Réflexion – Méditation – Prière

TEXTES ECRITS par Bernard Pommereuil pendant cette période de Confinement

 Mercredi 22 avril 2020

J + 37 – Clap de fin

Chers amis, j’ai décidé, en toute sagesse, d’arrêter mes chroniques matinales. Il faut bien un  terme aux choses même si elles peuvent être encore coronavirées.

Il est temps, pour moi, de me préoccuper de l’ordinaire, c’est-à-dire de reprendre le travail pour l’Atelier Bible et Partage.

Pour ceux qui ne connaissent pas cet atelier, depuis le début de l’année, je fais une approche de la messe en découpant chaque temps de la messe et en l’approfondissant. Au moment du confinement nous étions, après les récits de l’institution, soit la consécration, à réfléchir sur la Présence réelle. Je vais donc travailler le Notre Père et la suite jusqu’à « l’Ite Missa Est ».

Je m’aperçois que mon esprit ne peut travailler sur la chronique quotidienne et sur le sujet de l’Atelier. J’en suis navré mais je ne peux pas faire mieux. Et puis, il y a à repenser le Projet Pastoral Missionnaire de la paroisse avec tous les amis qui en font partie pour voir comment le reprendre.

Pour ceux qui ont suivi mes chroniques, je vous aurai nourris comme je me suis nourri moi-même en approfondissant les sujets proposés.

Je vous remercie de votre fidélité.

Petit rajout : je continue, pour ceux qui le veulent, avec la lecture du livre, à partir d’aujourd’hui, du Père Adrien Candiard, dominicain, « Quand tu étais sous le figuier ».

Zoom – 14h – code 660 971 8997

Ce fut pour moi un bonheur d’être en lien avec vous tous en ce temps confiné.

Comme cadeau, je vous laisse en pièce jointe l’ensemble des chroniques avec les poèmes. Vous pourrez piocher si vous avez besoin de relire certains passages ou si vous souhaitez faire une collection de poèmes.

Avec toute mon amitié

Bernard

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Mardi 21 avril 2020

J + 36 – Nous entamons notre sixième semaine du « restons à la maison » en incruste sur nos écrans de télé. C’est lourd et usant....

....Transformer la banalité de chaque instant que nous vivons en amitié avec le Seigneur. C’est le challenge auquel nous sommes appelés. L’obscurité de ma pensée peut vous induire en erreur en vous faisant croire que le chemin est compliqué, tortueux et confus. Alors qu’il est simple et clair : Dieu nous aime, sans restrictions, Jésus vient nous prendre par la main pour nous conduire vers le Père, l’Esprit est là en chacun de nous comme « hôte intérieur », ouvrant notre âme à l’indicible échelle qui nous hisse vers le Père ; nous avons juste un « oui » à leur donner dans cet accompagnement et à nous revêtir des habits de fête dès que nos oripeaux, flétris par nos souillures, auront été débarrassés de tous nos vieux restes de mondanités.

Il n’y a vraiment pas besoin de faire des études de théologie pour comprendre cela. Juste un cœur qui s’ouvre, qui se laisse bousculer, qui avance vers la Lumière alors qu’il est encore dans l’obscurité plus ou moins profonde. Mais voilà, il sait que la Lumière est là, prête à apparaitre dès lors que les allégements ont été effectués.

Guillaume Apollinaire (1880-1918)


LA TZIGANE


La tzigane savait d’avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l’Espérance
L’amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l’oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs Ave
On sait très bien que l’on se damne
Mais l’espoir d’aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
À ce qu’a prédit la tzigane.


Alcools, 1913

C’est cela l’espérance, encore une vertu théologale, dont j’ai déjà parlé (le 28 mars) mais qui fait son retour car elle nous sert à creuser notre relation à la Trinité bienheureuse. Vertu qui nous vient de Dieu. Elle vient nous rappeler que le projet de Dieu, maintes fois écrit, est de nous voir tous autour de lui afin de partager un festin d’amour et de joie avec la Trinité et toutes les âmes absorbées par la Lumière divine.

Je me réjouis de ces moments que nous vivrons ensemble, laissant le coronavirus comme un grain de sable dans notre histoire sacrée. Dieu nous attend et met à notre disposition l’espérance comme viatique pour notre itinéraire difficile et chaotique. Ce n’est pas un rêve imaginaire et irréel mais une force intérieure qui nous conduit vers, au même titre que la foi et la charité.Elle a aussi un autre but, celui de nous ramener en permanence vers le Christ pour qu’il soit de plus en plus présent dans notre quotidien en nous tournant insensiblement vers la fin des temps.

Revenons à notre confinement. Le danger qui nous guette est l’usure venant de l’isolement, de la monotonie des jours sans fin, de l’absence de perspectives pour les jours à venir, d’une reprise de sortie de confinement incertaine, inégale et peut-être injuste, probablement colérique. L’espérance n’est pas un baume pour cacher le côté sombre de nos vies. Elle est là pour nous recentrer sur Jésus et pour nous dire que c’est lui qui nous apporte le sens de nos vies et les réponses aux nombreuse questions qui nous traversent, étant entendu que Jésus ne fera pas la part qui nous revient mais seulement, par sa Présence, nous fera voir tout autrement ce que nous percevons comme étant la réalité. Il nous dévoilera une autre dimension de notre être face aux difficultés que nous allons rencontrer. C’est cela l’espérance en marche.

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Comme poème, J’ai choisi un poème de Guillaume Apollinaire, La Tzigane

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Claude Roy (1915-1997)
COPLAS

Il y a au creux de mon coeur
Deux grands escaliers de cristal
Par l’un s’en monte ma douleur
Par l’autre descend mon bonheur
*
Je rêve que je rêve dans un berceau
Et que tout près de moi tu chantes
Je rêve que tu me donnes un baiser
Je rêve que je rêve entre tes bras
*
Je ne désire aucune richesse
Que m’endormir auprès de toi
Et que n’avoir pour oreiller
Tes cheveux déroulant leurs tresses
*
Les soupirs qui s’enfuient de moi
Et ceux qui s’enfuiront de toi,
Ah ! s’ils se croisent en chemin
Combien ils auront à se dire !
*
Je veux être le sépulcre
Où tu seras enterrée
Pour te tenir embrassée
Toute notre éternité.
*
Il est au-dedans de mon coeur
Une table de cristal
Sur laquelle jouent aux cartes
Mon amour et ta perfidie.

Lundi 20 avril 2020

J + 35 – Avec le beau temps, avec les arbres en fleurs, les plantes qui poussent, avec ce moment où tout renait, avec nos envies contrariés, le confinement se recouvre d’une épaisseur qui met nos nerfs à dure épreuve. Peut-il en être autrement ? C’est la vertu de patience dont je voudrais parler aujourd’hui car elle est d’autant plus utile qu’elle nous semble s’éloigner de nous au fur et à mesure que le confinement perdure.

Le dictionnaire nous dit : « Aptitude à ne pas s'énerver des difficultés, à supporter les défaillances, les erreurs, etc. » Cependant, je préfère chercher son origine dans l’Ecriture. Saint Paul va nous la donner : « Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. » (Ga 5, 22-23).

La Loi n’intervient pas, ce n’est donc pas une injonction à réaliser mais bien un don à recevoir. La patience est le fruit de l’Esprit. Après la fragilité, explorons cette vertu qui nous est donnée par l’Esprit. Encore un don ! Certes, on peut penser que c’est une aptitude humaine qui n’a rien de spirituel. Un père ou une mère doit avoir de la patience avec son enfant turbulent, agité ou rebelle. C’est nécessaire. Mais dans l’esprit de Saint Paul, il ne s’agit pas de la qualité humaine qui nous est, certes, nécessaire mais d’un mouvement intérieur qui nous invite à regarder quelle patience nous avons vis-à-vis de nous-mêmes.

Creusons un peu plus dans ce qu’elle a à nous dire. La patience se regarde de deux côtés ; quelle patience Dieu et les autres doivent-ils faire preuve vis-à-vis de moi, et de quelle patience dois-je avoir devant le silence de Dieu ou ce que je crois être son inaction ou devant l’inertie de certains  que je côtoie et qui ont don de m’exaspérer par leurs actes répétés et que je pense mauvais ?

Nous voilà à nouveau sur le terrain de la conversion. Celle-ci, fruit de l’Esprit, fruit de l’amitié que le Seigneur tisse en moi va me transformer profondément et m’amener à vivre ma relation aux autres autrement.

En quelque sorte, la patience, qualité humaine indiscutable, va être révélatrice de mon propre itinéraire spirituel. Elle va être le curseur de la façon dont j’accepte que ce qui n’est pas moi puisse être important, voire essentiel tant pour la construction du Royaume que pour le tissage d’une communauté fraternelle. Vous voyez combien elle met à jour notre égo qui peut être irrité par son intrusion alors qu’il n’a qu’un désir celui de soumettre les autres, y compris Dieu, à ses décisions ou ses positions.

Elle va percer les secrets de nos miroirs quand, dans une inversion souhaitée, nous nous fixons sur les faits et méfaits que l’autre peut faire et qui nous semblent  insupportables alors qu’elles ne sont que le reflet et l’écho de nos propres obscurités. La patience commence son œuvre dans l’acceptation de l’insatisfaction de notre âme qui recherche Dieu et est tout autant attirée par le monde. C’est pour cela que l’insatisfaction de l’âme se porte sur les autres ou sur Dieu pour éviter de se retrouver en face d’elle-même. Epreuve de vérité qui nous burine pour faire baisser nos tensions intérieures et nous conduire petit à petit sur le chemin de la paix.

On voit combien c’est une vertu hautement importante pour notre chemin spirituel. Et, bien évidemment, le confinement la met en première ligne pour nous montrer où se trouve notre curseur.

Alors, en face, la patience de Dieu devient le modèle à imiter car une chose est certaine : Dieu est d’une patience infinie. « Merveille que fit pour nous le Seigneur ». Nous avons tous des infidélités plus ou moins graves à déclarer à Dieu. Il est loin d’être présent en nous 24h/24h. Et pourtant, Dieu nous attend sans broncher, sans nous juger avec une patience revêtue de son amour. C’est ce que nous dit Paul dans la première lettre aux Corinthiens « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil. » (1 Co 13, 04)

Cependant, nous ne pouvons regarder la patience de Dieu, l’admirer, la rêver et rester immobile. La patience se met en œuvre au cœur de notre conversion. Ecoutons encore Paul dans sa lettre aux Colossiens : « Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » Co 3, 12

Ainsi, la période confinée est un moment propice pour regarder dans quel état est notre patience et comment elle peut devenir une vertu indispensable pour aujourd’hui nous élever un peu plus vers un Seigneur présent ici et maintenant, patient et plein d’amour pour nous.

Comme poème, J’ai choisi un poème de Claude Roy « Coplas »

Dimanche 19 avril 2020 –

J + 34 – Se regarder fragile, c’est une vision bien délicate. C’est par nos fragilités que le Seigneur nous parle et agit en nous et non par une vision de nous-mêmes remplie de la certitude d’être un bon croyant et pratiquant, tourné vers les autres, agissant comme il faut dans la paroisse, dans sa famille ou au travail …

Je revendique l’erreur, la faute inexcusable, l’échec, le douloureux constat de mes imperfections, non qu’il faille les brandir comme des trophées mais parce que c’est par eux, par elles que je vais retrouver l’amitié, la confiance avec et dans le Seigneur. Etrange paradoxe incompréhensible pour un esprit uniquement rationnel, nous ramenant à la parole du pape Innocent III (1160 - 1216) « Heureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur ! ».

Car c’est bien là l’enjeu de notre foi. Nous ne revendiquons pas une assurance tous risques post-mortem, mais une vie au jour le jour où nous côtoyons le Royaume par l’amitié que le Seigneur nous propose en abandonnant nos prétentions à la pureté au profit de l’acceptation et de la reconnaissance de nos fautes balayées par la puissance de la miséricorde et du pardon du Père portée par le Fils.

Quel Rédempteur ! Je n’aime pas trop ce mot car je n’arrive à avoir une véritable compréhension et représentation de ce qu’il veut dire.

Pour qu’il prenne sens, il nous faudrait une mise en situation complète du danger que nous courrons, et je me dis que mes petites fautes,  mes imperfections, mes trahisons ne sont pas susceptibles de me précipiter dans un gouffre pour qu’un Sauveur ailé me retienne juste avant de m’écraser au sol. Je suppose que beaucoup d’entre vous sont dans la même situation. Et c’est là-le principal obstacle à notre foi. C’est pour cela qu’il est plus facile de se réfugier dans l’application de règles codées, facilement repérables qui permettent de savoir si je les transgresse ou les respecte. En cela, la morale d’autrefois, que l’on dénonce tant, avait le mérite d’être simple et claire pour toutes les catégories de population, y compris pour les prêtres qui pouvaient avoir une grille d’évaluation des fautes du pénitent et aussi les classifier (vénielles, mortelles).

Andrée Chedid (1920-2011)


L’AUTRE REALITE


La marée des mots
La tempête du verbe
La souffle de la parole
Désignent l’autre réalité
Impalpable mais souveraine
Insondable mais quotidienne
Qui nous exalte
Ou nous dévaste
Nous consume
Ou nous affranchit


Rythmes – Poèmes NRF – Gallimard p. 38

Le problème, c’est que ce n’est pas pour cela que Jésus est venu, qu’il a vaincu la mort par sa propre mort et a été levé du tombeau par le Père, nous offrant de partager sa Résurrection. Jésus n’avait pas besoin de venir sur terre. Il suffisait que la Loi juive soit appliquée sur l’ensemble de la terre. Quelques coups de bâton du Père auraient dû suffire à remettre les hommes dans le droit chemin. Mais n’est-ce pas décrire soumission et contrainte pour parvenir au Royaume ? Cela le Seigneur n’en veut pas et il nous le dit dès le chapitre 3 de la Genèse dans cette question qu’il pose à Adam et à chacun d’entre nous : « Où es-tu ? ». Echec de cette première révélation…

Alors j’en reviens au mot : « Quel Rédempteur ! » Il faut en appeler à la Trinité pour comprendre ce qui nous arrive car c’est d’elle que part tout le mouvement qui va nous emporter pour nous conduire vers le Royaume. La Trinité c’est un volcan d’Amour, en éruption permanente. C’est le Don dans sa pureté et sa totalité car la Trinité ne garde rien pour elle. Elle nous enveloppe de ses volutes, nous proposant de nous débarrasser de toutes nos scories qui nous retiennent et qui reposent sur l’éphémère, le périssable, l’inutile, la recherche de gloire, le désir de possession et d’accaparement, toute la panoplie d’un égo bien installé. Ceux-ci prennent la forme de la Faute et pour la faire disparaitre, la Trinité y met le paquet et comme ça colle terriblement à notre peau, le Fils, dans sa Résurrection vient prendre chacun, chacune d’entre nous par la main pour le débarrasser de ses scories.

Il a nom de Rédempteur. Encore faut-il que nous le voulions. Et là, c’est le petit pas qu’il nous faut franchir celui de prendre conscience de ces scories et de désirer s’en débarrasser. Or nous ne pouvons le réaliser nous-mêmes. Le petit effort que nous avons à faire c’est de lui demander de nous aider à regarder notre réalité en face, celle qui nous entrave comme le désir de retour sur investissement, la recherche du magique, le désir d’obtenir le Royaume sans besoin de réponse de notre part ou de croire qu’il nous est automatiquement acquis, etc… Cela s’appelle la conversion, c’est pour cela qu’elle peut avoir un commencement mais n’a pas de fin.

« Heureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur ! ».

Rassurons-nous, si on n’y arrive pas le premier coup ce n’est pas grave, car la Trinité est d’une patience infinie et sait nous attendre autant qu’il le faudra. Ceci étant, il ne s’agit pas d’attendre l’avant-veille de notre mort pour commencer à y songer d’autant que le bonheur, c’est-à-dire la paix et la joie intérieures nous sont données dès que nous avons fait le pas nécessaire. Alors, ne nous en privons pas pour une question d’orgueil et d’égo obsolète.

Aujourd’hui, c’est le dimanche de la Miséricorde, coïncidence heureuse qui nous ramène au cœur du mystère du Rédempteur et de la Trinité bienheureuse. Vivons-la dans un mouvement où c’est tout notre être qui se donne à Dieu, implorant sa Miséricorde, nous conduisant à l’amitié retrouvée avec le Seigneur, à la joie et au bonheur partagé.

Avec toute mon amitié en criant « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! »

Samedi 18 avril 2020 –

J + 33 – Pour écrire mes chroniques matinales, il y a des jours où l’inspiration me vient aisément et il y a des jours « sans ». Quoi de plus normal ! Serait-ce un signe qu’il me faut m’arrêter ? Peut-être certains le souhaitent. Si c’est le cas, qu’ils me demandent de les retirer de mon envoi groupé. Je le ferai en toute discrétion, inutile d’encombrer leur boite mail, inutile aussi d’avoir de conflit de loyauté vis-à-vis de moi ou d’avoir le souci de ne pas me faire de peine.

Dans ce que j’ai à dire ce matin, la question n’est pas de savoir si je dois m’arrêter. Je voudrai aborder le rapport entre la liberté personnelle et le rapport avec vous tous qui me lisez. En quelque sorte, je prolonge mes propos d’hier. Dieu nous veut libres mais il veut tout notre être. Mes propos correspondent-ils à cette affirmation ? Il ne s’agit pas de vous faire part de mes états d’âme mais de creuser ce qui relève d’un mouvement intérieur, du désir de soi et de l’obligation ou de la contrainte. Il y a bien des nuances à apporter mais je me contenterai d’approfondir ces trois traits.

Nos méandres personnels nous font osciller entre ces trois approches de façon constante et concomitante. C’est cela que je voudrais approfondir, essayant de chasser quelque résurgence d’une morale de bienséance.

Commençons par définir les trois mots, mouvement intérieur, désir de soi et contrainte.

Le mouvement intérieur, appelé aussi motion par Saint Ignace de Loyola est cette certitude intérieure que le Seigneur parle à la personne et que la réponse donnée par la personne est une réponse ajustée. En général, cette motion est confirmée par un « extérieur », c’est-à-dire par une personne ou une situation qui donne une confirmation au mouvement intérieur. Cela suppose une disponibilité du cœur et une écoute attentive à ce que le Seigneur a à nous dire. Nous sommes dans le don réciproque. Dans ce cas, le mot qui convient est « obéir » c’est-à-dire écouter.

Le désir de soi est fréquent, notamment pour des actions que l’on peut qualifier de « bien ». Une motion est vécue profondément et la personne la détourne à un moment donné pour la satisfaction de son égo. « Je suis quelqu’un de bien parce que le Seigneur me parle et me fait agir, je le mérite certainement, il m’en sera reconnaissant ainsi que tout mon entourage ».

La contrainte est fréquente quand je me laisse aller à mes envies et que je désire bien faire. Je m’oblige à faire une action pour le Seigneur. « Ce que je veux faire est bien et je ne veux pas le décevoir, lui qui m’a tout donné, alors je me sens obligé d’agir pour lui espérant qu’il saura m’entendre et me donner en retour ce dont j’ai besoin ».

Attention ! Il ne s’agit de mettre un curseur en nous mettant des notes d’appréciation. En écrivant cela, je veux seulement souligner que nos actions sont traversées par ces trois mouvements sans que nous nous en rendions compte. C’est cela nos zones d’ombre. Pas de culpabilité malheureuse mais juste une attitude de repérage de ces mouvements pour orienter à nouveau notre cœur et nos actes vers le Seigneur. Le grand risque est de se juger, de se déprécier, de se dire que jamais on n’obtiendra l’amitié du Seigneur parce qu’on n’y arrive pas et qu’on est indigne de Lui. Péché d’orgueil au travers du sentiment d’indignité. C’est tout l’inverse. Quand le Seigneur demande qu’on lui donne tout, c’est tout, y compris et d’abord ce qui ne va pas. Son amitié est totale, il ne recherche pas des gars et des filles « bien ». Il nous veut comme nous sommes.

Ainsi, quand nous disons que Dieu nous veut libres, la première chose à repérer c’est qu’il veut que nous nous libérions de nous-mêmes car nous sommes notre principal obstacle. Il est certain que le confinement qui se traduit par une absence d’activités que nous menions ordinairement facilite le repérage de ce que je viens de décrire. A commencer par la manière dont nous allons recevoir les décisions prises par des instances extérieures à nous. Puisque notre liberté de mouvement est entravée, la marque de notre liberté intérieure se joue là, directement, sans intermédiaire. La manière dont nous utilisons nos réseaux sociaux, hyper sollicités en ces moments confinés peut nous libérer ou nous oppresser. La place que nous leur donnons dépend de nous et de nous seuls. Epreuve de vérité … Où mettons-nous notre curseur ? L’ici et le maintenant sont-ils tournés vers le Seigneur, vers nous-mêmes ? Sont-ils des éléments de contrainte qui nous aliènent ? Encore une fois, ne nous culpabilisons pas parce que nous avons l’impression de ne pas y arriver. Posons comme base que notre démarche est sincère, profonde, vraie mais chancelante, vacillante prête à tout lâcher pour le Seigneur et prête à tout garder pour soi.

