sa gauche !).

Dans l’épisode d’aujourd’hui, Jésus traverse Jéricho avant de prendre le chemin qui monte vers Jérusalem, comme il continue de traverser nos soucis, les préoccupations quotidiennes de chacune de nos « Jéricho ». En entrant dans la ville, il guérit un aveugle (Luc 18, 35-43) et, à la suite de ce miracle, tout le monde cherche à voir le « prophète », y compris Zachée, le riche publicain.

Mais qui est-il ce Zachée ? Il est collecteur d’impôts à la solde des Romains considéré « un pécheur par métier ». Il est « excommunié » et rejeté par ses compatriotes. C’est un requin de la finance que tout le monde déteste. Il exploite et opprime les pauvres gens ! Ce chef des publicains, qui fait d'énormes profits en affamant les pauvres, étale sa richesse et son luxe dans la villa la plus riche de la ville. Mais, paradoxalement, cet homme a en même temps une candeur, une curiosité, une naïveté et un désir d’enfant qui le rendent si sympathique.

Juste une parenthèse. Zachée rejoint chacun de nous. Son histoire est un peu la nôtre. Zachée, c’est tout le monde et chacun d’entre nous dans nos contrastes et nos tourments. Il est petit physiquement mais riche. Tout comme nous, nous avons aussi nos pauvretés, nos misères et nos richesses.

Cet homme (Zachée), compromis dans les magouilles sociales, enfoncé de ses réussites ambiguës et sa réputation douteuse, empêtré dans ses propres contradictions, chargé de ses échecs et pourtant encore habité de désirs et de candeur, lassé de son existence si médiocre et encore rempli d’aspiration à une autre vie, court donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Zachée fait l’effort de sortir de chez lui pour rencontrer Jésus : laissons-nous, comme lui, en tirer toutes les conséquences.

Jésus passe sous l’arbre, levant les yeux, il aperçoit l’homme comme il nous perçoit maintenant, et crie ; « Zachée, descends vite ! », descends de ton personnage, descends de tes rôles, descends de tes peurs et de ton égocentrisme, descends dans ton cœur pour y rejoindre Celui qui y habite depuis ton baptême ! Car, comme Zachée, nous avons tendance à juger le monde de haut, de notre lieu d’observation. Nous savons toujours très bien ce que les autres doivent faire : Dieu, la famille, les voisins, les politiciens, les professeurs, les prêtres, les bénévoles… Mais, le Seigneur nous invite ce matin à quitter notre lieu d’observation pour entrer chez nous avec lui. Là nous serons en mesure de mieux évaluer notre propre comportement. Nous verrons ce qui ne fonctionne pas bien dans notre vie, et nous serons moins tentés de juger et de condamner les autres. Prendre le temps de descendre, c’est le premier pas de la conversion. Jésus ajoute simplement : « Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison ».  

Dans ta maison ? Cela veut dire dans tes propres contradictions, dans les difficultés de ta situation, dans tes désirs, dans tes échecs, dans tes candeurs et dans tes pesanteurs… c’est là que le Christ veut s’installer pour y apporter la délivrance et la liberté. « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu », dit Jésus. Le Fils de l’homme vient mettre en harmonie ce qui nous tourmente. Il vient, par son pardon, restaurer ce que nous croyons perdu avec ce qui en nous est encore vrai.

Le regard de Jésus sur Zachée, c’est le regard d’amour de Dieu sur tous les êtres, spécialement sur l’homme. Du côté de Dieu, même l’être apparemment le plus abîmé garde en lui un morceau de paradis qu’il faut sauver. Et Dieu dans son amour ne rêve que de lui pardonner, de le relever. Le Seigneur voit plus loin que nos faiblesses, nos lacunes et nos péchés. Il voit ce que nous pouvons devenir. Ce n’est pas le passé qui l’intéresse mais l’avenir.

Pour terminer, laissons Jésus venir chez nous. Pas seulement dans les parties les plus présentables de notre existence, dans la pièce la plus en ordre en cadenassant à double tour les chambres mal rangées dont on est moins fier. Laissons-le traverser nos « Jéricho », regarder tous les coins et recoins de notre vie. Entendons-le nous dire ce matin : il me faut demeurer chez toi, partout chez toi ; laisse-moi m’installer dans tes échecs, tes péchés, tes angoisses, tes addictions, dans tes désirs d’enfance et tes naïvetés. Que l’eucharistie au cours de laquelle Jésus nous offre son amitié, comme il l’a offerte à Zachée dans la ville de Jéricho, lui permette d’habiter dans nos cœurs : puisse-t-il y faire sa demeure et nous aider à être plus généreux. Ainsi soit-il !

Les photos de l'installation

d'Etienne NTAMBWE  NKASHAMA WA KALUBI,

le nouveau curé du Groupement Paroissial de l' Hautil