Vous voyez que l’expression de notre liberté se pose dès que nous commençons à regarder comment nous vivons l’ici et le maintenant de Dieu dans nos vies.

 Pour revenir au début de cette chronique, j’avais une idée précise de ce que j’avais à écrire et je ne l’ai pas faite comme une contrainte. Il me reste à voir si ce que j’écris relève d’une motion que j’ai reçue ou d’un désir personnel de vous assaillir de mes écrits. La réponse m’appartient, mais pas tout à fait … car la manière dont vous recevez ces chroniques influe nécessairement sur la réponse. 

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Comme poème, J’ai choisi Marie Noël dans un magnifique poème sur sa mort, « Visage »

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                          VISAGE
Quand je m’arrêterai, Seigneur, à votre porte
Comme une qui revient de faire sa journée,
Encor tout en sueur d’être à grand ‘peine morte,
Lasse des quatre temps et du mal de l’année ;
Quand vous voudrez changer en glorieux visage
- comme on change un enfant de robe pour la fête –
Mes traits qui sont fanés par un trop long usage
Et me poser une couronne sur la tête ;
Quand vous voudrez choisir celui de tous mes âges
- Printemps de jeune fille, hiver de vieille femme –
Qui fut le plus sacré de mes ans de passage
Et le plus immortel pour en vêtir mon âme,
Ne me donnez pas l’air, Seigneur, d’être une sainte
Avec sa bouche grave et ses yeux de lumière
Qui dominent en paix sur les choses éteintes,
Ni l’air d’ange que j’eus quelquefois en prière.
Mais rappelez d’entre mes autres apparences
Celle d’une pauvresse en robe déchirée
Qui s’en va par un grand orage en grande errance,
Perdue au vent sur une route chavirée ;
Qui n’a trouvé ni pain, ni demeure et qui traine
Dans le temps dangereux sur un chemin d’automne
Que personne ne suit, que personne ne mène,
Où nulle porte n’ouvre, où nulle main ne donne …
Jeune, poussant au soir un tel cri de tendresse
Que le ciel alentour se couvre de reproche,
Seule, poussant au loin un tel cri de détresse
Que la vie en a peur et que la mort approche …
Rappelez d’autrefois cette femme qui pleure,
Cette fille en haillons, de toutes la moins belle,
Qui ne sait où passer pour sortir à cette heure
Du monde qui n’a pas de quoi vivre pour elle ;
Rappelez-la, peureuse et la bouche souillée
De larmes, de douleur et d’épouvante bues ;
Ramenez-la, voilant avec ses mains mouillées
La honte de ses yeux que personne n’a vue ;
Faible comme un petit laissé sans nourriture,
Triste comme une faute à qui nul ne pardonne,
Vile comme un lépreux que son mal défigure,
Laide comme un mourant que sa chair abandonne.
Rappelez le moment et le lieu de la route
Où cette misérable à la foudre livrée
Tomba dans la male ombre et saigna goutte à goutte …
Là celui qui passait l’a très tard rencontrée.
Là, celui qui montait à travers la tempête
Eut pitié. Simplement il eut pitié. Pas plus …
Le visage que j’eus en relevant la tête,
Je le veux pour beauté par-devant les élus.
Je le veux à jamais pâle comme je l’eus,
Plus tremblant qu’une flamme et plus fuyant qu’une aile,
Pour être sur le seuil ébloui du salut
Le visage effrayé de ma joie éternelle.
              Chants et Psaumes d’Automne, Stock, p. 84-86

Vendredi 17 avril 2020 –

J + 32 – Je reste dans le sujet qui nous anime durant cette semaine pascale : vivre le Ressuscité dans notre quotidien à partir des vertus qu’il nous livre : la fragilité, la tendresse, l’amour … Je continue à explorer ces vertus. La période que l’on vit nous procure des interdits pour notre bien. C’est comme cela qu’on nous présente l’entrave à la circulation des personnes, les masques, les gestes préventifs. On ne peut pas se plaindre puisque c’est pour notre bien. En même temps, le constat est là : notre économie est mise à mal. Pour la première fois depuis bien longtemps, l’économie passe après la recherche de notre bien. Néanmoins, nombre de personnes sont aujourd’hui dans l’angoisse de savoir comment elles vont donner à manger à leurs enfants chaque jour.

Cela nous rend fragiles et va demander de gros efforts collectivement. Nous allons découvrir que l’effort n’est pas le même pour tout le monde. La période est fragile mais il y a des plus fragiles que d’autres. Il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour le savoir. Il faudra bien que chacun participe à la facture collective que cette période génère. La charité va prendre les couleurs de la solidarité.

N’est-ce pas le moment de s’interroger sur notre situation ? Il ne s’agit pas de comparer ou pire de se comparer. La fragilité attendue vient de ce que nos assises s’effondrent petit à petit pour faire place à un champ inconnu qui nous angoisse.

Tous nos efforts vont-ils porter à éviter la fragilité vécue aujourd’hui en recherche d’une sécurité plus que sociale ? La tentation est grande de « réarmer » financièrement les grandes entreprises polluantes pour qu’elles continuent à déverser massivement leur CO² au nom du retour au « comme avant ». Il nous faudra retrouver nos sécurités économiques, financières, sociales… L’enjeu est collectif mais aussi individuel.

Or, nous savons que le Seigneur ne se trouve pas dans nos sécurités renforcées. Comment alors nous convertir pour le vivre concrètement. C’est le moment de se dire aujourd’hui : « dans les moments difficiles que nous vivons que veut dire mettre ses pas dans ceux du Seigneur ? »

Une partie de réponse m’a été donnée par Alexandre Jollien dans son livre « Petit traité de l’abandon » (Editions Point Essais p. 39). Il est infirme moteur cérébral et a vécu pendant 17 ans dans un établissement spécialisé. La fragilité, il la connait dans toute son ampleur. Il n’est pas spécialement chrétien mais ce qu’il dit nous intéresse en ce moment : « C’est dans le quotidien, dans le banal, que la joie réside. Une conversion de ma vie fut de ne plus demander  « Qu’est-ce qu’il me faut faire pour être heureux ? » mais : « Comment être dans la joie ici et maintenant ».

Se défaire de soi et s'imaginer roi
Pour reconquérir ce qu'on croit
Pour redevenir libre de ses choix
Pour repousser l'horizon
D'un monde de prison
Briser toute obstruction
Que crée chaque justification
Vivre léger comme un rêve
Pour que la ferveur se relève
D'un lourd présent enclavé
Par un insaisissable meurtrier
Ignorer l'amertume du passé
Pour mériter un avenir à gagner
Revêtir une amure de foi
Pour le tribut que l'on doit
Dans la lutte qui nous échoit
Pourfendre tout désarroi
D'une longue guerre sur soi
Pour que la victoire nous établisse roi

Gérard Baron

Cela me fait penser à Marie en présence de l’ange Gabriel : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » (Lc 1, 34) Finalement c’est le « comment » qui est primordial et non le « qu’est-ce qui ou le pourquoi ». Car la présence de Dieu dans notre quotidien, c’est-à-dire dans l’ici et le maintenant, n’est pas une recherche théorique traduite dans une réflexion construite, bien organisée autour d’un pourquoi mais dans l’acceptation sans condition du présent concret, immédiat sans intermédiaire. On situe aisément Dieu dans la beauté d’un paysage, d’un site remarquable, après la lecture d’un exploit d’un homme qui sauve un autre homme, bref dans une certaine dimension héroïque, exceptionnelle, alors que c’est dans le banal le plus simple qu’il s’expose. La beauté de Dieu est autant dans une carafe d’eau faite de mains d’homme que dans la splendeur d’un portrait du Christ peint par Rembrandt. En disant cela, je ne dévalue pas l’œuvre du peintre mais je refuse la comparaison car celle-ci m’amène à classifier, à trier, à établir des hiérarchies qui vont me couper de Dieu.

Dieu m’offre son amitié mais me demande la totalité de mon être dans le présent qu’il m’offre. Il ne sectionne pas le temps pour me dire qu’il va être avec moi sous certaines conditions comme celle d’être bien à genoux, debout, assis, faisant oraison d’une certaine manière, dans un oratoire ou dans un lieu privilégié etc… Il demande que tout mon être soit présent dans la seconde que je vis. En cela, il fait appel à ma liberté qui devient le mode de réponse à sa demande.

Certains me diront que Dieu me manipule et m’oriente à obéir servilement à ce qu’il me demande. C’est la question de la ligne de partage entre ce que sont la liberté et la contrainte. Si j’aime Dieu par contrainte ou par intérêt, je ne peux pas vivre de son amitié. Cela ne marche pas. Inutile d’essayer. Dieu ne se donne par amitié et amour pour chacun d’entre nous que si nous sommes libres de lui répondre.

Certes, toutes nos zones d’ombre viendront ternir cette rencontre. Là encore, ce n’est pas la recherche de la perfection qui prime, c’est l’acceptation de tout notre être qui est à offrir. Et dans ce que nous donnons à Dieu, il y a des parties de nous qui ne sont pas bien belles. C’est aussi celles-là qu’il attend qu’on lui offre. C’est la totalité de notre être.

C’est à cela que la fragilité nous conduit. Télécharger le texte

Comme poème, J’ai choisi celui de l’un d’entre nous, écrit il y a deux jours. Il ne lui a pas mis de titre. Télécharger le poème

Jeudi 16 avril 2020 –

J + 31  Etrange paradoxe que la période que nous vivons. On entend les vociférations classiques des opposants au pouvoir sur l’impréparation, le manque d’engagement de l’Etat des débuts de l’épidémie, le manque de masques, le confinement discriminé après le 11 mai, etc…, laissant supposer que ces procureurs socio-politiques du moment auraient fait mieux… Je n’ai pas d’appétit particulier pour le Président et son équipe. Je dois dire qu’ils font ce qu’ils peuvent et qu’il n’y a pas un seul pays où tout se passe comme prévu.

Alors, en ce temps troublé qui pousse chacun à invoquer Dieu, l’Etat, le complot international, les Chinois, les Américains, l’OMS etc… en quête d’un coupable, il est bon de revenir à quelques fondamentaux comme l’évangile d’Emmaüs.

« « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! » (Lc 24, 25) On pourrait attribuer cette phrase de Jésus qui s’adresse aux disciples d’Emmaüs à toute la population française et au-delà des frontières.

Voilà des années qu’un certain nombre de sages (ou de prophètes) disent combien notre société va droit dans le mur tant sur le plan économique (je pense à Gaël Giraud et à d’autres), qu’au niveau des ressources naturelles, de la pollution ou du réchauffement climatique (comme le GIEC ou les ONG comme Bloom et d’autres …), des structures de santé. Ils disent depuis longtemps que le problème n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand cela arrivera. L’inconnu restait la forme. Elle est venue par un virus. Allons-nous continuer de rester les bras croisés ? Il ne m’appartient pas de plaider pour une forme de militantisme, à chacun de trouver ce qu’il a à faire. Mais il nous est nécessaire de continuer notre réflexion en partant de la fragilité et de la vie en Dieu.

Ô SEUL ABSENT


O seul absent Tu m’investis
Du centre en moi où je ne suis.
Ton vide écarte mes murailles
Ta Nuit m’enlève ma clarté
Tel un cristal cataracté.
Oui, mes ténèbres voient !
Je n’en puis plus d’être à l’étroit
Derrière trop de grilles
Enfermant tout sauf Toi.
Retire-moi de ce cachot
Ma propre connaissance :
Quand l’inconnaissable me faut
Qu’ai-je à faire de science ?
Comment ne m’arracher le jour
Cette mue qui durcit sur moi ?
Que le vautour me pèle à vif
Pour que ma nuit touche à ta Nuit
Et que m’innerve à bout de joie
Du centre où je ne suis en moi
Ta nescience immense.


Jacob.

La lecture que je propose tient au renversement de perspectives telles que nos sociétés les mettent en avant. Il est vrai que tout est fait pour que la raison règle tous les problèmes que l’on rencontre. Et en cette période, il y en a, et il y en aura encore plus après le 11 mai… Un certain nombre d’acteurs publics espèrent que tout reviendra comme avant. D’autres disent que rien ne sera plus comme  avant.

C’est la question posée par les disciples d’Emmaüs. Ils ont toute la connaissance nécessaire des évènements qui se sont passés à Jérusalem mais ils ne connaissent rien de l’essentiel des choses. Nous savons que le texte des pèlerins d’Emmaüs est composé sous la forme d’une construction concentrique (chiasme) qui a pour centre : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26) Notre monde est dans le même état que ces disciples désappointés. Nous avons toute la connaissance scientifique nécessaire et nous ne connaissons peu ou rien du sens de la vie,  du monde, de la création, tout en ayant le vif désir de tout contrôler et surtout de continuer comme avant.

Notre situation actuelle préoccupe beaucoup. On avait tant espéré d’une société qui devait être la meilleure avec une démocratie qui n’aurait pas de fin, des échanges sociaux équilibrés, une économie au service de la population. On avait tant rêvé depuis 1945, sans oublier tous les conflits sociaux pour améliorer la situation. Nous rêvions d’un petit paradis pour nos enfants car cela ne pouvait que s’améliorer au fil des années. Et patatras … un petit virus et tout s’arrête. Déjà nous savions l’ascenseur social en panne, car jugé obsolète. C’était l’époque des « Bienvenue aux nouveaux riches ! », creusant toujours plus une fracture sociale en augmentation.

Alors, oui, en tant que chrétiens, nous avons une parole à dire : l’interprétation chrétienne est essentielle aujourd’hui pour notre monde. L’Incarnation, la vie de Jésus sur terre, son enseignement, sa mort et sa levée du tombeau, sa glorification par le Père prennent une importance vitale pour l’humanité. Osons le dire ! Je rends grâce que ce confinement ait eu lieu pendant le Carême et la Semaine Sainte.

Le retour à l’amour de Dieu et des hommes n’est pas optionnel mais essentiel. Hier, je plaidais pour une conversion à la tendresse, à la confiance, à la fidélité à Dieu pour notre monde et pour les hommes et femmes que l’on côtoie. On ne pourra pas s’en passer et, dès maintenant, nous avons à la mettre en œuvre, là où nous sommes sans attendre que nos dirigeants ou nos évêques l’aient mis sous forme de décrets. Si le confinement est nécessaire, la tendresse, la confiance, la fidélité n’ont pas besoin d’être confinées. Alors, qu’attendons-nous ? C’est une vision christique de l’après-confinement dont nous avons besoin.

L’inattendu de la situation génère des réponses inattendues. Alors, soyons modernes, téléchargeons en nous la dernière version du logiciel « Résurrection.20.20 », la plus performante car la dernière actualisée. En la téléchargeant, elle ouvre les portes à la prière personnelle, à la fraternité partagée, au retour du sacré dont nous avons tant besoin. Elle met en fond d’écran le jaune de la lumière, le vert de l’espérance, l’orange de la fidélité, le rouge de la confiance, le bleu de l’amour, le blanc de la transfiguration de chacun par le Ressuscité. Elle porte notre âme dans les bras de Dieu lorsque nous aurons franchi les obstacles dressés par le péché en acceptant le joker qui nous a été remis gratuitement à notre baptême « Miséricorde et Pardon » (qui ne s’épuise pas), nous engageant à vivre auprès de Lui. Le but du programme, c’est la joie, la paix, la sérénité, la justesse dans les moments difficiles (nous en aurons besoin pour franchir les obstacles futurs de l’après Covid19). Quel beau programme ! Il n’y a aucun virus grâce à une certification divine et plus de 2000 ans de mise à jour continuelle sans aucun problème.

Si vous avez besoin d’être aidés, consultez les webmasters comme Augustin, François d’Assise, Ignace de Loyola, Thérèse d’Avila, Edith Stein, Maurice Zundel et bien d’autres. Ils ont une grosse expérience en la matière et sauront vous guider dans l’installation du logiciel. Attention, selon l’installation, l’âge de votre PC, le téléchargement peut prendre du temps mais ce n’est pas important. Je vous souhaite une belle installation.

Mercredi 15 avril 2020

J + 30 – Si j’ai bien compris le Président et si je veux rester fidèle à l’engagement que je me suis fixé, il va me falloir tenir jusqu’au 10 mai. Cela fait 26 chroniques à écrire … Je vais avoir du mal à ne pas me répéter… mais si, chers amis, vous y trouvez votre compte, alors j’irai jusqu’au bout, me forçant à rechercher dans les profondeurs de mes inconnaissances des restes à méditer qui auront été épargnés par ce maudit virus. Je vais dès maintenant commencer à puiser dans mes réserves comme si la pauvreté de mon cœur allait être le levier pour vous rédiger ces chroniques.

Vivre la résurrection du Seigneur, c’est se laisser aller à prendre au mot notre désir de se mettre à sa suite, dans ses pas. Nous avons tous notre idée de conversion qui passe par les endroits que nous connaissons sans dépasser les limites que nous nous sommes fixés, ni trop, ni trop peu, préférant le plus souvent mettre en œuvre le texte de l’Apocalypse : « Je connais tes actions, je sais que tu n’es ni froid ni brûlant – mieux vaudrait que tu sois ou froid ou brûlant. Aussi, puisque tu es tiède – ni brûlant ni froid – je vais te vomir de ma bouche. » (Ap 3, 15-16) Paroles rudes qui laissent peu de place à la clémence. C’est pourtant une certaine description de nos pratiques courantes. On sent bien qu’il y a un pas à franchir pour ne pas rester dans un milieu incertain.

C’est tout notre dilemme sans cesse répété, comme si le passage de la tête au cœur était comme un fossé plein d’eau nauséabonde infranchissable. Et pourtant, le Seigneur nous attend dans nos tiédeurs pour nous aider à franchir ce fossé.

C’est comme un rappel de la fidélité que le Seigneur met en nous mais qui n’a pas nécessairement de réciprocité car franchir le fossé, c’est aussi se mettre dans une posture de grande fragilité comme si le chemin de la fidélité, de la tendresse, des larmes à partager avec ceux qui sont dans une grande souffrance, des mots à donner pour ceux qui sont seuls, des intercessions à faire pour ceux qui en ont besoin, nécessitait un effort colossal en raison du déplacement que cela peut me procurer.

Le pape François disait ce matin combien étaient grandes la Fidélité et la Promesse de Dieu pour tous les hommes, combien étaient grande son attente comme ce Père s’abîmant les yeux pour enfin voir le retour de son fils.

« Bienheureux les cœurs purs. » Les cœurs purs ne sont pas les hommes et femmes parfaits mais ceux qui acceptent de se mettre dans les bras du Seigneur sans autre intention que celle d’être auprès de lui et de lui être fidèle en quittant toute puissance, tout esprit de domination, toute recherche de magique, tout esprit d’accaparement.

Je vous citerai le début de la Cantate de la Nudité de Jean Tauler, mystique du 14ème siècle. Cette cantate m’habite depuis plus de trente ans, comme une tension vers :

Je chanterai ce chant nouveau : la nudité.

La pureté réelle est vide de pensée ;

La pensée, elle doit se tenir à l'écart.

C'est ainsi, moi que j'ai perdu ce qui est moi.

Je suis réduit à rien.

Qui s'est dépouillé de l'esprit ne peut plus avoir de souci.

Oui c’est certainement difficile à atteindre. Le passage de la tête au cœur n’est pas une entreprise qui se décide dans la tête et se résout dans la tête … C’est en cela que la fragilité devient un repère pour prendre un sentier susceptible d’aller jusqu’au cœur. J’en ai fait un plaidoyer.

Je plaide pour une conversion à la tendresse, à la confiance, à la fidélité, à l’amour sans limites, à la paix des profondeurs quelles que soient les épreuves que nous traversons.

Je plaide, à partir de nos fragilités, pour que nous n’ayons plus peur les uns des autres, que nous puissions voir dans l’autre l’étincelle de la Lumière du Ressuscité.

Je plaide pour que nous ne restions plus figés, paralysés, indifférents devant les situations de souffrance, d’abandon, de solitude.

Je plaide pour que nos actions soient liées à nos paroles et que celles-ci ne deviennent pas lettres mortes, transformant notre projet missionnaire en élan pour une nouvelle solidarité et une fraternité réelle.

Je plaide pour que nous puissions voir dans la nature l’éducatrice qui nous enseigne ce que sont les forces de vie, d’adaptation, de transformation, de résurrection de ce qu’on croyait mort.

Je plaide pour que notre monde comprenne que la mort fait partie de la vie et que nous ne sommes pas éternels par notre seule volonté.

Je plaide pour que l’humilité remplace la suffisance et la condescendance quand nous rencontrons ceux qui sont les plus fragiles.

Je m’arrête là aujourd’hui car il y a certainement d’autres plaidoyers à faire.                                 Télécharger le texte

 

Comme poème, voici celui d’Esther Granek, Contradictions. Il reflète bien ce que nous sommes. Télécharger

CONTRADICTIONS

Ils cohabitent en moi.
Se battent sans qu’on le voie :


Le passé le présent
Le futur et maintenant
L’illusion et le vrai
Le maussade et le gai
La bêtise la raison
Et les oui et les non
L’amour de ma personne
Les dégoûts qu’elle me donne
Les façades qu’on se fait
Et ce qui derrière est
Et les peurs qu’on avale

Les courages qu’on étale
Les envies de dire zut
Et les besoins de lutte
Et l’humain et la bête
Et le ventre et la tête
Les sens et la vertu
Le caché et le nu
L’aimable et le sévère
Le prude et le vulgaire
Le parleur le taiseux
Le brave et le peureux
Et le fier et le veule…
Pour tout ça je suis seul.
Ballades et réflexions à ma façon

Mardi 14 avril 2020

J + 29 –  La résurrection c’est l’éloge de la fidélité et de la fragilité : cet homme qui a été jusqu’au bout du dessein divin, cet homme qui s’est retrouvé dans l’abandon le plus terrible, dans un total anéantissement, seul face à sa souffrance, a triomphé de la mort alors qu’aucune raison humaine n’aurait pu prévoir un tel évènement et une telle fin. Il est resté dans une totale fidélité à son Père et s’est retrouvé dans une immense fragilité.

 

Il n’a accepté aucune défense humaine, aucune protection susceptible d’empêcher le désastre. Il a été jusqu’au bout pour que nous les humains puissions vivre de l’Amour du Père.

Rappelons-nous que son enseignement visait en premier les tout-petits (Lc 10, 21). Lui-même s’est retrouvé parmi eux. Les tout-petits ce sont les fragiles, ceux qui sont sans défense, ceux qui ne peuvent pas décider par eux-mêmes de leur sort et de leur avenir.

 

Ne serions-nous pas, en ce moment, à mettre dans cette catégorie. Nous passons notre temps à nous protéger, confinés, masqués, les mains lavés en permanence comme s’il fallait répéter sans cesse « Lave-moi de mes fautes, Seigneur, purifie-moi de mon péché ». Nous vivons dans la peur d’attraper ce tout petit virus qui aime sauter, gambader sur les mains, sur les yeux, se multiplier pour envisager un séjour parmi nous en visitant avec attention nos poumons et notre appareil respiratoire. Quelle puissance pour ce minuscule ?

Il nous pousse donc à changer de catégorie : de forts, de riches, de puissants, de bien-pensants, de bien assis dans nos sécurités, de bons croyants, ce mini-mini virus nous contrant à nous déclasser, à aller nous réfugier avec des tout-petits, à nous obliger à nous considérer comme handicapés ne pouvant sortir ou  se déplacer sans autorisation

Il nous contraint à l’écoute pour entendre ce que le Seigneur a à nous dire parce que nous nous retrouvons fragiles et incertains de notre avenir. Nous sommes alors disposés à entendre sa Parole: « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » (Mt 5, 3-4) Devenir pauvres, rester pauvres en abandonnant toutes nos sécurités pour n’avoir qu’une assurance-vie (et au-delà…), celle proposée par le Seigneur.

C’est ce que nous disait le pape François dans son homélie du jour : convertissez-vous nous disent les Actes de Apôtres, mettez votre sécurité dans le Seigneur. Chaque fois que les hommes ont installé une sécurité autour d’eux, ils sont devenus infidèles à leur Seigneur et ne lui ont plus fait confiance. En quelque sorte, la sécurité est la porte ouverte aux idoles.

 

Nous reconnaitre dans la fragilité, c’est ce que vient nous dire la période que nous traversons, nous rappelant que nous sommes comme des vases d’argile. Mais n’est-ce pas ce que nous sommes réellement ? Saint Paul nous le rappelle : « Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel. » (1 Co 15, 47-49).

La tentation est de renforcer nos vases d’argile par de multiples protections au lieu de se mettre à l’image du Christ venant du Ciel. Nos fragilités sont comme le réceptacle des dons que le Seigneur nous fait. C’est le moment de ne pas les rejeter, de les percevoir, de les accepter pour les transformer en forces de vie.

Comme poème, j'ai choisi un auteur que j'aime beaucoup Jean Mambrino, extrait de son live "Le veilleur aveugle".

Télécharger le texte


Visage, nous vivons de ton absence,
Regard voilé, nous voyons par tes yeux,
Nous dormons, Source, à l’ombre de tes feux,
Poème, nous rêvons de ton silence.


Tu es l’écart entre l’âme et les mots,
Le secret qui jaillit dans nos paroles,
La rosée qui fait naitre ces corolles
L’aridité d’où fleurissent les eaux.


 


Immobile, c’est toi qui nous animes,C’est toi, Printemps, qui nous apprends la neige,Tu es le prisonnier qui nous assiège,L’enseveli en qui le temps culmine.

 

Exilé, tu règnes sur l’étendue,
Immensité, l’enfance te ressemble,
Coeur déchiré, rompu, tu nous rassembles,
O plénitude, je t’adore nue.

VISAGE
Jean Mambrino (1923-2012)
Le veilleur aveugle, Mercure de France
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Lundi 13 avril 2020 Cliquez sur l'image pour visionner le documentaire sur Arcabas, peintre contemporain, qui commente sept tableaux des disciples d’Emmaüs qu’il a peints.

Lundi 13 avril 2020

J + 28 – Nous proclamons haut et fort « Christ est ressuscité, oui il est vraiment ressuscité ! » et nous avons raison ! Raison de le proclamer dans le monde entier même si celui-ci est sourd à nos paroles car c’est aussi pour tous les hommes de bonne volonté mais aussi pour les plantes, les animaux, les océans, les montagnes pour toute la création que nous avons à le proclamer car c’est toute la création qui est appelée à rendre gloire à Notre Seigneur, le Ressuscité. Pas question de baisser les bras et tant pis pour les esprits grincheux qui ne peuvent pas voir que le tombeau ouvert a libéré les vents faits de l’Amour de Dieu, de paix et de joie.

 

Pour ce matin, j’avais fait une chronique sur la fragilité que je reporte à demain. L’Evangile du jour m’a inspiré une autre pensée. Dans l’Evangile de Matthieu, à propos du tombeau vide, les autorités religieuses donnèrent une explication aux soldats qui gardaient le tombeau du Christ « Voici ce que vous direz : « Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions. » »

Dans le grand mystère de Pâques, voilà qui me pousse à réfléchir à cette version. La mort du Christ, sa levée du tombeau, la pierre roulée sont autant de signes incompréhensibles pour nos esprits qui veulent raisonner et s’asseoir sur du solide. Alors, il faut trouver une explication quitte à payer grassement ceux qui porteront cette interprétation.

 

Cela nous met directement dans notre quotidien qui est traversé par des suites sans fin de fausses nouvelles grâce aux « réseaux sociaux ». Ce n’est pas le support technique que je critique. Il n’y est pour rien, c’est notre nature humaine plus prompte à croire aux mensonges qu’à rechercher la vérité. Regardez comment la recherche des causes de la venue du virus sur notre planète, a suscité des interprétations multiples.

C’est ce qui se passe en Palestine, il y a deux mille ans, l’incompréhensible est insupportable, l’inattendu de Dieu est impensable, la Présence réelle du Seigneur, après sa levée du tombeau, défie notre entendement en quête de solution raisonnable. Il faut faire taire tout cela. Ne pas laisser une forme de secte se répandre. « Restons avec notre Loi, refusons un Dieu imprévisible et insupportables » se sont dits les hommes de pouvoir de l’époque.

 

Et pourtant, aujourd’hui, nous croyons, nous osons dire « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! » Dans notre misère, l’acte de foi vient se mettre au service de notre raison, non par faiblesse mais par l’inattendu de Dieu dans une rencontre que le Christ propose à chacun d’entre nous. Nous n’appartenons plus à une masse de croyants, que les sociologues pourront classer aisément, nous appartenons à une Eglise vivante pour qui chaque personne est unique, sacrée parce que Christ ressuscité s’adresse à elle dans une histoire personnelle, singulière.

Ensemble, toutes ces personnes ne forment pas une masse de chrétiens mais un Peuple qui se reconnait en Christ et qui reconnait l’autre, le croyant d’à-côté de moi comme habité par le Seigneur. Ce Peuple de Dieu célèbre Christ ressuscité parce que le péché est vaincu, parce que la recherche de la vérité fait taire rumeurs et interprétations, parce que la vie, la joie et la paix sont là au rendez-vous et viennent nous combler.

Vous comprenez pourquoi cette période inattendue et difficile que nous traversons peut être source de découvertes et de mouvements intérieurs qui nous rapprochent du Seigneur. Ce n’est pas magique. La situation actuelle nous oblige à un déplacement dans notre façon de croire. Les habitudes qui nous régissent viennent souvent paralyser notre foi. Aujourd’hui, elles sont balayées par l’imprévu de la situation que nous vivons.

 

Le confinement n’est pas fini. Il est vécu différemment dans chacune de nos maisons. C’est certainement difficile pour certains, voire une épreuve. Mais la résurrection est aussi une manière de faire entrer une quatrième dimension dans ce quotidien profondément modifié. Il s’agit de mettre du ressuscité dans tout ce que nous avons à faire (ou à ne pas faire).

Je suis fatigué de tous les commentaires télé et radios que nous entendons à longueur de journée. C’est comme si le vide provoqué par le confinement était insupportable. Laissons le Ressuscité remplir ce vide. Laissons-nous porter, à croire que le Seigneur ressuscité traversera nos jours à venir nous proposant de percevoir sa Présence parmi nous d’une autre manière.

C’est dans et par nos fragilités que le Seigneur nous rencontre. Ce sera ma chronique de demain.

Et n’oubliez pas notre site : https://www.paroisseshautil.com

A ce propos, petit rappel : Zoom 14 h pour un documentaire sur Arcabas, peintre contemporain, qui commente sept tableaux des disciples d’Emmaüs qu’il a peints. Le réalisateur sera avec nous si tout va bien techniquement. (Rappel de l’identification de la réunion : 660 – 971 – 8997)

Avec toute mon amitié en criant « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! »

Dimanche 12 avril 2020

J + 27 – C’est Pâques ! La pierre tombale a été roulée. Le tombeau du Seigneur est ouvert libérant dans le monde entier les vents de l’Amour du Père, les victoires du Fils sur le mal et sur le Malin, ouvrant nos cœurs à l’Esprit qui vient habiter nos maisons confinées.

C’était prévu, mais c’est bon de se le redire! Juste une amertume, aujourd’hui, celle de pas être tous ensemble pour entrer dans la Résurrection du Seigneur, celle de ne pas se dire : « Il est ressuscité ! » et de répondre « Oui il est vraiment ressuscité ! » Nos appareils modernes ne peuvent traduire la spontanéité et  l’enthousiasme de cette proclamation.

 

Alors Pâques prend une autre dimension, une dimension d’Amour qui se répand. Et notre monde en a grand besoin aujourd’hui. Le Seigneur a rejoint le Père pour que nous puissions recevoir son Défenseur. Ce n’est pas un paquet qu’on reçoit comme un bon livre ou un bon DVD ; c’est une Présence, seconde après seconde, qui vient habiter chez nous. Déjà le Seigneur l’avait dit à Zachée : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (Lc 19, 5). « Il faut que j’aille demeurer », c’est bien le désir du Seigneur : demeurer dans chacune de nos maisons. Nous sommes appelés à descendre de notre arbre du statut social, des représentations de nous-mêmes, du paraitre tels que nous les avions rêvé pour laisser la place libre à Jésus qui veut venir chez nous malgré notre pratique religieuse un peu tiède, sans trop se mouiller, histoire de passer inaperçu, de ne pas se faire remarquer. Mais voilà, Jésus persiste et vient là où il n’est pas décent d’aller, dans toutes nos zones d’ombre. Quel admirable mystère ! C’est cela Pâques, l’illumination d’un Jésus ressuscité en chacun d’entre nous.

Ne retenons pas notre joie car elle est profonde pour qui se laisse aller à vivre des vents d’Amour divin. Le tombeau ouvert c’est la Lumière qui se répand, la Lumière qui vient de l’intérieur du tombeau et non la lumière solaire, ce sont nos cœurs et nos esprits qui en sont illuminés.

Et aujourd’hui, c’est L’Esprit-Saint qui est là dans nos maisons confinées. Laissons-nous aller à la joie de sa présence dans chacun d’entre nous, sans distinction de qui que ce soit. Il se fait discret si nous ne voulons pas le recevoir mais il est là, vraiment là !

La Lumière divine se répand sur la terre. La mort de nos âmes n’a plus cours. Jésus ressuscité parait dans sa splendeur lui qui, quelques heures plus tôt, avait un corps dans un état abominable.

C’est le moment de chanter Alléluia !

Qu’avons-nous à voir avec des yeux nouveaux. Je mettrai en vous un cœur nouveau, un esprit nouveau, entendions-nous à la veillée pascale. Christ est ressuscité, c’est Lui le chirurgien opérateur d’un changement de nos cœurs. Que de greffes en perspective ! Oui mais ce sera la greffe de l’Amour que nous recevons surtout en ces moments de confinement qui nous retiennent. Laissons-Le ouvrir nos cages thoraciques. N’ayons pas peur, il ne nous fera pas mal.

Chantons Alléluia aujourd’hui plus que jamais !

Avec cette chronique, se termine la Semaine Sainte, du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques.

Je me suis interrogé pour la suite. Vais-je tenir si le confinement dure encore un mois ?

La réponse est venue samedi après-midi. J’ai vu une émission sur KTO avec Philippe Pozzo di Borgo, ce riche industriel devenu tétraplégique (son histoire a été racontée dans le film « Les Intouchables »). Cela m’a donné l’idée de creuser, dans notre situation bien particulière, tout ce qui relevait de la fragilité. Vous en aurez pour une semaine. Après, on verra.

Et n’oubliez pas notre site : https://www.paroisseshautil.com

A ce propos, vous pouvez rejoindre Zoom lundi 13 avril à 14 h pour un documentaire sur Arcabas qui commente sept tableaux des disciples d’Emmaüs qu’il a peints. Le réalisateur sera avec nous si tout va bien techniquement. (Rappel de l’identification de la réunion : 660 – 971 – 8997)

Avec toute mon amitié en criant « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! »

Samedi 11 avril 2020

J + 26 – Samedi Saint ou le grand silence de la terre – C’est le jour sans.

C’est le jour où le silence s’impose. C’est le silence sur la terre, c’est le silence en chacun de nous. Il y a, dans ce samedi saint, comme quelque chose qui nous fait entrevoir le vide, l’absence qui nous fait rejoindre notre non-être d’avant notre naissance où tout est en germe. Il n’y a qu’à attendre.

C’est aussi la situation des hommes avant la venue du Verbe. Tout était en attente. Les textes disaient qu’il allait venir car ils avaient besoin de cette Parole qui vienne donner sens à cette terre désemparée. Ils voulaient un guerrier, un puissant, un homme fort capable d’en imposer au monde entier. Et il se retrouve sur une croix dans l’état que l’on sait.

 

Alors, le Samedi Saint récapitule tous les vides qui nous traversent, tous les non-sens, tous les absurdes. Nos raisonnements bien faits s’effacent devant ce vide sidéral que la liturgie concrétise par l’absence d’office religieux ce jour-là, juste des prières et des psaumes, des incantations balbutiantes pour dire le désarroi profond de toute l’humanité.

Certes, nous connaissons la suite, le dimanche de Pâques, la résurrection et tout repartira comme avant… Ne transformons pas cela en déroulé magique.

Entrons profondément dans ce silence de la terre, encore sidérée d’avoir mis en croix celui qui venait apporter la Lumière divine.

Pour compléter, je vous renvoie à la méditation du Père Gilles Drouin que Marie-George m’avait envoyée.

P. Gilles Drouin.

télécharger le texte

« Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre »

 Site La Croix - Croire du 31 mars 2020

Le P. Gilles Drouin, prêtre du diocèse d’Evry et directeur de l’Institut Supérieur de Liturgie de l’Institut Catholique de Paris propose une magnifique méditation pour ce temps de confinement, à partir de la très belle homélie « Pour le grand et saint samedi » attribuée à saint Epiphane.

« Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre »

Aujourd’hui grand silence sur la terre. Silence dans les rues de nos villes, silence sur les places de nos villages, silence sous les préaux de nos écoles, silence dans les allées de nos cimetières, à peine troublé par l’ombre d’un cortège famélique. L’Ecclésiaste avait entraperçu ce printemps silencieux : « L’amandier est en fleurs, (…) lorsque l’homme s’en va vers sa maison d’éternité, et que les pleureurs sont déjà au coin de la rue ; avant que le fil d’argent se détache, que la lampe d’or se brise, que la cruche se casse à la fontaine, que la poulie se fende sur le puits ; et que la poussière retourne à la terre comme elle en vint, et le souffle de vie, à Dieu qui l’a donné. » Oui aujourd’hui les cerisiers sont en fleurs dans nos jardins mais les pleureurs ne sortent plus. Le fil d’argent serait-il brisé ? Que se passe-t-il ?

Et si, en ces temps de confinement, nous devrions, sérieusement, une fois, relire Epiphane, et plus largement toute la liturgie du samedi saint dont le sermon d’Epiphane conclut la première leçon de vigiles. Un samedi d’ailleurs saint moins aliturgique qu’a-eucharistique. Le seul jour de l’année. Même la veille, la messe n’est pas célébrée mais, bonne fille, la liturgie concède aux croyants la communion aux Présanctifiés. Pour les croyants que nous essayons d’être, le samedi saint peut être une ressource spirituelle en ces temps de silence et où tant de pasteurs souvent touchants de zèle essaient de fournir à leurs ouailles des ersatz d’eucharisties, par réseaux sociaux et autres moyens numériques interposés.

Vivre ce carême atypique comme un long samedi saint. Car le samedi saint n’est pas un entre deux, une sorte de blanc entre l’intensité dramatique du vendredi saint et le retour de la joie dans la nuit de Pâques. Le samedi saint n’est pas une parenthèse, tellement vide qu’on n’y célèbre pas l’eucharistie, « Dieu est mort », pas plus que le vendredi saint ne serait l’anniversaire de la mort de Jésus et Pâques celui de sa résurrection. La liturgie ne fonctionne pas ainsi, elle ne saucissonne pas le Mystère. Les pères du mouvement liturgique, les Odo Casel et autres Louis Bouyer, nous l’ont magistralement rappelé : la liturgie tout au long de l’année, nous donne l’Unique Mystère, le Mystère de Dieu révélé en Christ, révélé dans la Pâque du Christ sous différents points de vue. Un peu comme lorsque Cézanne, peintre métaphysique s’il en est, pour nous aider à saisir, ou à nous laisser saisir par le mystère interne, tellurique, de la Sainte Victoire, nous la donnait par plans successifs : la face ouest puissamment plissée, la face sud abrupte et minérale, la face nord ourlée de chênes verts. Le vendredi saint, l’unique mystère de la mort et de la résurrection du Christ nous est donné depuis le « point de vue » du pied de la Croix, le samedi soir, il nous est donné « en mystère », c’est-à-dire in via dans le clair-obscur des sacrements de Pâques, le dimanche dans la clarté cristalline du matin de la résurrection.

Et le samedi, ce samedi qu’Epiphane qualifie de grand et de saint, d’où contemplons-nous le Mystère ? Si on suit Epiphane, c’est du plus profond des enfers, ces enfers qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’enfer, celui des diables lubriques et des joyeuses fournaises des tympans de nos cathédrales, qu’il nous est donné de le contempler. Ou d’accompagner le Nouvel Adam qui s’avance vers Adam et Eve captifs, « muni de sa croix, l’arme de sa victoire » pour les délivrer. Le dialogue est inoubliable. Adam : Mon Seigneur avec nous tous ! Le Christ : Et avec ton esprit. Puis, le prenant par la main, il le relève en disant : « Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera ! » C’est là, au plus profond des enfers que le jeune Adam vient rencontrer son vieil ancêtre. Pour l’arracher à la ténèbre et l’entrainer avec lui, et tous ses descendants avec lui, dans son corps de lumière et de vie. De haut en bas, puis de bas, du plus bas au plus haut, comme quand on plonge un nouveau-né dans la piscine baptismale pour l’en arracher, ruisselant de vie nouvelle !

« Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre »

Ce qui se passe est caché mais en même temps décisif, c’est l’œuvre souterraine, fondamentale, radicale du salut. Le seul combat qui compte, la seule victoire qui vaille, et que le Christ remporte, tout en bas, dans le silence.

Que se passe-t-il ? Ces jours sont des jours de grand silence sur la terre. Il est possible que le grand et saint samedi nous aide à les vivre comme il se doit, en profondeur, y compris dans l’absence, douloureuse du rassemblement eucharistique, sans qu’il fût nécessaire d’y suppléer de manière quasi compulsive par des prouesses technologiques…. à la limite de la supercherie : faire corps sans corps, communier sans communion, être présent en étant absent….

Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Le grand et saint samedi nous apprend à goûter, dans le creux de son absence, à une présence qui pour être cachée n’en est pas moins réelle et radicale, à la racine. Il nous suffit alors de nous laisser porter par la dynamique des offices de ce jour si particulier. Les Vigiles résonnent comme un long appel à la confiance. Dans la nuit. En toute paix, je me couche et je m’endors, car tu me donnes de vivre Seigneur dans la confiance (Antienne du psaume 4), sur nous Seigneur que s’illumine ton visage. La confiance est l’autre nom de la foi : la foi que finit par balbutier le psalmiste : Tu ne peux m’abandonner à la mort, ni laisser ton ami voir la corruption (Ant Ps 15, 10), et déjà, mais en bas les prémices de la victoire, cachée : Elevez-vous, portes éternelles, qu’il entre le Roi de gloire (Ant Ps 23, 7). Que se passe-t-il ? Ce qui peut se passer se passe au-dedans, au plus profond, au plus sombre, au plus blessé, au plus corrompu peut-être de nos cœurs, c’est jusque-là que le jeune Adam veut descendre, pour oxygéner ces zones virosées, pour remplir de Son Esprit les poumons ankylosés de nos existences. Pour nous sauver. Exactement comme les infirmières et les médecins combattent pour arracher les malades à l’étouffement dans les salles surpeuplées de nos hôpitaux.

Les laudes du samedi sont le temps des pleurs et des cris : L’innocent a été mis à mort ; pleurez sur lui comme on pleure sur un fils unique, puis Des puissances de la mort, délivre-moi, Seigneur et au Benedictus résonne, puissamment unanime, le cri de tout un peuple : Viens à notre secours, ô notre Dieu ! Il faudrait citer l’intégralité des psaumes et des cantiques de ce matin sans aurore pour saisir combien la communion dans l’intercession, avec ceux qui crient dans la nuit des hôpitaux ou des Ephad est probablement au moins aussi profonde que la communion cathodique devant l’écran de son ordinateur derrière lequel un bon père enchasublé s’époumone en incantations pour faire croire que la communion se décrète. Les psaumes sont justes, parfaitement ajustés, car ils sont paroles humaines, vraies, sans fards assumées en paroles de Dieu. Les théologiens et, bien sûr les priants le savent au moins depuis Augustin, voire avant bien sûr pour le grand Priant : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Le soir, à Vêpres, la paix de la nuit « En toute paix, je me couche et m’endors » revient, déjà grosse des lueurs de l’autre nuit, la grande, la belle, la sainte nuit de Pâques : Brillez déjà, lueurs de Pâques, scintillez au jour de demain. Puis vient l’intercession, magnifique en ces temps de crise qui n’épargne pas l’Eglise, depuis de longs mois : Engendre, purifie, sanctifie ton Eglise. Qui en a tant besoin.

Oui chers amis, peut-être pourrions-nous vivre ce temps comme un long, un beau, un grand samedi saint. Découvrir que l’absence, le manque, jusqu’au manque eucharistique, tellement étrange, tellement rude pour les catholiques que nous sommes, peut révéler, en creux, la présence agissante de Celui qui ne dort jamais, qui travaille sans cesse. Confiné, mais actif au plus infecté de nos cœurs. En bas, tout en bas, tout au fond ! Découvrir aussi, comme le peuple juif en Exil que plus que l’eucharistie, pourtant si importante, si vitale, si nécessaire, ce que nos pères médiévaux appelaient la res du sacrement, la charité, est in fine plus importante que la matérialité du sacrement. Redécouvrir que la res, la charité, la belle et bonne charité si chère à Péguy (qui ne pouvait pas communier) demeure toujours accessible, jamais confinée. Mais c’est une autre histoire.

Vivre, dans l’intériorité et la charité ce long samedi jusqu’au jour dont la venue est aussi certaine et lumineuse qu’une belle aurore pascale, jusqu’au jour d’étreintes peut-être plus humaines que le jour d’avant, jusqu’au jour d’assemblées véritablement eucharistiques où, peut-être, nous ferons un peu moins semblant de faire corps, jusqu’au jour où le printemps sera, enfin, débarrassé de quelques-uns de ses miasmes qui nous empoisonnent la vie, depuis beaucoup plus longtemps que cette saleté de virus !

Vendredi 10 avril 2020

J + 25 – Vendredi Saint est jour du chemin de Croix et contemplation de la Croix.

La Croix est pour moi une verticale qui part des profondeurs de la terre pour monter vers Dieu donnant sa dimension transcendantale et une horizontale qui part de chacun de ses bras et qui va faire le tour de la terre, lui donnant sa dimension universelle. Au centre, le cœur du Christ qui vient rassembler toute l’humanité pour l’élever vers le Père. Tout passe par le cœur de Jésus. La Croix est aussi l’ultime lieu où Jésus termine sa vie au terme d’heures de souffrance comme nous ne pouvons pas nous l’imaginer. Sur la Croix, Jésus récapitule toutes les horreurs, les violences de toutes sortes, les tortures, les angoisses extrêmes, les solitudes les plus profondes et les plus insupportables, tous ces instants qui précèdent la mort de chaque personne et que je traverserai un jour. Il chasse l’absurde et le non-sens de nos vies.

Je crois qu’il est impossible de réaliser ce que Jésus a vécu. Le mystère de cette terrible fin conduit Jésus, dans sa Présence réelle, à être auprès et avec tous ceux qui souffrent et connaissent la torture, l’humiliation, l’inhumanité la plus extrême, comme ceux qui sont atteints par la guerre, la maladie ou comme les migrants aujourd’hui voulant quitter l’horreur. Notre Seigneur est d’autant plus proche de ces personnes car lui a connu ces abominations et il n’a pas fait semblant.

Notre Seigneur n’est ni un Dieu éthéré loin des humains, ni un Dieu de salon pour satisfaire quelque angoisse de l’après-vie, ni un Dieu copain à qui on ferait une tape sur l’épaule. C’est un Dieu d’Amour, fidèle à son Père, proche de chacun de nous dans la vérité de notre être et qui nous trace le chemin pour retrouver l’intimité divine.

Ma foi personnelle repose sur cette inversion de toutes les valeurs du monde proposée et vécue par le Christ. Il nous appelle à notre propre anéantissement, non pour nous humilier mais pour chasser notre égo dominateur et nous permettre de vivre l’humilité vraie afin d’entrer dans la Lumière divine dès maintenant.

Encore faut-il que nous passions par nos tombeaux, lieux de toutes les morts, lieux des obscurités les plus noires, lieux de nos enfers que nous avons bâtis au fil de nos années en oubliant, bafouant, critiquant, humiliant Dieu et en nous précipitant à dominer, abuser, diffamer, calomnier, presser, gouverner, manipuler, écraser l’autre, celui qui n’est pas moi, celui qui me rend jaloux et que j’ai envie de tuer, d’éliminer ou de faire disparaitre, celui qui m’empêche d’accéder à mon petit bonheur fait par l’absence de malheurs grâce à toutes les illusions et faux-semblants que j’essaie de me fabriquer.

Tout cela constitue notre péché. Et c’est ce péché que Jésus est venu emporter en descendant aux enfers pour nous libérer de nos propres chaines et nous permettre de re-vivre, de re-naître en nous offrant son pardon et sa miséricorde sans limites, en nous envoyant son Esprit, notre doux hôte intérieur. La seule contrepartie exigée c’est la manifestation de notre désir sincère et profond d’accepter son pardon et de changer notre mode de vie. Cela s’appelle la conversion. En quelque sorte, s’il est certain que le pardon est accordé à tous sans restriction, il ne peut pas avoir une réalité et une consistance sans participation réelle et profonde de chacun d’entre nous, c’est-à-dire avec notre tête mais surtout avec notre cœur. C’est tout notre être qui accepte le pardon de Dieu et porte la réponse à notre Seigneur.

Oui le passage au tombeau est nécessaire. Il est en ligne directe avec la Croix. Vouloir passer du Jeudi Saint au dimanche de Pâques, de l’institution de la Cène à la gloire du Ressuscité en gommant le Vendredi Saint relève de l’inconséquence et du malentendu. Oublier la Croix et les enfers, c’est oublier une partie de nous-mêmes, celle que nous voulons ignorer pour se réfugier dans des paradis terrestres qui se présentent à portée de nos yeux, de nos mains et de tous nos sens abusés, même s’ils ont une couleur spirituelle. Comme si la Croix et la prise de conscience du péché étaient superfétatoires et relevaient d’un passé révolu. Quand j’ai évoqué le pélagianisme, lors de l’approche du rite pénitentiel au début de la messe, c’est à cela que je pensais. 

 

La prise de conscience du péché n’est pas synonyme de culpabilité malsaine. Il ne s’agit pas de nous morfondre et de vouloir nous corriger par des punitions morbides, car, là encore, c’est notre volonté qui dicte ces comportements malsains pour essayer d’atteindre une fausse perfection et non l’acceptation de la miséricorde divine qui libère et de l’Amour de Dieu qui fait vivre.

La mort du Christ prend réellement sens si la prise de conscience de notre péché se met en route car elle conduit à la rencontre du Christ en Croix, à la découverte du pardon, à la joie intérieure du pécheur pardonné, à la découverte de l’autre et des autres grâce à tous les pardons que l’on peut se donner réciproquement.

« Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera ta justice. Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange. » (Ps 50, 16-17)

Pour votre méditation pour ce vendredi saint, je vous propose le texte des Impropères.

Jeudi 9 avril 2020

J + 24 – C’est le début du Triduum Pascal, temps le plus fort de l’année pour nous chrétiens. Vivre ces trois jours confinés, chacun chez soi, est une véritable épreuve. Pas d’assemblées, pas de cérémonies, pas d’adoration de la croix en chantant  les impropères, pas d’Exultet chanté par le diacre le samedi soir. Notre foi qui se voudrait être partagée s’exprimera devant nos écrans de télévision qui prendront une dimension sacrée comme elle n’a jamais été. Il ne s’agit pas de la transformer en idole mais de reconnaitre aujourd’hui que cette machine bien humaine va être porteuse de liens spirituels, réunissant notre communauté et nous amenant à redevenir Peuple de Dieu par la pensée. C’est une autre manière de vivre la communion des croyants.

Le Jeudi Saint est traditionnellement l’office qui célèbre le sacerdoce et par voie de conséquence les prêtres. C’est, chacun chez soi, le moment de prier pour eux, de leur dire merci pour le don de leur vie qu’ils nous font, pour leur ministère, pour le service qu’ils rendent à la communauté, pour leur écoute, en n’oubliant pas qu’eux-mêmes ont à vivre leur chemin de conversion, à surmonter leurs doutes et leurs questions, à supporter la charge qu’ils ont par la fatigue qui peut les envahir.

Deux textes viennent célébrer cette fête : le récit de l’institution par St Paul (1 Co 11, 23-26) et le lavement des pieds (Jn 13, 1-15).

Je vous propose une méditation sur ces deux récits avec l’aide de Maurice Zundel.

Comment ne pas être sensible à ces deux récits dont l’expression est le don poussé jusqu’à l’ultime ?  Le premier nous place au cœur du mystère de la Nouvelle Alliance, le second nous conduit au service suprême.

Voici le premier commentaire :

« Il s'agit donc du sang de l'Alliance, du sang qui scelle l'Alliance, du sang répandu qui met un terme à l'Ancienne Alliance et qui inaugure la Nouvelle. D'ailleurs, pour qu’il soit impossible d'hésiter là-dessus, saint Paul nous rappelle que « toutes les fois que nous mangeons ce pain et que nous buvons à ce calice, nous annonçons la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne ». (1 Co. 11:26) Il y a donc dans l'Eucharistie une référence indissoluble, essentielle, au sang de la Nouvelle Alliance répandu sur la Croix, comme au corps brisé de l'Agneau qui efface les péchés du monde.

C'est de cela qu'il faudra se nourrir, de ce mystère de la Croix. C'est dans cette mort qu'il faudra puiser la vie éternelle. Et, bien entendu, ce trésor de la Nouvelle Alliance sera confié à l'Église. Et c'est dans l'Église, c'est par l'Église et c'est pour l'Église qu'on aura accès à cette source de vie éternelle.

Il n'est donc pas question de manger matériellement le corps du Seigneur, de boire matériellement le sang du Seigneur, puisque notre Seigneur a dû constater que ses disciples, qui n'avaient cessé d'être avec lui, qui étaient ses commensaux, qui ne le quittaient pas, qui étaient témoins de tous ses faits et gestes, ne l'avaient pas connu. Puisque notre Seigneur leur déclare qu'il faut qu'il s'en aille pour qu'ils le trouvent, ce n'est pas pour leur donner à portée de la main et sans qu’ils n’aient aucun effort à faire, sa Présence qui ne peut être accessible qu'à la foi et à l'amour.

La Cène du Seigneur, c'est le mystère de la Croix à vivre et à assimiler. Et pour vivre et assimiler le mystère de la Croix et pour trouver la vie dans la mort et pour s'identifier avec le Christ, il faut, justement, attendre les autres, il faut être ensemble, il faut que le repas soit une communion humaine, soit le signe de ralliement de toute l'humanité, qu'il affirme cette chaîne d'amour qui va constituer le Corps Mystique autour de la table du Seigneur. » Conférence de Maurice Zundel donnée à Ghazir en 1959 in « Silence, Parole et Vie » Ed. Anne Sigier.

Le deuxième récit, celui des lavements des pieds, nous place au cœur du dépouillement.

« Jésus, donc, nous donne rendez-vous dans l’humanité. Jésus nous attend au cœur de l’histoire humaine et cette consigne qu’il nous donne, il va l’illustrer de deux manières infiniment émouvantes et la première, c’est cette leçon de choses qu’il donne à ses disciples au Lavement des pieds.

Comment prouver mieux que le Royaume de Dieu est intérieur à nous-même, que le Royaume de Dieu, c’est nous quand nous l’accueillons, c’est nous quand nous nous vidons de nous-mêmes pour le recevoir, c’est nous quand nous devenons transparents à sa présence et à sa lumière ? Comment le prouver mieux qu’en s’agenouillant lui-même devant ses disciples et en leur lavant les pieds, en faisant à leur égard le geste de l’esclave, ce geste scandaleux, en apparence, ce geste miraculeux, ce geste qui opère la transmutation de toutes les valeurs, ce geste que Pierre d’abord décline : « Mais comment, mais ce n’est pas possible, Seigneur, ce n’est pas possible que tu me laves les pieds ! »

En effet, pour admettre ce geste, il faut renoncer à voir Dieu comme une grandeur extérieure. Pour admettre ce geste, il faut comprendre que la suprême grandeur de Dieu, c’est son humilité, c’est sa charité, c’est son dépouillement dans le mystère de la Trinité divine, c’est son amour illimité. Celui qui aime le plus, c’est celui-là le plus grand. Celui qui peut se donner à l’infini, c’est celui, celui-là qui est Dieu. »

Est-il besoin d’en rajouter. Vivons, même chacun chez nous, ces deux dons que Jésus nous fait quelques heures avant de mourir : son Corps et son Esprit, son humilité et son total abaissement.

Cette méditation se prolongera demain devant la Croix.

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Mercredi 8 avril 2020

J + 23 – Le confinement s’allonge, nous rendant impatients d’en sortir. Nous sommes confrontés à nous-mêmes, tels que nous sommes, sans fard, sans artifices. Le confinement a ce mérite, celui de nous empêcher de tricher. Regards sur nous-mêmes devant notre miroir sans complaisance. Plus d’alibis pour paraitre en société.

Justement, regardons trois personnages de la Passion dans l’évangile de Matthieu : Pierre, Judas et Pilate. Certes, il y en a d’autres, individus ou groupes d’individus. Ces trois-là nous disent quelque chose de nous.

On connait Pierre par ses réactions vives et spontanées, générant parfois l’étonnement ou l’opposition ferme de Jésus.  Deux épisodes, durant la Passion de Matthieu, nous indiquent qui il est : le 1er : l’annonce du reniement (26, 30-35) - le 2ème : le reniement lui-même (26, 69-76).

« Même si tous tombent à cause de toi, je ne te renierai jamais … (v. 33)» « …. Et Pierre se rappela la parole que Jésus avait dite : « avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois ». Il sortit et pleura amèrement (v. 75) »

Nous connaissons bien cet épisode, inutile d’en dire plus Je m’arrête sur un détail qui a toute son importance : la conversion de Pierre commence à cet épisode lorsqu’il se souvint de la parole du Christ. Pierre fait la relecture de toute sa vie avec Jésus et découvre toutes ses failles. Le personnage qu’il pensait être devenu grâce à Jésus s’effondre car il n’a pas tenu 30 secondes, alors qu’il avait affirmé quelques heures avant, que jamais il n’abandonnerait son Seigneur. Quelle chute qui se termine dans l’amertume des larmes !... C’est comme cela qu’il nous touche. C’est pour cela qu’il en est devenu le premier chef. C’est comme cela que l’Eglise nous touche quand elle est humble et non triomphante. A ces trois reniements, dans l’évangile de Jean, Jésus opposera trois « m’aimes-tu ? » Et Pierre sera appelé à dire « Oui Seigneur, tu sais que je t’aime » Jésus le sait vulnérable mais Jésus sait qui il est réellement et lui confiera les « clés » du Royaume. Il en est de même pour chacun d’entre nous. Jésus sait toutes nos failles mais cela ne l’empêche pas d’avoir confiance en nous.

Le troisième personnage est Pilate. C’est un homme de pouvoir. Il représente l’autorité suprême du moment. Il a droit de vie et de mort sur les condamnés qui lui sont présentés. Matthieu va nous le présenter comme un personnage faible et transparent comme l’eau dont il se sert pour se laver les mains. Pourquoi  une telle description ? Matthieu désire nous montrer que la puissante Rome n’a aucun pouvoir sur le devenir de Jésus. Après avoir entendu les conseils de sa femme, Pilate s’en remet à la foule dont on a vu son côté labile et changeant. Il ne s’est même pas opposé à la libération de Barabbas qui n’avait pas l’air d’un enfant de chœur. Il a l’apparence du pouvoir mais n’est rien en réalité de telle sorte que la condamnation de Jésus lui échappe totalement. Ce qui reste de lui c’est le lavement des mains comme pour justifier son indifférence vis-à-vis de la décision qu’il prend. C’est la négation de la responsabilité.

L’autre personnage est Judas, le traitre. Matthieu nous décrit trois temps concernant Judas : en 26, 20-25, c’est la désignation du traitre, celui qui va trahir Jésus, puis lors de l’arrestation de Jésus Judas à un rôle primordial en 26, 47-50, enfin, en 27, 3-10, la mort de Judas par pendaison va clôturer sa triste histoire. Lisez ces passages.

Pourquoi s’intéresser à Judas ? Parce qu’il représente certainement une partie de nous-mêmes. En premier, Jésus ne s’est certainement pas trompé sur son CV. Ce devait être un Juif pratiquant rigoureux, fidèle à la Loi. On n’en sait pas plus. Il est vrai que les évangélistes le présentent, dès le départ, comme un traitre, ce qui ne facilite pas une autre approche du personnage. Il est aussi dit qu’il aimait l’argent. En cela, il est rejoint par beaucoup de nos contemporains. Pourquoi a-t-il trahi ? Comme Pierre, il devait lui être intolérable que le Maitre qu’il a suivi sur toutes les routes de Galilée et de Judée, qui a fait des miracles, qui a enseigné le Royaume des Cieux, puisse terminer comme Jésus se décrit lui-même. L’évangéliste Jean ira jusqu’à lui faire laver les pieds de ses disciples et donc de Judas lui-même. Pierre rugit en disant « Moi je ne tomberai pas », Judas doit être traversé par un profond doute : « il ne peut pas être le Fils de Dieu, ni le Christ pour prédire une fin si calamiteuse et faire des actes comme le lavement des pieds ; ce doit être un imposteur ou un blasphémateur », rejoignant ainsi les prêtres et les membres du Sanhédrin.

Judas récapitule tous nos doutes, en croyant qu’il a été berné par Jésus, mais aussi toutes nos trahisons au nom d’une raison bien raisonnante et de principes moraux qu’il faut maintenir en respectant la Loi, ce que Jésus a transgressé tout au long de sa vie publique. Judas fait une autre relecture, bien différente de celle de Pierre, une relecture qui concerne Jésus mais pas lui. En le trahissant, il le juge. Puis viendront une prise de conscience et le retour sur lui-même. Cela le conduira à la mort car l’insupportable l’envahit en pensant qu’il avait conduit un innocent à la condamnation à mort. A la place des larmes et du repentir, Judas préfère se donner la mort se pensant être incapable d’être pardonné par Dieu. C’est lui qui établit son verdict. Il est seul face à lui-même et n’accepte aucune aide extérieure.

En cette période où notre monde traverse une crise profonde amplement commencée avant et sans le virus, notre société chemine à la façon de Pilate : prendre une décision sans assumer la responsabilité de la décision ni les conséquences qui vont en découdre.

Par ces trois personnages si différents, Matthieu nous signifie qu’ils sont tous les trois impliqués dans la mort du Christ. Ainsi, la mort de Jésus est une entreprise collective et pas seulement celle des autorités juives. Elle retentit jusqu’à nous aujourd’hui. Nous ne pouvons pas nous laver les mains pour nous estimer non concernés par la mort de Jésus.  

Mardi 7 avril 2020

J + 22 – Nous commençons la quatrième semaine de confinement. Aujourd’hui, je voudrais méditer sur le silence du Christ.

Hier, je terminai en disant que les hommes n’ont rien compris à l’annonce de la Bonne Nouvelle, à la parole de Jésus tout au long de sa vie terrestre. Pourquoi son message était-il irrecevable ? Qu’a-t-il opposé aux accusations qui lui étaient faites ? Le silence. La seule réponse qu’il oppose au grand-prêtre en 26, 63-64 : « Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. »  Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »

 

Jésus renvoie la réponse au Grand Prêtre sans affirmer qu’il est le Christ. Il revient ensuite sur le Fils de l’homme. Cela fait écho au livre de Daniel (Dn 7, 13-14) : « Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. » Matthieu fait appel à l’Ancien Testament pour expliquer la réponse de Jésus.

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Pourquoi Jésus n’a-t-il pas essayé de se justifier et de se défendre selon les critères recevables pour un procès ? Le Verbe qui s’est fait chair n’est pas venu sur terre pour être son propre avocat ou pour se justifier si on l’attaque. Il vient dans l’espoir que les hommes de cette terre aient connaissance du dessein du Père qui souhaite que tous les hommes découvrent son Amour, la puissance de sa miséricorde et comprennent dans leur cœur qu’ils sont aimés par Lui et appelés à entrer dans la Lumière divine. Jésus a parlé en son temps dans les synagogues, a fait des miracles, a donné des signes sans que les hommes croient. En quelque sorte, face à l’incrédulité des hommes (disciples, foule, autorités religieuses) Jésus peut que rien ne dire. Aux hommes, à chacun personnellement, de faire le chemin de retour vers le Père.

 

A Pilate, Jésus répond de la même façon (Mt 27, 11-14) : « On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C’est toi-même qui le dis. » Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? » Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné. »

C’est le grand silence qui nous renvoie dans nos profondeurs car nous aurions aimé qu’il réponde. En se taisant, Jésus nous oblige à ne pas nous contenter d’un guide ou d’un gourou, même martyrisé, qui aurait la réponse à notre place. Il nous fait entrer dans nos abimes là où notre égo impatient et dominateur veut nous empêcher d’aller regarder notre être coupé de Dieu. Comment ne pas rejoindre le silence du Christ devant Pilate par notre propre silence intérieur, méditation devant la Croix sans dire mot, emportés que nous sommes par la confusion, l’abomination de ce que notre péché a fait en nous.

 

Lui le juste, le calomnié, le condamné à mort se tait devant la justice des hommes. Ne serait-ce pas une invitation à imiter le silence du Christ dans notre quotidien, nous qui sommes malades d'incontinence, en cherchant toujours à tout revendiquer, à jouer les procureurs, à nous indigner au moindre faux pas de l’autre, à réclamer que justice soit faite lorsque nous estimons avoir raison. Ne faut-il pas parfois savoir garder silence devant « l'injustice qu'on nous inflige »… ce qui n’est en rien une justification à ne pas combattre toutes les injustices, quand ce sont les pauvres, les exclus, les migrants, les sans-défenses qui en sont les destinataires comme le demandait le pape François, ce matin, lors de son introduction à la messe du mardi saint.

Au plus profond de notre détresse et de nos larmes, nous pouvons accueillir la main de Dieu qui vient nous frôler pour nous relever, pour nous restaurer notre dignité et nous appeler à mettre des mots sur nos lèvres qui auront la couleur de la joie, de la paix, du partage. Bref elles chanteront la grandeur et la beauté de  l’Amour de Dieu sans limites.

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Lundi 6 avril 2020 –

J + 21 - Hier, la cérémonie des Rameaux était belle et digne à Sainte-Claire. Le « direct » donne une plus grande importance à la commune-union qui nous rassemble devant cet écran froid et normalement anonyme.

La lecture de la Passion, quel que soit l’évangéliste est toujours un moment de grande émotion, tant elle nous rapproche de ce qui s’est passé il y a plus de 2000 ans, que dans sa dimension actuelle, brûlante et bien réelle. Nous l’avons entendu de nombreuses fois. Cette lecture, si longue d’ordinaire, garde toute son intensité, malgré l’absence du Peuple rassemblé. Jamais les prêtres n’ont pris une telle importance, non dans ce qu’ils sont mais dans ce qu’ils font vivre à tous derrière nos écrans. Le manque augmente le désir. La communion spirituelle nous est donnée par le pape comme par notre évêque, et c’est vraiment bien. Néanmoins, vivre en assemblée la présence réelle, cela ne se remplace pas.

Nous vivons donc une Semaine Sainte bien particulière faite de signes multiples qui nous permettent de regarder les textes avec cette distance nécessaire due à la période traversée.

Nous entendons dire aujourd’hui « mais que fait Dieu devant une pandémie comme la nôtre ? ». Regardons l’évangile de Matthieu (Mt 27, 39-43) :

« Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : “Je suis Fils de Dieu.” » »

Nous avons entendu cet extrait dimanche.

Les signes ! « Toi qui détruis le Sanctuaire » (le Temple) et « Si tu es le Fils de Dieu » ce sont bien les mêmes expressions que lors des tentations du Christ (Mt 4, 3 et 4, 6). La foule a pris à son compte les mots du Malin pour douter de la divinité du Christ.

C’est bien un combat de la terre contre le Divin. Matthieu ne nous fait-il pas une relecture des débuts de la vie du Christ, juste après son baptême. Dans le désert, il était seul pour affronter le Malin. Sur la croix, il est seul, il a devant lui une foule qui l’insulte et le provoque. On se moque de ce qu’il vit, de sa douleur, de sa solitude extrême quand il prononce les paroles « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Qu’on ne me dise pas qu’il faisait semblant de réciter un psaume (Ps 22, 2).

Matthieu force le trait pour nous mettre en avant l’échec de la prédication de Jésus. Il n’a pas réussi à transformer cette multitude en Peuple de Dieu. Elle n’a rien compris au message divin. Elle reste dans l’attente d’un Dieu fort, puissant, capable de tout y compris de se délivrer lui-même et de descendre de la croix.

Pour que cet échec se transforme, il va falloir vivre la résurrection, c’est-à-dire la levée du tombeau, rendant celui-ci vide et semant le trouble jusque dans les rangs de l’armée romaine. L’incarnation trouve son achèvement et sa complète réalisation dans la glorification de Jésus par son Père. C’est la fin de la présence physique et de l’humanité du Christ parmi nous sur cette terre. C’est le début de la présence réelle d’un Christ au cœur de toute l’humanité.

Quel cadeau ! Les gens du temps de Jésus ne pouvaient pas le comprendre, ni Pierre, ni Judas, ni les autres disciples, ni les Autorités religieuses, ni la foule. Le mystère du Christ ne peut se révéler que dans un acte de foi dans le cœur de chacun et en Eglise c’est-à-dire en Peuple de Dieu. Cela suppose une véritable et constante conversion de chacun pour quitter notre appartenance à la foule qui a rejoint le Malin et qui demande des preuves et faire le pas de la foi et de la confiance en ce Jésus de Nazareth, Christ et Fils de Dieu, mort et ressuscité.

Dimanche 5 avril 2020 –

J + 20 – La semaine sainte est commencée. Qui aurait imaginé, il y a un mois, les conditions dans lesquelles nous allons la vivre ?

En premier, je souhaite qu’elle soit féconde dans la découverte de la passion, de la Mort et de la Résurrection du Christ.

Bien que nous soyons tous confinés, bien que nos prêtres doivent célébrer les offices seuls, beaucoup de propositions de messes, de temps de prière, d’offices, de chemins de croix sont faits, et c’est une bonne chose.

Cette semaine, je me mettrai en retrait, proposant quelques réflexions à partir de l’évangile de Matthieu (essentiellement les chapitres 26-27-28 de Matthieu). Je ne transmettrai pas de poèmes. Je ne ferai pas de liens avec la situation actuelle à moins qu’un évènement particulier s’impose.

Foule ou Peuple

Pour ce 1er jour de la semaine sainte, je vous propose une réflexion sur les deux mots foule et peuple. En grec, ils se disent « laos » Peuple, « ochlon » Foule, multitude.

Matthieu utilise ces deux mots à des fins très précises. On retrouve « le Peuple » en 4, 23 « Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. »

On le retrouve juste avant la Passion en 26, 5 « Mais ils [les prêtres] se disaient : « Pas en pleine fête, afin qu’il n’y ait pas de troubles dans le peuple. » En quelque sorte, le mot Peuple est à rattacher au Peuple élu d’Israël, le Peuple auquel Dieu s’adresse dans tout l’Ancien Testament. C’est ce Peuple qui reçoit la Bonne Nouvelle du Royaume. Il y a, pour Matthieu, une continuité.

« La foule » est utilisée pour désigner la multitude, le nombre sans distinction. Matthieu va l’utiliser plusieurs fois au cours de la Passion du Seigneur.

D’abord, au cours du préambule qu’est la procession des Rameaux, en 21, 8-11 « Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. » »

Matthieu n’a pas utilisé le mot Peuple. Il utilise le mot foule (multitude) pour signifier son indéfinition et son caractère changeant. Car c’est le même mot qui sera repris durant la Passion en 27, 15 et 27, 20 : « 15 Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. 20 Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus. » En écoutant la Passion, pensez à ces deux sens.

Tout le chemin de conversion est de nous faire passer de la foule anonyme et labile en Peuple de Dieu (ce que l’on va retrouver chez Luc lors de la guérison de l’aveugle de Jéricho Lc 18, 38-43). Matthieu sait la différence car, quand les Autorités religieuses disent qu’elles ont peur d’arrêter Jésus à cause du Peuple, elles ont compris que le Peuple pouvait les remettre en cause et douter de leur autorité. Au contraire, la foule peut changer d’opinion et être manipulée par les grands prêtres et les anciens (27, 20). 

Aujourd’hui, c’est le propre de nos sondages d’opinion d’aujourd’hui, établis pour connaitre les changements d’humeur de la multitude. Le drame c’est quand on clame qu’il s’agit d’une vérité partagée par tous.

Pensez au début de la messe : arrivons-nous en foule ou en Peuple de Dieu. C’est peut-être la difficulté de la pratique religieuse : il y a encore quelques dizaines d’années, nous avions une foule de gens qui venait à la messe par habitude sociale, familiale, instinct grégaire, peur de l’enfer, etc… Elle était manipulable aux premières critiques de la société vis-à-vis de la religion. Beaucoup de gens ont quitté l’Eglise parce que leur foi n’était pas incarnée, juste reçue comme une habitude sociale, une pratique morale. Quand les repères moraux ont été attaqués et devenus différents, la pratique religieuse s’est effondrée.

Aujourd’hui, il nous faut nous transformer en Peuple de Dieu, Peuple choisi pour le service de Dieu. C’est la foi qui doit nous animer et c’est avec cette même foi que nous devons faire, tous ensemble, le signe de croix du début de la messe comme le signe du rassemblement du Peuple. Ne passons pas à côté.

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L'autre nom du monde


Nous sommes au monde
peut-être
mais nous ne connaissons pas
le monde.


Il se fraie un chemin
à travers
nos doutes, nos certitudes, nos rêves
peut-être.


Le monde est à travers nous
Peut-être
il se fraie un chemin vers
le tout-autre.


Dans le négatif aussi
Brille
la trace d'un trésor morcelé
que nous cherchons
inutilement
au-delà du monde.


Regarde
à travers la trame
commune, brille et appelle
notre cri oublié.

Samedi 4 avril 2020

J + 19 - Le temps s’étire, n’étant plus scandé par l’égrenage des jours de la semaine  interrompu par la venue du week-end et ses changements d’habitude. Là, tout est linéaire comme si nous vivions une représentation de l’éternité par une absence de sens du temps car nous avons besoin de rythmes, de rites, d’imprévus, de contacts, de partage pour des choses sérieuses mais aussi festives, futiles, joyeuses, souvent réalisées pendant le week-end. Le confinement nous fait vivre un temps imposé qui nous échappe totalement.

Dire que Dieu est bon, qu’il veut le meilleur pour nous alors que le mal, la maladie à laquelle le monde est confronté, la souffrance, la violence s’imposent à nous, aujourd’hui, voilà qui est difficile à passer. Et tout cela nous met devant la mort, comme cette personne que je connais, qui s’appelle Marie-Agnès, décédée jeudi laissant un mari et trois enfants éplorés ou le curé de Magny-en Vexin, le Père Tomas. Et je suis certain que vous qui recevez ce mail vous avez dans votre famille, dans votre entourage ou dans vos connaissances des personnes atteintes, hospitalisées, ou décédées.  

En clair, j’entends certains qui me disent : comment pouvons-nous continuer de croire en un Dieu qui ne peut pas régler la question du mal ? Je crois que nombre de chrétiens se la posent mais, le plus souvent, on met un voile dessus pour continuer d’avoir une foi dite « du charbonnier » en laissant la question de la mort dans un recoin que l’on voudrait oublier. Et le coronavirus arrive, décimant tous nos artifices pour oublier, nous ramenant à une réalité cruelle : nous sommes condamnés à mort depuis notre naissance.

La mort traverse notre condition humaine et nous ne pouvons pas nous en libérer par une décision de notre part, car même si la science réussit à retarder la date de notre mort, celle-ci reste inéluctable.

Cela nous ramène à la constatation du départ : c’est notre rapport au temps qui est visé. Car la mort est l’interruption de notre temps terrestre, suivie de la question « et après ? ». Nous pouvons nous contenter d’une vision linéaire : je suis chrétien, j’ai eu une pratique religieuse assez constante, j’attends le ciel en héritage après ma mort.

Je voudrais juste apporter quelques réflexions qui peuvent nous servir pour notre entrée en semaine sainte. La venue du Verbe dans notre humanité par la naissance du Christ est comme un imprévu dans la pensée des hommes.

Dieu vient parmi nous. L’incréé croise le créé, le Verbe se fait chair. Ce n’est certainement pas pour nous donner des consignes pour notre pratique religieuse, ni un modèle de comportement moral. Il vient pour nous permettre d’Etre, pour que notre vie monotone trouve un sens (en disant cela, je n’évite pas les tribulations, les guerres et toutes les formes de mal subi et mal commis).

La mort du Christ que nous allons prier dans quelques jours vient marquer l’interruption de ce temps moribond de nos vies plus ou moins vides qui s’achevaient, après la mort, dans l’oubli.

En mourant, Jésus n’est plus là physiquement parmi les siens. Sa mort rend possible la venue de  l’Esprit-Saint. Le Verbe de toute éternité rejoint le Père et nous rejoint dans sa Présence réelle pour nous faire passer d’une vie tournée vers l’avoir, les possessions, les dominations à une vie d’Etre, à une existence transformée par sa Présence dans tous les instants de notre vie renouvelée.

Alors que devient le temps devant un tel projet ? Je ne voudrais pas laisser croire que notre passage de la vie terrestre à la vie en Christ au moment de notre mort se passerait sans angoisse, sans difficulté au motif de notre appartenance au Christ. Lui-même n’a-t-il pas dit sur la croix : « Mon Père, mon Père pourquoi m’as-tu abandonné ? », nous indiquant que l’angoisse ne s’évapore pas par une  simple décision. C’est pourquoi, c’est important que, nous, les vivants, ayons une prière d’intercession pour ces personnes vivant ce passage.

 

Cependant, la foi et la confiance en Christ permettent de se préparer à ce passage et de nous faire accepter la venue de notre  Etre dans la Lumière divine même si des obscurités de notre vie nous fassent retarder ce moment.

C’est cela que nous fêterons le dimanche de Pâques.

Bonne semaine sainte.

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En guise de poème, voici celui d’Alain Suied « L’autre nom du monde ».

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Vendredi 3 avril 2020

J + 18 - Je terminai hier sur la tranquillité quand notre « hôte intérieur » est venu combler tout notre être. Cela peut inquiéter car si elle est au rendez-vous,  il n’y aurait ni conversion, ni confession, tant l’état de perfection s’imposerait. Qu’on se rassure, il s’agit de tendre vers. Mis à part quelques êtres qui doivent se compter sur les doigts de la main en quelques siècles, le risque est minime, on a encore du chemin à parcourir.

L’Esprit-Saint, en nous n’est pas là pour être confiné. Il est là pour nous faire vivre la joie et l’action de grâces. Et oui, avant toute chose, nous sommes des êtres de joie et, en premier, il nous revient de remercier, rendre grâces pour les cadeaux que le Seigneur nous donne. Evidemment, vous allez me dire que je suis un doux rêveur quand nous voyons toutes les tribulations du moment, les risques de catastrophe sanitaires, économiques, écologiques. Oui, il y a quelque chose de l’espérance mais pas de l’illusion.

Pourquoi sommes-nous des êtres de joie ? La réponse vient du pape François, hier dans son homélie : « chacun d’entre nous est un élu, un chrétien choisi par notre Seigneur, pour vivre l’Alliance et la promesse de fécondité mais il nous revient de répondre, de dire oui, c’est la marque de notre liberté ».

Dans l’acquiescement à cette attente divine, nous avons un modèle pour nous aider : Marie « Qu’il me soit fait selon ta Parole ». Cela nous conduit à la joie « mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur » car l’amertume d’un non-accompli, d’un inachevé, d’un non-reconnu, disparait pour laisser place à la disponibilité du cœur à la présence de notre hôte intérieur qui va nous apporter tout ce dont nous avons besoin et en premier la joie

La joie s’acquiert par le détachement complet des choses terrestres. Jean-Pierre nous a rappelé le texte de Saint François sur la joie parfaite. En voici un petit extrait

« … Au-dessus de toutes les grâces et dons de l'Esprit-Saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi-même, et de supporter volontiers pour l'amour du Christ les peines, les injures, les opprobres et les incommodités ; car de tous les autres dons de Dieu nous ne pouvons-nous glorifier, puisqu'ils ne viennent pas de nous, mais de Dieu, selon que dit l'Apôtre : « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu de Dieu ? et si tu l'as reçu de lui, pourquoi t'en glorifies-tu comme si tu l'avais de toi-même ? ». Mais dans la croix de la tribulation et de l'affliction, nous pouvons nous glorifier parce que cela est à nous, c'est pourquoi l'Apôtre dit : « Je ne veux point me glorifier si ce n'est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus Christ. »

La joie est obtenue parce qu’en nous, il n’y a plus rien qui retient, plus d’attache, plus de ressentis négatifs venant des autres, plus de colères, plus d’envies, rien qui puisse altérer l’union à Dieu.

Bref, je vous entends déjà me dire que cela est impossible et que notre incarnation est d’être bien incarnés avec toutes nos émotions, nos sentiments, nos désirs etc... OK, je le concède, mais essayons de regarder lucidement qui nous sommes. Nous sommes dans nos ténèbres et obscurités par notre attirance à la mondanité et au paraitre. Mais nous avons tous, à un moment donné ou à un autre, voire un court instant, reçu une étincelle de lumière et de joie qui ne vient pas de nous mais qui nous a été donnée. Les exemples sont aussi multiples que différents, à chacun de se les souvenir. C’est cela la joie. D’un court instant, nous pouvons le transformer en moments qui s’allongent et, ainsi, vivre petit à petit de notre hôte intérieur. C’est le langage du cœur qui a pris le dessus sur le langage de la tête.

Vous verrez alors que tout se transforme en même temps : vos colères ne seront plus contre des personnes mais contre des situations qu’il faut changer, vos envies disparaitront petit à petit etc… Vous n’êtes pas François, je ne suis pas François, mais je prie le Seigneur pour qu’il m’aide à me transformer, c’est-à-dire à laisser la place à l’hôte intérieur qui va naturellement nous amener à chanter la gloire de Dieu, l’Amour de Dieu, la tendresse de Dieu, le don de Dieu, la miséricorde de Dieu. Plus nos mondanités s’effacent, plus notre hôte intérieur grandit en nous.

Alors, me direz-vous, dans la situation que nous vivons, comment ne pas être envahi par le sombre, les angoisses, la peur de la maladie et de la mort, la peur de la perte des ressources financières, etc… ?

N’attendez pas de Dieu un miracle, mais qu'il soit une Présence, celle qui permet de voir la réalité avec d’autres yeux, celle qui permet de relativiser ce que nous vivons, celle qui va nous placer devant notre liberté, celle de choisir la confiance en Dieu et pas dans nos fausses sécurités. Plus facile à dire qu’à faire : oui, mais c’est dans la prière que cela se trouve, dans la rencontre personnelle avec le Seigneur.

Soyez confiants, vivez de cette présence. Ne vous en lassez pas. La situation générée par le coronavirus est unique. Elle nous ramène à l’essentiel. Ne passons pas à côté.

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Comme poèmes, j’ai choisi deux poètes un breton, Charles Le Quintrec avec comme titre ; « Qui n’a pas l’amour » et un belge André Bansart avec pour titre : « Le vrai bonheur ».

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Charles Le Quintrec (1926-2008)


Qui n'a pas l'amour
Qui n'a pas l'amour regarde les arbres
Et ne voit jamais flamber leurs feuillages.
Ne voit pas l'oiseau, ne voit pas l'abeille
Ni le jour qui s'en revient des Cyclades.
Qui n'a pas l'amour n'entend pas les arbres
La musique des mousses à leurs troncs.
L'automne se fait maussade, les hommes
Disent - Ce n'est pas un temps de saison !
Ils ne savent pas - jamais ne sauront –
Qu'un oiseau suffit à notre hivernage.
L'abeille, l'oiseau, les arbres, l'azur...
Qui n'a pas l'amour n'en est pas si sûr !

 

 

 

 

 

 

 

 

 


André Bansart (1939-)


Le vrai bonheur
Je pourrais être aveugle
Et je verrais la palette nuancée de la joie
Je pourrais être sourd
Et j’entendrais encore mille chants
Je pourrais être paralytique
Et je bondirais toujours dans les campagnes ensoleillées.

Jeudi 2 avril 2020

 J + 17 –Nous avions conscience d’une mondialisation vécue dans un certain sens : la Chine, l’Inde, le Bangladesh et bien d’autres … étaient devenus les usines dont nous avions besoin, quel qu’en fût le coût humain, pour que nous bénéficiions de produits à bas prix, qui satisfassent notre porte-monnaie.

Il n’y a pas de quoi s’émouvoir, dans une logique libérale, si ce n’est la montée d’un chômage national important et la perte de nos outils de production. La crise actuelle nous met devant une situation entièrement nouvelle qui va avoir bien des répercussions. Car tout à coup nous découvrons que notre appareil productif n’a plus la capacité de faire des objets comme les masques ou autres …Et nous découvrons que le mal sévit partout, générant replis et fermetures de frontières, de portes, de maisons de retraite, de cimetières, pour sauver le pays d’une guerre virale aussi inattendue que destructrice. Nous avons perdu notre tranquillité occidentale au profit d’une intranquillité et d’une insécurité mondiales. C’est le moment du grand déballage. Car les risques sont immenses. Déjà, on entend des voix porteuses de suspicion, de méfiance, de position radicale. Histoire d’oublier que nous avons accumulé de la richesse et de la tranquillité sur le dos de pays dont la pauvreté n’est pas à démontrer et que nous avons exploités allègrement. Pour ces pays, aujourd’hui, la situation est beaucoup plus difficile car, quand la pandémie touche des pays très précaires, les ravages sont encore plus grands. Dans notre hexagone confiné, la situation est la même pour les sans-abris et les personnes en grande vulnérabilité qui ont des revenus au jour le jour et qui ne savent pas comment l’assiette sera remplie demain  ou après-demain. 

Nous sommes donc entrés dans une période d’intranquillité et d’insécurité. Du moins, le croyons-nous car je pense que la tranquillité que nous avons connue depuis plus de 30 ans n’est qu’apparente et relève de l’illusion. Il faut un corona pour nous le mettre en pleine figure.

Cela me fait penser à ce verset de la 1ère lettre de Paul aux Thessaloniciens : « Quand les gens diront : « Quelle paix ! Quelle tranquillité ! », c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront pas y échapper. » (1Th 5, 3)

Je ne suis pas là pour développer une culpabilité collective qui nous conduirait à crier à torts et à travers notre faute collective mais pour une prise de conscience car elle est nécessaire quand se croisent un virus qui se multiplie de façon exponentielle, une crise économique sans précédent et une crise écologique dénoncée depuis de nombreuses années et pour laquelle l’Occident a engagé des réponses minimales. C’est la responsabilité de chacun qui devrait être en première ligne transformant notre intranquillité et notre inquiétude en ressort pour les mois à venir.

Nous serons tenus de vivre la solidarité, l’échange et le partage de gré ou de force. La créativité qui est déjà en route dans des différents lieux est à vivre et à encourager. Soyons vigilants pour repérer ces initiatives. 

Cela m’amène à oser aborder une autre tranquillité, celle de l’âme, en guise d’une autre réponse. Vous allez pouvoir lever les bras au ciel en pensant que je suis devenu un peu fou ou du moins juste un peu dérangé. Si nous ne voulons pas nous situer uniquement sur le versant de la morale (c’est bien – c’est mal), il nous faut aller sur le champ de l’être « qui suis-je ? » en écho à la question de Dieu « Où es-tu ? ». 

Je vais juste esquisser quelques éléments qui permettent d’ouvrir d’autres portes que chacun pourra explorer. La tranquillité de l’âme vient de ce que notre esprit est totalement en repos. Comment le peut-il ? Par l’anéantissement de l’égo, du « je » qui veut tout régir y compris Dieu. La période actuelle nous met en avant « un ennemi » extérieur qui vient ronger notre corps. Certes, notre corps peut être atteint, mais notre âme est inattaquable si nous abandonnons la totalité de notre être à Dieu. Oui ce n’est pas facile et c’est un long cheminement mais on peut y parvenir et il n’y a pas besoin d’être repéré comme mystique. 

La tranquillité de l’âme viendra le jour où nous aurons chassé notre propre ennemi intérieur, laissant la place à l’Esprit, notre « doux hôte intérieur » comme s’est exprimé le pape François hier matin dans son homélie. C’est la confiance en Dieu qui compte. C’est faire acte de foi en confiant la totalité de notre être à Dieu. C’est commencer à vivre d’amour, de confiance et de partage avec ceux qui sont les plus pauvres et vulnérables. Soyons courageux dans le don et dans le partage, surtout en cette fin de carême. Vivons comme Jésus vivrait s’il était là physiquement présent parmi nous.

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Dans le mouvement des réflexions générales que je vous ai proposées, un texte s’est imposé à moi : « Les animaux malades de la peste ». Certes, vous connaissez la fable, mais elle vaut bien un petit rappel

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Les Animaux malades de la peste

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n'en voyait point d'occupés

A chercher le soutien d'une mourante vie ;

Nul mets n'excitait leur envie ;

Ni Loups ni Renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient :

Plus d'amour, partant plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux,

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

J'ai dévoré force moutons.

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,

Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur

En les croquant beaucoup d'honneur.

Et quant au Berger l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Etant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir

Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de Moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

A ces mots on cria haro sur le baudet.

Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Mercredi 1er avril 2020
J + 16 – Quel premier avril ! Une farce lointaine venue du changement de date du début d’année, passant du 1er avril au 1er janvier… Cela se passait le 9 août 1564, par un édit de Charles IX, les étrennes se transformant en farces.

Celui de cette année restera dans nos mémoires grâce à toutes les blagues qui circulent sur le WEB dont certaines sont vraiment très drôles. Mais il y a l’autre face qui n’est pas une farce, il y a les annonces tragiques et répétées de ceux qui décèdent subitement. Il ne faut pas qu’on s’y habitue et que nos morts ne terminent pas leurs parcours terrestres dans les colonnes des statistiques de l’INSEE.

Mais il y a aussi du beau comme cette « symphonie confinée » que nous a proposé Marie-George.

Nous commençons une deuxième série de quinze jours – car, faut-il le rappeler – nous étions partie pour 15 jours de confinement.

Dans notre prière commune de lundi soir, nous avons prié sur le texte de Paul (1 Co 13, 1-13) appelé « l’hymne à l’amour ». Aimer, voilà la seule chose qui nous reste à faire durant ce confinement. Aimer envers et contre tout. Agir dans toutes ses formes par et avec amour, voilà l’enseignement de Paul et ce que nous avons médité.

L’absence physique des autres nous les rend beaucoup plus présents. Certains ont pu dire qu’ils appréhendaient mieux la présence réelle. Cette absence nous transforme au point d’être plus attentifs à eux, à leurs difficultés, leurs souffrances. En quelque sorte, c’est un appel à vivre la confiance dans un quotidien bien incarné.

La confiance, c’est la foi « en » : c’est la foi en Dieu et c’est la foi en l’autre. La confiance est profondément associée à l’amour.

Notre société qui a largement rejeté ou oublié Dieu a perdu la confiance en Dieu et, par voie de conséquence, à son insu, a perdu la confiance en l’autre, car les deux vont de pair. C’est le règne de la méfiance, de la suspicion, du regard oblique sur l’autre qui pourrait en avoir plus que moi qui pourrait me prendre mon bien ou pourrait faire des choses qui me font envie. L’autre est à priori suspect de me porter atteinte. En cette période virale, l’autre que je connais va-t-il me contaminer ? Il est dangereux. Cela rappelle l’histoire de Caïn et Abel en Gn 4, 9-10.

Toute la publicité est faite pour nous « acheter » la confiance : « Ayez confiance dans le produit que nous vous présentons, et vous allez vivre un moment de bonheur. » Nous le savons, la publicité repose sur l’illusion et nous berce de promesses à jamais insatisfaites. C’est le détournement de la confiance. Nous le savons mais comment y résister ?

La confiance part de notre Seigneur. C’est notre Dieu qui, dans les premières lignes de la Genèse, va créer l’homme à sa ressemblance, c’est-à-dire à la ressemblance de l’amour. Tout ce que va essayer de réaliser le Satan : mettre de la suspicion dans les propos de Dieu et inoculer le fiel de la méfiance. « Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (Gn 3, 4-5). La parole de Dieu est remise en cause. Adam et Eve (qui représentent la condition de toute l’humanité passée, présente et à venir) se trouvent happés par une vision d’eux-mêmes et du monde qui les attire en éveillant l’illusion de la toute-puissance et de la gloire.

Tout notre cheminement personnel (car c’est à faire par chacun et il n’y a pas d’exception) est de retrouver la confiance originelle entre Dieu et chacun d’entre nous. C’est le dépouillement de tous nos oripeaux qui sont la recherche du magique et de l’instrumentalisation de Dieu, la recherche de la toute-puissance, la recherche de la gloire et de la reconnaissance pour la satisfaction de notre égo.

Heureusement, dans notre malheur, la patience de Dieu est plus forte que tous les ombrages que nous voulons faire pousser pour nous empêcher d’être dans l’intimité de Dieu et de le voir un jour.

Dieu veut le meilleur pour nous, tout au long de notre vie, mais nous sommes libres de ne pas le vouloir. Rappelons-nous que la confiance de Dieu en chacun d’entre nous est inépuisable.

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Je vous propose un poème de Gérard de Nerval, « Le point noir ».

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Le point noir


Quiconque a regardé le soleil fixement
Croit voir devant ses yeux voler obstinément
Autour de lui, dans l'air, une tache livide.


Ainsi, tout jeune encore et plus audacieux,
Sur la gloire un instant j'osai fixer les yeux :
Un point noir est resté dans mon regard avide.


Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
Partout, sur quelque endroit que s'arrête mon oeil,
Je la vois se poser aussi, la tache noire !


Quoi, toujours ? Entre moi sans cesse et le bonheur !
Oh ! c'est que l'aigle seul — malheur à nous, malheur !
Contemple impunément le Soleil et la Gloire.

Mardi 31 mars 2020

J + 15 – 15ème jour de confinement - C’est mon jour de repos. Mais il va devenir votre jour de travail …

Ce matin, dans son homélie, le pape terminait par ces trois mots : CONTEMPLER – PRIER – REMERCIER – Je crois que ces mots peuvent alimenter notre journée et ce qui suit. ....

.....Je vous propose de prendre du temps pour relire ces deux semaines si particulières avec les questions suivantes :

  • ·       Ce temps subi a-t-il été fécond, difficile, insupportable ?

  • ·       Quelles places les autres (absents par confinement) ont-ils pris dans ce désert relationnel imposé ?

  • ·       Est-ce que je prends du temps pour le Seigneur dans ma journée ?

  • ·       Est-ce que cela m’a permis de m’approcher un peu plus du Seigneur ?

  • ·       Est-ce que ces chroniques ont participé à ce rapprochement, ont-elles été utiles ? (Ne me répondez pas oui pour me faire plaisir … soyez justes avec vous-mêmes !) Ont-elles jeté le trouble dans ma foi ou dans ma vie chrétienne ?

  • ·       Avez-vous des souhaits à communiquer pour la suite ?

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Éphémérides

Le temps d’un cri

C’est le temps qui commence

Le temps d’un rire

Et se passe l’enfance

Le temps d’aimer

Ce que dure l’été

Le temps d’après

Déjà time is money

Le temps trop plein

Et plus le temps de rien

Le temps d’automne

Il est là. Long d’une aune

Le temps en gris

Tout de regrets bâti

Le temps d’hiver

Faut le temps de s’y faire

Et trois p’tits tours

C’est le compte à rebours

De la pensée aux mots, 1997

Lundi 30 mars 2020

 J + 14 –Aujourd’hui, c’est l’heure de la patience. Et cela va durer non pas une heure, ni un jour mais des jours et des jours de patience à rester confiner comme nous ne l’avons jamais été.

Les nouvelles sont accablantes. Des hommes politiques décèdent comme Patrick Devedjian, des maires de communes, des musiciens comme Manu Dibango.

Ce n’est pas une région mais le monde entier qui est concerné. Même les Etats-Unis, certains qu’une telle chose ne franchirait pas leurs frontières, sont gravement touchés. D’une certaine manière, on peut dire que les peuples sont à égalité devant la pandémie.

Pourtant, cela me fait penser à une autre égalité, celle qui nous rassemble au pied de la croix de Jésus quand nous sommes tous face à notre péché. Pas de privilégiés, nous sommes tous là sans distinction. Le tri ne se fait pas en fonction de l’âge (mise à part les très jeunes enfants) ni en fonction de la taille du péché car il n’y a pas besoin de tris, il n’y a pas de grands et de petits pécheurs (car si je mets en place une échelle d’évaluation du péché, c’est en général pour considérer que mon péché est beaucoup moins grave que celui de mon voisin). Il y a des pécheurs à pardonner.

Au pied de Jésus, il y a des hommes et des femmes qui découvrent qu’ils sont coupés de Dieu. Ils ont soif de la tendresse et de l’Amour de Dieu. Et Dieu les recouvre de sa grâce et de sa miséricorde lorsqu’ils ont un cœur sincère et repentant.

Comment en est-on arrivé là ? C’est grâce à la patience de Dieu. Et c’est à cette patience qu’aujourd’hui nous sommes appelés. Regardons-la de près.

« La patience de Dieu est inaltérable et inusable. Et cela parce que Dieu est amour et qu’il croit en nous. Dieu, qui est Père, veut que nous nous fassions un cœur comme le sien, un cœur libre pour tous les dons et toutes les gratuités. Un cœur neuf tous les jours, qui ne se lasse pas de chercher à comprendre, à garder un cœur ouvert à toute détresse, à toute joie. Il sait que nos qualités sont ce qui fait notre véritable valeur. Nous valons plus que ce que nous croyons être. » Ces lignes sont du Père Maurice Billet, o.p.

C’est clair notre impatience due à la situation actuelle  est à convertir non comme un devoir de patience à accomplir à domicile mais comme une conversion qui nous fasse entrer dans la patience de Dieu. Conversion encore plus terrible en cette période que ce que nous pouvions vivre jusqu’à maintenant car elle se heurte de front à notre désir de maitriser notre vie, de l’organiser comme bon nous semble, de ne pas être contraint par quelques pressions extérieures. Quel choc ! C’est une patience imposée, transformée en conversion consentie et celle-là pas besoin de la confiner.

En écho à la patience de Dieu, c’est d’abord d’avoir la patience avec nous-mêmes, car nous sommes appelés à nous aimer non d’une façon égocentrique mais avec un égo oblatif, tourné vers les autres.

Ma patience va se confronter à la personne proche de moi physiquement ou sur le mode virtuel. Ecouter, ne pas avoir de projets pour l’autre, ni d’ordre à donner mais partager. C’est ce que fait Dieu avec nous. Et il est très patient. Il nous attend depuis qu’il nous a posé la question « Où es-tu ? »

Alors, nous sommes appelés à prier pour nous revêtir de la patience divine, cette patience qu’il a eue devant toutes nos infidélités, manquements, reniements et autres. Relire le déroulé de nos journées en voyant comment elles se sont exercées ou à l’inverse comment l’agitation, le trépignement, l’amertume, nous ont envahis. Entrer dans le mouvement de l’étirement du temps. Faire l’expérience de la prière silencieuse : au début, l’impatience est au rendez-vous de telle sorte que notre agenda de la journée est visité dans nos têtes, vérifié, complété (y compris en période de confinement) ... Puis, si nous avons la patience de persévérer avec une régularité respectée, ce temps d’union à Dieu par la prière commence à prendre son temps et à être une vraie rencontre avec le Seigneur sans que les mots s’imposent. Le temps s’étire sans que cela soit difficile. Nous avons pris patience à rencontrer le Seigneur. La patience de Dieu croise notre patience. C’est formidable !

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Pour le poème, j’ai choisi Esther Granek avec Ephémérides.

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Dimanche 29 mars 2020

 J + 13 – Le temps est sans temps durant cette période mais n’est pas l’éternité. Ce matin, changement d’heure, on avance nos montres d’une heure… Oubli de cette modification et j’ai manqué la messe du pape. Donc je n’inclurai  pas de commentaires qu’il a pu faire.

Mais c’est encore vers le pape que je me tourne. La prière du pape a retenti vendredi soir pour réveiller le monde de la Présence du Christ et pour faire monter nos prières et nos tourments. Il y a quelque chose de pathétique à vivre dans ce brouillard confiné, générant l’impuissance et la rage, le désir de transgression  et la soumission.

On voit d’ailleurs que la machine commence à se fissurer. Le consensus national, l’admiration des soignants font place aux querelles d’experts et de partisans comme s’il fallait que chacun ait une opinion personnelle sur le traitement à avoir dans une pandémie qui a largement traversé les frontières, les âges et les classes sociales

C’est peut-être cela l’insupportable. La sélection ne se fait pas à partir de la richesse ou de la pauvreté (même si les très pauvres sont beaucoup plus vulnérables que les autres classes sociales). Elle touche le monde entier, laissant son lot de morts à enterrer dans des conditions imposées et pourtant difficiles à accepter.

La mort de Lazare et sa levée du tombeau dans l’évangile du jour sonne bien et pourrait nous aider à sauter le moment en apportant un baume post-mortel susceptible de réveiller les morts du coronavirus. Ce n’est certainement pas cela que le Seigneur veut nous dire et nous donne à partager.

L’histoire de Lazare n’est pas une répétition générale de ce qui va se passer pour le Christ quelques temps après. L’illusion est possible en raison des quatre jours de Lazare au tombeau. On peut seulement dire qu’il était totalement mort. Mais cette levée du tombeau ne changera rien à la destinée de Lazare qui est mort certainement quelques années après.

Cet épisode bien connu connait bien des interprétations. Je retiens quelque chose de la mort qui nous fait tant peur : cette inconnue de l’autre côté, laissant place à toutes nos imaginations débridées entre un ciel hypothétique, un enfer qu’on préfère oublier, un désir de voir tous les siens rassemblés autour du Père … Il faut bien reconnaitre que nous sommes avec des questions et peu de réponses, tout juste des hypothèses sinon des actes de foi. Lazare aurait pu nous renseigner durant ses 4 jours « d’absence ». Mais rien ! Juste un silence que l’on peut qualifier de déplorable. Il aurait pu nous dire quelque chose, le bougre. Il s’est tu nous laissant avec nos interrogations comme nous le sommes aujourd’hui après le départ d’un être cher.

Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Ultime signe que Jésus est le Fils de Dieu avant la Passion.

Cette parole peut être mal interprétée comme si la mort d’un être cher réjouissait Dieu et qu’il en profitait pour manifester sa gloire. Il y aurait là une grave erreur d’interprétations. Jésus nous rappelle que notre condition mortelle n’est rien devant le désir de Dieu de nous voir réunis auprès de lui pour toute l’éternité. La mort de chaque être humain va prendre tout son sens dans la mort du Christ et dans son élévation du tombeau. La gloire de Dieu c’est l’homme debout auprès de son Seigneur.

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En guise de poème, je fais appel à Charles Baudelaire avec le poème Elevations. J’y ai ajouté un texte que j’ai écrit hier à partir de la soirée de vendredi soir.

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Place Saint-Pierre

 

La pluie tombait à flots

Quand il a apparu sur la place vide.

Il avait une marche pleine de rides

Par le poids de tous les maux.

 

A la lecture de la tempête apaisée

Les vents obscurs ont redoublé

Prenant à partie l’évangéliste

Pour une mise en scène très réaliste.

 

Sa parole se voulait chargée de mots

Nous laissant monter nos sanglots

De le voir porter la gravité et l’espérance

A un peuple éparpillé dans tous les sens.

 

La Vierge et l’Enfant le regardaient avec douceur

Portant ses prières pour ce monde de peurs

Lui s’arrêta, courbé, silencieux devant la croix,

Prêt à donner sa vie pour un monde sans foi.

 

La contemplation de l’ostensoir sur cet autel

Donnait au monde la Présence réelle

A Rome et aux extrémités de la terre

Dans le coeur de chacun et pour tout l’univers.

 

« N’avez-vous pas la foi ? » clamait Jésus

Aux disciples transis, apeurés et émus

Devant celui qui arrêta les flots et leurs doutes

Traçant pour nous une nouvelle route.

28 mars 2020

Bernard Pommereuil

Élévation
Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,


Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gayement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.


Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.


Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;


Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

PSAUME 102
01 Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être !
02 Bénis le Seigneur, ô mon âme, n'oublie aucun de ses bienfaits !
03 Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ;
04 il réclame ta vie à la tombe et te couronne d'amour et de tendresse ;
05 il comble de biens tes vieux jours : tu renouvelles, comme l'aigle, ta jeunesse.
06 Le Seigneur fait oeuvre de justice, il défend le droit des opprimés.
07 Il révèle ses desseins à Moïse, aux enfants d'Israël ses hauts faits.
08 Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour ;
09 il n'est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches ;
10 il n'agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses.
11 Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ;
12 aussi loin qu'est l'orient de l'occident, il met loin de nous nos péchés ;
13 comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint !
14 Il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que nous sommes poussière.
15 L'homme ! ses jours sont comme l'herbe ; comme la fleur des champs, il fleurit :
16 dès que souffle le vent, il n'est plus, même la place où il était l'ignore.
17 Mais l'amour du Seigneur, sur ceux qui le craignent, est de toujours à toujours, * et sa justice pour les enfants de leurs enfants,
18 pour ceux qui gardent son alliance et se souviennent d'accomplir ses volontés.
19 Le Seigneur a son trône dans les cieux : sa royauté s'étend sur l'univers.
20 Messagers du Seigneur, bénissez-le, invincibles porteurs de ses ordres, * attentifs au son de sa parole !
21 Bénissez-le, armées du Seigneur, serviteurs qui exécutez ses désirs !
22 Toutes les oeuvres du Seigneur, bénissez-le, sur toute l'étendue de son empire ! Bénis le Seigneur, ô mon âme !

Samedi 28 mars 2020

J – 12 – 

Samedi il est 8h30 – j’avais préparé un texte sur la patience et, ce matin, je suis envahi par les images d’hier soir place Saint-Pierre. La simplicité du cérémonial. Voir le pape François remonter seul les marches de Saint Pierre sous la pluie, marchant mal mais déterminé, il y avait quelque chose de grandiose et de fragile, une sorte de paradoxe d’immensité et de petitesse. Il était là seul, mais nous étions tous avec lui.

Entendre l’Evangile de Marc sur la tempête apaisée alors que les éléments se déchainent ! Ce n’était plus un texte d’évangile lointain et abstrait mais une Parole de Dieu qui se vivait sous nos yeux. La tempête, le coronavirus, le confinement, en ce moment, la barque de l’humanité est bien fragile, elle prend l’eau et on a l’impression que les hommes n’ont plus de boussole ni de gouvernail. Ils se perdent en arguties et bavardages pour rechercher le ou les coupables afin de satisfaire leur colère faite pour cacher leurs peurs et ainsi se laver les mains (contre le virus !... ou comme Ponce-Pilate) pour ne pas s’interroger sur eux-mêmes.

Après avoir commenté l’évangile de Marc, François nous ramène à l’essentiel : une icône de la Vierge et l’Enfant et la croix du Christ unique rescapée d’un incendie du début du16ème siècle. Il prie en silence, déposant tous nos tourments au pied de cette croix. La nudité de la scène tranche avec les fastes de certaines cérémonies vaticanes. Nous sommes tous au pied de cette croix. Il n’y a pas de foule sur la place Saint-Pierre, il y a un Peuple qui prie partout dans le monde par les moyens actuels de communication. Ce n’est plus virtuel. Le Peuple est là avec le Pape transcendant la simple dimension physique.

Le deuxième temps, dans l’entrée de la basilique Saint-Pierre, met le Christ au cœur de la prière. La méditation devant celui qui a donné sa vie pour nous prend un sens universel. La présence réelle, si difficile à saisir, nous fait découvrir que le Seigneur est dans l’hostie exposée et dans l’univers dans son entier. L’inouï se décline place Saint Pierre pour nous amener tous à une prière du cœur et à vivre ce moment comme un moment de conversion et d’humilité. Le pape s’efface devant le Christ. Sa bénédiction « Urbi et Orbi » se retranche derrière la bénédiction du Christ lui-même pour l’univers. C’est émouvant. J’ai envie de pleurer mais aussi de le partager avec tous ceux qui la vivent et la reçoivent. La foule est absente mais le Peuple de Dieu est présent.

Nous sommes en carême, on ne chante pas d’alléluia mais je désire rendre grâces pour tout ce que le Seigneur va générer à travers cette bénédiction. Je veux rendre grâce pour notre pape François. Je veux rendre grâces pour tout ce Peuple qui se lève, qui se prépare pour la première fois à vivre une semaine sainte confinée mais qui va clamer la grandeur de notre Dieu dans la mort et la résurrection du Christ.

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Aujourd’hui, le poème sera tiré du livre des Psaumes. J’ai choisi le psaume 102 « Bénis le Seigneur ô mon âme ».

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Vendredi 27 mars 2020

 ...extraits...

J – 11 – Avec le soleil printanier, le confinement a des allures d’assignation à résidence, exigée par une décision supérieure voire divine. Le virus continue de sévir autour de nous. Nous sommes impuissants, nous calfeutrant dans nos maisons ou appartements en espérant qu’il passera son chemin et ne s’arrêtera pas devant notre porte pour visiter notre maison. Au final, cette microscopique bestiole se fait assimiler à une personnalité incontournable, mondialement connue, la star négative du monde. On se croirait dans un roman de science-fiction comme les envahisseurs du cosmos des années 60 venus s’approprier la terre entière....

..

Hier je parlais de l’espérance, aujourd’hui je voudrais approfondir la persévérance. L’espérance c’est la mise en œuvre petit à petit du Royaume des Cieux parmi nous, c’est-à-dire en nous avec une visée eschatologique, c’est-à-dire de fin des temps.

La persévérance lui est nécessaire car elle nous appelle à ne pas baisser les bras. Vivre de Jésus-Christ, vivre de la présence de l’Esprit-Saint, ce n’est pas rêver d’un monde idéal, sans obstacles, sans malheurs, sans coronavirus, c’est vivre tous ces travers avec le Christ et par le Christ. Concrètement, la persévérance c’est transformer notre doute renaissant en force intérieure. Car ces moments de doute reviendront : a-t-on raison de faire confiance au Seigneur, est-ce qu’il régit nos vies ? Devons-nous en faire plus pour qu’il nous soit favorable ? Il ne répond pas à nos supplications ! Autant d’interrogations incongrues qui traduisent nos troubles, nos hésitations. Et il ne faut pas les nier. La persévérance c’est vivre notre foi avec ces questions,  s’abandonner en Lui et continuer d’être en lien avec le Seigneur même si on a l’impression qu’il ne nous répond pas.

Persévérer c’est accepter tous les inattendus que nous vivons comme un mouvement de profonde relation avec le Seigneur. Persévérer c’est continuer sans cesse de prier et d’avoir confiance. Persévérer c’est accepter le silence de Dieu quand les mots s’épuisent et se laisser toucher par sa Présence sans autre intention ni préoccupation.

Le Pape François, dans son homélie de ce matin, commentant le livre de la Sagesse nous invite à la grande vigilance à ne pas nous laisser envahir par les bavardages qui viennent du Malin. Au travers des évènements, le Satan va chercher à nous séparer de Dieu. Que faire ? Face aux attaques sur son identité et sur ses œuvres que subit Jésus, sa seule réponse est le silence.

C’est le moment de proclamer la grandeur et l’Amour de Dieu contre vents et marées alors que tous les éléments nous semblent défavorables.

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Pour aujourd'hui, je vous propose une fable de La Fontaine : "Le paon se plaignant à Junon" et je rajoute un texte que j'ai écrit il y a plusieurs mois à partir d'Exode 17, 6.

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Le Paon se plaignant à Junon
Le paon se plaignait à Junon.
" Déesse, disait-il, ce n'est pas sans raison
Que je me plains, que je murmure :
Le chant dont vous m'avez fait don
Déplaît à toute la nature ;
Au lieu qu'un rossignol, chétive créature,
Forme des sons aussi doux qu'éclatants,
Est lui seul l'honneur du printemps.
Junon répondit en colère :
" Oiseau jaloux, et qui devrais te taire,
Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol,
Toi que l'on voit porter à l'entour de ton col
Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies ;
Qui te panades, qui déploies
Une si riche queue, et qui semble à nos yeux
La boutique d'un lapidaire ?
Est-il quelque oiseau sous les cieux
Plus que toi capable de plaire ?
Tout animal n'a pas toutes propriétés.
Nous vous avons donné diverses qualités :
Les uns ont la grandeur et la force en partage ;
Le faucon est léger, l'aigle plein de courage ;
Le corbeau sert pour le présage ;
La corneille avertit des malheurs à venir ;
Tous sont contents de leur ramage.
Cesse donc de te plaindre ; ou bien, pour te punir,
Je t'ôterai ton plumage. "

Creux
Creux du Rocher, Présence cachée,
Brise subtile de légèreté,
Pour ces hommes désespérés
Par de longues marches forcées
Qui attendent l’onde céleste
Dans ce désert aux abords funestes,
Fuyant le roi de l’oppression
Cherchant la Terre de Sion.
La baguette magistrale de l’élu
Frappe le Rocher inattendu
D’où jaillit une eau introuvable
Qui calme les esprits capables
De dérisions et d’incrédulités
Vivant le mystère comme une banalité.
Témoignage de leur foi chancelante
Malgré la Présence encourageante
Pour une alliance renouvelée
Entre l’Amour et l’égaré
Entre l’Origine et l’éphémère
Prémices de la découverte du Père.

Élan mystique

Alors j’avais quinze ans. Au sein des nuits sans voiles,

Je m’arrêtais pour voir voyager les étoiles

Et contemplais trembler, à l’horizon lointain,

Des flots où leur clarté jouait jusqu’au matin.

Un immense besoin de divine harmonie

M’entraînait malgré moi vers la sphère infinie,

Tant il est vrai qu’ici cet autre astre immortel,

L’âme, gravite aussi vers un centre éternel.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Mais, tandis-que la nuit marchait au fond des cieux,

Des pensers me venaient, graves, silencieux,

D’avenir large et beau, de grande destinée,

D’amour à naître encor, de mission donnée,

Vague image, pour moi, pareille aux flots lointains

De la brume où nageaient mes regards incertains.

— Aujourd’hui tout est su ; la destinée austère

N’a plus devant mes yeux d’ombre ni de mystère,

Et la vie, avant même un lustre révolu,

Garde à peine un feuillet qui n’ait pas été lu.

Humble et fragile enfant, cachant en moi ma flamme,

J’ai tout interrogé dans les choses de l’âme.

L’amour, d’abord. Jamais, le coeur endolori,

Je n’ai dit ce beau nom sans en avoir souri.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Puis j’ai soudé la gloire, autre rêve enchanté,

Dans l’être d’un moment instinct d’éternité !

Mais pour moi sur la terre, où l’âme s’est ternie,

Tout s’imprégnait d’un goût d’amertume infinie.

Alors, vers le Seigneur me retournant d’effroi,

Comme un enfant en pleurs, j’osai crier : « Prends-moi !

Prends-moi, car j’ai besoin, par delà toute chose,

D’un grand et saint espoir où mon coeur se repose,

D’une idée où mon âme, à qui l’avenir ment,

S’enferme et trouve enfin un terme à son tourment. »

Jeudi 26 mars 2020

J + 10 – J’espère que vous avez entendu les cloches hier soir. Elles colportaient la prière des chrétiens pour le monde…

 ...extraits...

J’ai écouté le pape François, ce matin, sur KTO. Comme texte, il y avait l’Exode et la construction du veau d’or. Les idoles revenaient dans le peuple hébreu. Nécessité d’avoir une représentation physique d’un dieu en l’absence d’un Moïse, perçu comme ayant abandonné son peuple. Et le pape de nous rappeler combien les idoles sont présentes aujourd’hui, idoles des différentes formes de mondanité, idoles des fausses piétés … Il nous interrogeait en nous disant quelles sont les idoles cachées aujourd’hui pour moi....

...Alors peut-on être des porteurs d’espérance dans ce ciel sombre ?

Dans le confinement qui est le nôtre, j’ai justement le désir d’ouvrir nos yeux vers le Ciel, non pas les étoiles et les exo-planètes mais vers notre Ciel intérieur. Notre responsabilité de chrétien est bien d’être des porteurs d’espérance. Oui ! Mais une fois cela dit, comment cela s’incarne-t-il ?

Revenons aux trois pointes du texte de l’Annonciation : l’inattendu - le Comment - la disponibilité du cœur. Merci Marie pour la manière dont tu as reçu l’ange et ce que tu nous laisses en héritage. Ces trois indicateurs devraient orner nos actions, toutes nos actions.

L’espérance, voilà un terme abstrait et largement source d’interprétations qu’il ne faut pas confondre avec l’espoir. En premier c’est une vertu théologale, c’est-à-dire qu’elle vient de Dieu lui-même. Elle nous est donnée gratuitement au moment de notre baptême. Elle devrait nous aider à transformer nos vies parce qu’elle est directement inscrite dans nos cœurs au même titre que la foi et la charité.

En ces temps très difficiles, retrouvons-la dans sa plénitude....

 

...L’inattendu d’un mot, d’une parole, d’un geste d’un regard de l’autre pour lequel on prête nouvellement attention et qui conduit à un autre regard, une autre écoute. C’est vivre avec intensité les téléphones reçus ou donnés, les échanges par WhatsApp ou Skype, c’est relire le mail de tel ou tel ami qui nous fait du bien. C’est prier pour celui ou celle en grand danger de maladie ou de mort. C’est être uni à ceux qui viennent de rejoindre le Père. C’est aussi refuser les fakenews, la complaisance dans le morbide ou la fausse gravité.

Le « comment » prend la forme d’une prière silencieuse car le silence intérieur nous met sur la route du silence intérieur de l’autre et des autres. L’Espérance nous ouvre le cœur et elle nous permet de répéter la phrase de Marie : « Qu’il me soit fait selon te Parole ».

Chers amis, je sens bien, aujourd’hui, qu’il va falloir tenir. Courage à tous.

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Je vous propose, comme poème, celui de Louise Ackermann, une contemporaine de Victor Hugo, avec le titre « Elan mystique »

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Mercredi 25 mars 2020  J + 9 – C’est la fête de l’Annonciation aujourd’hui.

 ...extraits...

Il est temps de revenir à une fête tout de blanc vêtu. Vivre l’Annonciation, c’est vivre l’annonce de l’Ange et la réponse de Marie. L’Incarnation du Fils de Dieu se met en œuvre. L’inattendu est là, grâce à l’action de l’Esprit-Saint.

Le texte lui-même est construit pour que nos sens soient en éveil. Je vous renvoie au document en pièce jointe sur Luc 1, 26-38.

Dans notre confinement actuel, qu’est-ce que ce texte vient nous dire ? Aurait-il une portée qui puisse nous concerner ?

J’ai repéré trois pointes qui nous concernent aujourd’hui :

« Elle fut toute bouleversée et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation »

C’est réconfortant de lire le trouble de Marie. Elle est d’abord bouleversée. Un inattendu pareil ne peut laisser indifférent. Elle nous touche par cette sincérité. Le pape François disait que Luc a dû avoir  connaissance de ces propos par la Vierge elle-même. Il insistait pour que nous entrions avec foi dans ce grand mystère de l’Incarnation du Seigneur.

Nous sommes appelés à vivre un inattendu dans les jours et semaines à venir. Beaucoup disent que ce ne sera plus comme avant. La machine économique va certainement se remettre en route lentement. Et pour faire quoi ? Beaucoup d’incertitudes …

 « Comment cela va-t-il se faire ? »

J’aime bien le comment et non le pourquoi de Marie. Elle ne cherche pas à connaitre la raison de l’évènement qui la traverse. Elle est tout de suite dans le consentement à l’agir : comment cela va-t-il se faire ?

Et nous, à quels consentements sommes-nous appelés ? Vers quelle obéissance (= écoute) devrions-nous nous avoir ? L’obéissance aujourd’hui au confinement,  à la vie, à la terre, à la fraternité, à la solidarité ? Là aussi, il y a nécessité d’y voir plus clair, de discerner dans le « comment cela va-t-il se faire ? »

« Voici la servante du Seigneur »

Marie se met immédiatement en situation de disciple. Elle en sera la première.

Que nous demande-t-elle aujourd’hui ? D’être à l’écoute du Seigneur, comme elle fut à Cana même si c’est elle qui a précédé le signe. Nous avons à faire effort pour être des serviteurs actifs dans la construction du Royaume. Et aujourd’hui, la construction du Royaume passe par être des porteurs d’espérance.

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Je vous ai choisi deux poèmes, l’un de Maurice Carême et l’autre Jacques Gauthier, un canadien qui écrit beaucoup et qui tient un blog très intéressant sur internet... A télécharger

 « Marie, Vous aurez un Enfant » :

« Ne pouvant venir Lui-même,

Dieu envoya Son ange

Vers Marie filant de la laine

Dans Sa demeure blanche.

« Marie, Vous aurez un Enfant,

Lui cria par la fenêtre,

L’ange, avant même d’apparaître

Comme un vrai soleil blanc,

Et Il sera le Fils de Dieu »,

Ajouta-t-il, pressé

D’annoncer la chose insensée

Venant tout droit des Cieux.

Et Marie ne sait que répondre

À l’ange qui attend.

Elle regarde sur le pavement

La Croix que dessinent, dans l’ombre,

Deux clous luisants. »

Réjouis-toi

Fille de la terre

à l’aurore de l’Esprit,

l’éclair de l’ange qui te traverse,

miroir parfait de l’amour

dès le premier jour,

pour devenir de l’Éternel

un jour la Mère,

réjouis-toi.

Nouvelle Eve comblée

du sang de l’Aimé,

ton oui change l’histoire,

passage enfin ouvert

où le Verbe se fait chair,

réjouis-toi.

Femme traversée par la Présence,

ton magnificat invite à la danse,

vie qui nous console,

Dieu en toi,

début du poème,

réjouis-toi.

Marie des univers nouveaux

Marie au sommet des noces,

carrefour de nos croix,

si près de nous

en plein silence

de notre quête de joie,

résurrection à venir,

réjouissons-nous.

Hymne à la Matière                               ...extraits...
« Bénie sois-tu, âpre Matière, glèbe stérile, du rocher, toi qui ne cèdes qu’à la violence, et nous forces à travailler si nous voulons manger.
Bénie sois-tu, dangereuse Matière, mer violente, indomptable passion, toi qui nous dévores, si nous t’enchainons.
Bénie sois-tu, puissante Matière, Evolution irrésistible, Réalité toujours naissante, toi qui faisant éclater à tout moment nos cadres, nous obliges à poursuivre toujours plus loin la Vérité.
Bénie sois-tu, universelle Matière, Durée sans limites, Ether sans rivages, - Triple abîme des étoiles, des atomes et des générations, - toi qui débordant et dissolvant nos étroites mesures nous révèles les dimensions de Dieu.
Bénie sois-tu, impénétrable Matière, toi qui, tendue partout entre nos âmes et le Monde des Essences, nous fis languir du désir de percer le voile sans couture des phénomènes.
Bénie sois-tu, mortelle Matière, toi qui, te dissociant un jour en nous, nous introduiras, par force, au coeur même de ce qui est.
Sans toi, Matière, sans les attaques, sans les arrachements, nous vivrions inertes, stagnants, puérils, ignorants de nous-mêmes et de Dieu. Toi qui meurtris et toi qui panses, - toi qui résistes et toi qui plies, - toi qui bouleverses et toi qui construis, - toi qui enchaines et toi qui libères, - Sève de nos âmes, Main de Dieu, Chair du Christ, Matière, je te bénis.
- Je te bénis, Matière, et je te salue, non pas telle que te décrivent, réduite ou défigurée, les pontifes de la science et les prédicateurs de la vertu, - un ramassis, disent-ils, de forces brutales ou de bas appétits mais telle que tu m’apparais, aujourd’hui, dans ta totalité et ta vérité.
Je te salue, inépuisable capacité d’être et de Transformation où germe et grandit la Substance élue.
Je te salue, universelle puissance de rapprochement et d’union, par où se relie la foule des monades et en qui elles convergent toutes sur la route de l’Esprit.
Je te salue, source harmonieuse des âmes, cristal limpide dont est tirée la Jérusalem nouvelle.
Je te salue, Milieu divin, chargé de Puissance Créatrice, Océan agité par l’Esprit, Argile pétrie et animée par le Verbe incarné.
- Croyant obéir à ton irrésistible appel, les hommes se précipitent souvent par amour pour toi dans l’abime extérieur des jouissances égoïstes. –  ...lire la suite

Mardi 24 mars 2020 J + 8 avec Pierre Teilhard de Chardin

 ...extraits...

Une semaine complète de confinement. Du jamais vu ! …

…Je ne me réjouis pas de ce qui arrive. Je ne vais surtout pas l’attribuer à Dieu ni aux hommes d’Etat, quel qu’ils fussent mais à l’ensemble de l’Humanité qui a cru et croit encore dans sa superpuissance autocentrée. A notre niveau, je suis obligé de dire que ce confinement me fait vivre un Carême hautement profond où le décapage provoqué par ce temps particulier nous arrive non pas comme une vaguelette mais comme un tsunami. Nous sommes passés du scotchbrite usé à un Karcher puissant….

 

… Alors, faut-il penser à un autre type de société après la pandémie ? Je ne sais pas. Je ne suis ni homme politique, ni dirigeant d’entreprises, ni riche financier du CAC 40. Une chose est sûre, cet épisode va marquer nos esprits plus que toutes les grèves, les gilets jaunes et autres mouvements de contestation mais aussi les cours de la Bourse et les apprentis millionnaires. Car ces derniers visaient une recherche d’un toujours un-peu-plus. Aujourd’hui, nous voyons poindre l’horizon de plus en plus prégnant d’un encore-un-peu-moins pour les mois et années à venir laissant craindre un lâcher des égoïsmes insatisfaits, revendicatifs et en colère. 

Ce n’est pourtant pas le moment de triompher. C’est le moment de vivre avec humilité un présent qui interpelle la terre entière et toutes nos habitudes. Majoritairement, dans nos pays occidentaux, nous avons bien profité et exploité notre planète. Je crains que la pandémie terminée, les affaires reprennent et cherchent à rattraper le temps perdu. Les accumulateurs de richesse vont se remettre en route. Pourtant, avec le réchauffement climatique, qu’on le veuille ou non, le partage sera une nécessité.

Et nous chrétiens, qu’aurons-nous à dire ? S’y préparer à l’avance n’est pas inutile. Le partage, nous devrions le vivre très concrètement car la Bonne Nouvelle a tout son sens et ce n’est pas le moment de s’en priver, non pour faire un prosélytisme de réassurance de foules endormies par un virus maléfique semant craintes, anxiétés, morts soudaines, mais pour vivre la présence du Seigneur, aujourd’hui parmi nous, dans ces moments où les certitudes sont mises à mal. J’y reviendrai dans les jours suivants car c’est d’Incarnation dont il nous faut parler. Et demain, c’est l’Annonciation. Jour spécial, chronique spéciale …Télécharger tout le texte

J’ai choisi, pour aujourd’hui,  un texte éblouissant de Pierre Teilhard de Chardin, l’hymne à la Matière.

.. A télécharger

Lundi 23 mars 2020

J + 7 - Nos repères essentiels se sont inversés ;…..

 ...extraits...

....Nous commençons une nouvelle semaine. Pour certains le confinement ne pose aucune difficulté parce qu’ils ont transformé ce temps subi en temps choisi et cela dépend de chacun. L’accablement dû au fait de ne pas pouvoir sortir dépend de nous et de nous seuls. Car c’est bien là la particularité du moment : transformer un emprisonnement subi en temps de liberté et de chemin spirituel voulu. Vous pensez que c’est un vœu pieux digne d’un homme de bureau qui ne vit pas dans le concret. Vous avez peut-être raison mais vous avez peut-être tort. Nous vivons, sans nous en rendre compte, un temps de conversion.

Réfléchissons. Nous savons que la rencontre avec le Seigneur est difficile ou impossible quand nous sommes dans les affaires du monde (l’appel de la chair, dirait Paul). Notre agitation rend stérile la présence du Seigneur. Et voilà que l’agitation cesse, certes de façon contraignante, mais elle cesse. Plus de réunions, des courses au minimum, plus de tentations d’être happé par quelque publicité ou accroche diverse, plus de planà bâtir pour les 15 jours à venir ou plus. La télévision est supportable un certain temps mais devient lassante. Certes le téléphone fonctionne en continu ; au début oui, mais au bout d’un certain temps, en dehors des adolescents, on n’a plus rien à se dire sinon à ressasser les mêmes infos cent fois entendues et qui deviennent insupportables car porteuses d’angoisses et de peurs. 

Alors que faire sans agitation extérieure ? C’est le moment de rentrer dans son intérieur comme le décrit Augustin. Cela a deux conséquences :

  • Une réelle remise en cause de nos modes de vie, de consommation, de rapports aux autres.

  • Une réelle expérience de la Présence réelle quand le Christ est là dans tous nos instants. Comme disait le pape François à la messe de dimanche ; saurons-nous le reconnaitre dans ce nouveau quotidien, saurons-nous lui parler, vivre avec lui, saurons entendre le silence subtil qui caractérise Dieu ? L’absence d’agitation est un bon moyen pour essayer. C’est cela l’expérience spirituelle. Vivez-la dès maintenant. Car on vit une vie fantastique ! Prenons-la à pleines mains.

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En guise de poésie du jour, je vous propose un poème de Claude Roy « Les autres étés », poème tourné vers des jours meilleurs pour nous mettre dans une perspective d’un futur proche.. A télécharger

Les autres étés
Il y aura d’autres étés
D’autres grillons feront leurs gammes
dans d’autres blés
On croisera sur la route d’autres dames
Un autre merle inventera
une chanson presque la même
Un autre monsieur se trouvera là
sous cet arbre où je t’aime
Une petite fille qui n’est pas née encore
fera une poupée en coquelicot
à cet endroit précis où ton corps
endormi se mêle au long bruit de l’eau
On dira (mais ce seront d’autres)
Il faudra bien un coup de pluie
Ça ferait du bien aux récoltes
Les mots feront le même bruit
Mais plus personne plus personne
ne se servira de mon coeur à moi
ni de ta voix à toi qui résonne
dans mon oreille et mon corps à moi.

Siloé, l’Envoyé
Il naquit, le regard imprécis et docile
N
e laissant pas entrevoir l’obscurité fragile
Qui allait l’habiter de jour en jour
Comme si le malheur se jouait en toujours.
Les accusations nombreuses et banales
Se déclinaient en raisons ancestrales
Main puissante du châtiment divin
Appliqué pour chasser l’oeuvre du malin.
De la glaise généreuse sur des paupières
Closes, prêtes à être premières
Pour recevoir le geste du Verbe envoyé
Tourné vers la piscine de Siloé.
Dernière marche d’un aveugle-né
Pour une vue petit à petit retrouvée,
Etonnement des voisins, des parents,
Inquiets par le regard nouveau de leur enfant.
Ils dissertent, se répandent en propos pourfendeurs
S’organisent pour jouer les petits procureurs
En vue d’un jugement énoncé sans tribunal
Prenant l’acte divin pour une imposture totale.
Lui répète sans cesse le geste, la glaise, l’eau de Siloé
La marche réparatrice, le retour de toutes ses facultés.
Les incrédules le somment de nommer avec précision
L’auteur, provocateur d’un sabbat transformé en dérision.
L’homme aux yeux clairs cherche le prophète ou le mage
Portant les habits ordinaires du sage
Qui l’envoya se plonger dans l’onde réparatrice
Pour une vie nouvelle aux allures bienfaitrices.
Jésus veut achever son oeuvre d’un moment
Celle de transformer sa nuit pour longtemps
En jour resplendissant de lumière créatrice
D’une vie de foi, à jamais libératrice.
Bernard Pommereuil - Vauréal décembre 2019

Dimanche 22 mars 2020

J + 6 –  extraits

Deuxième dimanche pas comme les autres…..

....KTO - 7h ce matin, j’ai regardé et participé à la messe célébrée par le Pape au Vatican. Je la suis depuis le confinement car c’est une entrée dans l’universel, rendant le Pape proche et lointain, dans l’intimité de ma maison et dans le monde entier.

Le documentaire qui a suivi portait sur Marie Noël, belle coïncidence d’autant que les doutes et le pas de côté qu’elle avait vis-à-vis de Dieu me rejoint profondément car elle était essentiellement centrée sur le Christ.

Aujourd’hui, dans l’évangile de ce jour, ce sont les ténèbres de toujours qui envahissent ce pauvre homme, aveugle de naissance. Jean nous conduit vers cette question posée par les disciples de Jésus  « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jn 9, 2) On connait la réponse de Jésus : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » (Jn 9, 3-5)

Il est certain que les questions posées dans ce chapitre illustrent parfaitement notre situation. La recherche d’un coupable, l’incrédulité de certains acteurs de la scène et des autorités religieuses,, la transgression des règles sociales, la lente progression de l’aveugle vers la foi et la rencontre avec le Christ, autant d’éléments qui décrivent une pédagogie originale et complète qui nous enseigne comme si le chemin spirituel que nous poursuivons pouvait être balisé par les étapes qu’a suivi l’aveugle-né..

Je voudrais insister sur cette phrase quelque peu énigmatique « mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui » parce qu’elle porte en elle de possibles interprétations qui nous concernent directement. …

Télécharger tout le texte

Je vous propose quatre poèmes d’Andrée Chedid, poétesse libanaise, qui nous propulse dans l’univers poétique, histoire de laisser chanter les mots ou de les voir se glisser pour parler à notre âme. A télécharger

Sans aucune prétention ni comparaison, parce que c’est l’évangile de l’aveugle-né, je vous ajoute un texte que j’avais écrit, il y a quelques mois. A télécharger

J + 5 - Samedi 21 mars

 Faut-il continuer sur un chemin qui envisage son terme comme un provisoire sans cesse reporté. Tout bouge et tout est figé. Et nous voilà confinés pour plusieurs semaines …

Le confinement est propice à la méditation bien que celle-ci se heurte aux turpitudes d’une proximité mal supportée ou d’un isolement aggravé. Comment alors s’aventurer sur le chemin qui conduit à la paix intérieure ? Est-ce impossible, téméraire, déplacé ?

Comme c’est étrange de voir notre anéantissement ressenti comme insupportable quand nos regards obliques se sont détournés des terres syriennes, des rives de la Méditerranée, des iles grecques … quand les bombardements répétés de forces obscures terrassent des populations entières … quand nos océans deviennent une mer de plastique … quand des enfants aux visages perdus d’attente d’un monde de beauté et d’amour sont transformés en petits soldats de feu par et pour des potentats indignes de leur humanité … quand nos rues sont traversées par des errants sans domicile, incapables de se confiner par absence de murs … quand nous triomphons comme troisième producteur d’armes au monde…

Comment alors parler de paix intérieure ? N’est-ce pas une usurpation de mots, une transgression de nos idéaux, une vision d’utopistes bien au chaud dans leur demeure, bien confinés à l’abri de tous ces microbes et virus importuns, certainement venus de l’étranger,  porteurs de dérangement et de troubles ?... lire la suite 

 Je vous propose pour aujourd’hui un texte de Christian Bobin, le « Très-Bas ». Télécharger et imprimer

"Il suffit de si peu de choses pour que tout se mette à bouger;

Un rien, un regard, un sourire, une main tendue et tout se détend.

La parole enfermée est délivrée, le regard éteint s'allume soudain;

Celui qui ne voulait rien comprendre, se met à entendre les mots des autres.

Et voilà que s'ouvrent toutes les portes du possible, même ce que l'on croyait impossible hier...

Le pardon retrouvé que l'on pensait perdu,

La relation retissée que l'on croyait déchirée,

L'amour blessé qui soudain se relève,

La dignité relevée de l'homme humilié.

Oui, vraiment tout est possible si tu le veux.

Il suffit de si peu de choses,

Un peu comme une petite graine semée en terre.

Elle sera demain le premier arbre de la forêt.

Si tu le veux, Dieu aidant, tu peux."

Robert Riber

Que de choses en un jour

Dans un jour nous nous verrons.

Mais en un jour des choses poussent,

l’on vend des raisins dans la rue,

la peau des tomates change,

la jeune fille qui te plaisait

n’est pas revenue au bureau.

Ils ont soudain changé le facteur.

Déjà les lettres ne sont plus les mêmes.

Plusieurs feuilles d’or et c’est un autre :

Cet arbre est à présent un riche.

Qui nous aurait dit que la terre

avec sa vieille peau change tellement ?

Elle a plus de volcans qu’hier,

le ciel a de nouveaux nuages,

les fleuves courent d’une autre façon.

En outre, combien l’on construit !

J’ai inauguré des centaines

de routes, d’édifices,

de ponts purs et fins

tels des navires ou des violons.

Voilà pourquoi lorsque je te salue

et que je baise ta bouche fleurie

nos baisers sont d’autres baisers

et nos bouches d’autres bouches.

Salut, amour, salut pour tout

ce qui tombe et tout ce qui fleurit.

Salut pour hier et pour aujourd’hui

pour avant-hier et pour demain.

Salut pour le pain et la pierre.

Salut pour le feu et la pluie.

Pour ce qui change, nait, croît,

se consume et redevient baiser.

Salut pour ce que nous possédons d’aire

et ce que nous possédons de terre.

Lorsque notre vie se dessèche

il ne nous reste que les racines

et le vent est froid comme la haine.

Alors nous changeons de peau,

d’ongles, de sang, de regard,

et tu m’embrasses et je sors

vendre la lumière sur les chemins.

Salut pour la nuit et le jour

Et les quatre saisons de l’âme.

J + 4 – Vendredi 20 mars 2020

Imaginez ! Imaginez une société sûre de sa science, de ses savoirs, de sa technologie, de ses connaissances, de sa finance bien organisée, de ses loisirs futiles, de ses réseaux dits sociaux éphémères et destructeurs ! Imaginez des hommes et des femmes aux vies bien chargées, pour la majorité d’entre eux, courants par tous les vents pour essayer de tout concilier ! Imaginez des personnes ayant expulsé Dieu et toute sa suite pour cause de désuétude, d’obsolescence, d’inutilité intellectuelle et sociale en raison de l’arrivée du dieu « Science », du dieu « Argent » et du dieu « Moi » ! Imaginez une société de pillage, d’arrogance, pratiquant encore l’illusoire certitude d’un toujours plus !

Imaginez un mini-minuscule petit virus, le plus petit des petits pour mettre en doute le monde entier et faire trembler l’édifice mondial durablement construit ! C’est insensé, incroyable, impensable, ineffable, me direz-vous, transformant tous ces gens de certitude en confinés se mutant petit à petit en cons-finis ! 

Il y a quelque chose de paulinien dans cette aventure. N’a-t-il pas écrit dans la première lettre aux Corinthiens : « 1.27 Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort. »

 Dieu se serait-il introduit dans ce virus ?...     Non certes pas ! Car le virus se suffit à lui tout seul. Il fait son travail : il se multiplie et se répand quand on lui en donne la possibilité. Il ne fait que profiter de nos nombreuses failles. Ne tombons pas dans des interprétations apocalyptiques à la manière des chaines d’info en continu. Si le virus peut nous servir, c’est en nous obligeant à nous dévoiler tels que nous sommes sans fard, sans artifice car, aujourd’hui, nous sommes contraints de parler à nos miroirs et à eux seuls. Nous sommes donc nos poseurs de questions et nos donneurs de réponses ! Quel programme !

Cela nous met dans une posture d’humilité car, si nous voulons être cohérents, nous devrions revoir tous nos modes de vie, pas seulement de continuer à se laver les mains ou d’éviter de s’embrasser ou de se serrer les mains. Le changement devrait être radical dès le 1er mai lorsque le muguet fleuri embaumera nos cœurs et nos esprits.

                             lire la suite

 

J’ai choisi un poème de Pablo Neruda « Que de choses en un jour ». C’est un poète chilien mort en 1973 au temps de Pinochet. Il nous appelle à la contemplation … Son poème s’apparente à l’hymne à la nature de St François.

Laissons-nous changer de peau en regardant, écoutant et parlant autrement.

Bonne journée confinée

Avec toute mon amitié  Bernard  

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Jour 3 – jeudi 19 mars

Nous sommes à J+3. Nos esprits commencent à goûter le silence malgré les heurts du quotidien et les moments de solitude. Les oiseaux s’entendent comme jamais. Les rues commencent à connaitre le frôlement léger des rares piétons.

 Je pense à ces personnes qui sont en grande souffrance, ceux qui sont en fin de vie, qui ne peuvent recevoir de familles, de couples, d’amis car leur présence à leurs côtés est interdite. Ils vivent ces moments angoissants dans un complet isolement.

Je vous propose :

 Un poème laïc de Robert Desnos « J’ai tant rêvé de toi » car il a connu l’extrême solitude à la fin de sa vie à Buchenwald. Lui qui a fait tant de poèmes pour enfants, qui était engagé, il n’a pas survécu après la libération du camp car il est décédé du typhus une semaine après cette libération. Pourtant, dans ses derniers moments il nous livre des mots ensoleillés qui, s’ils s’adressent à sa femme, s’adressent aussi à tout être aimé.

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Une prière d’Edith Stein, une autre victime d’un camp de concentration nazi, que nous pourrions réciter en priant pour toutes ces personnes en fin de vie et qui sont dans un isolement complet. La prière des frères à distance est bénéfique. Nous n’en connaissons pas les effets mais, là, le Seigneur agit. L’effet ne dépend pas de nous mais de Lui.

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J’ai tant rêvé de toi
J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste rien de toi.
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres
D’être cent fois plus ombre que l’ombre
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
dans ta vie ensoleillée.

Conduis-moi

 Conduis-moi, douce lumière,

Parmi les ténèbres qui m’environnent, conduis-moi !

La nuit est noire et je suis loin de ma maison,

Conduis-moi !

Veille sur mes pas.

Je ne demande pas à voir au loin,

Un seul pas est assez pour moi.

Je n’étais pas toujours ainsi, je ne te priais pas de me conduire.

J’aimais choisir mon chemin et le voir

Mais désormais conduis-moi.

J’aimais le jour éblouissant et malgré des craintes,

L’orgueil gouvernait mon vouloir :

Ne te souviens pas des années passées.

Depuis que ta puissance m’a béni, sûrement elle me conduira,

A travers landes et marécages, passant escarpements et torrents,

Jusqu’à ce que la nuit s’achève

Et qu’avec le matin sourient ces visages d’anges

Que j’ai longtemps aimés et perdus un temps.

Jour 2 – mercredi 18 mars

Voilà donc le J2 qui commence, laissant poindre un soleil de promenade et d’envie de la nature toute renaissante. Et il nous faut rester confiner pour ne pas risquer de recevoir une petite bulle « virusée » de salive d'un ou d'une autre …

Ce matin, je vous propose un :

 

Un texte de Madeleine Delbrêl, « Le Bal de l’obéissance » de « Nous autres, gens des rues » (1966).

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Je vous souhaite une bonne 2ème journée confinée mais ouverte à toutes les formes de partage du beau, de la bonté et de l’amour.

 Le Bal de l’obéissance

C’est le 14 juillet.

Tout le monde va danser.

Partout, depuis des mois, des années, le monde danse.

Plus on y meurt, plus on y danse.

Vagues de guerres, vagues de bal.

II y a vraiment beaucoup de bruit.

Les gens sérieux sont couchés.

Les religieux récitent les matines de saint Henri, roi.

Et moi je pense

A l’autre roi,

Au roi David qui dansait devant l’Arche.

Car s’il y a beaucoup de saintes gens qui n’aiment pas danser,

Il y a beaucoup de saints qui ont eu besoin de danser,

Tant ils étaient heureux de vivre :

Sainte Thérèse avec ses castagnettes,

Saint Jean de la Croix avec un Enfant Jésus dans les bras,

Et saint François, devant le pape.

Si nous étions contents de vous, Seigneur,

Nous ne pourrions pas résister

A ce besoin de danser qui déferle sur le monde,

Et nous arriverions à deviner

Quelle danse il vous plaît de nous faire danser

En épousant les pas de votre Providence.

Car je pense que vous en avez peut-être assez

Des gens qui, toujours, parlent de vous servir avec des airs de

Capitaines,

De vous connaître avec des airs de professeurs,

De vous atteindre avec des règles de sport.

De vous aimer comme on s’aime dans un vieux ménage.

Un jour où vous aviez un peu envie d’autre chose,

Vous avez inventé saint François,

Et vous en avez fait votre jongleur.

A nous de nous laisser inventer

Pour être des gens joyeux qui dansent leur vie avec vous.

Pour être un bon danseur, avec vous comme ailleurs, il ne faut

Pas savoir où cela mène.

Il faut suivre,

Être allègre,

Être léger,

Et surtout ne pas être raide.

Il ne faut pas vous demander d’explications

Sur les pas qu’il vous plaît de faire.

Il faut être comme un prolongement,

Agile et vivant de vous,

Et recevoir par vous la transmission du rythme de l’orchestre.

Il ne faut pas vouloir à tout prix avancer,

Mais accepter de tourner, d’aller de côté.

Il faut savoir s’arrêter et glisser au lieu de marcher.

Et cela ne serait que des pas imbéciles

Si la musique n’en faisait une harmonie.

Mais nous oublions la musique de votre esprit,

Et nous faisons de notre vie un exercice de gymnastique ;

Nous oublions que, dans vos bras, elle se danse,

Que votre Sainte Volonté

Est d’une inconcevable fantaisie,

Et qu’il n’est de monotonie et d’ennui

Que pour les vieilles âmes

Qui font tapisserie

Dans le bal joyeux de votre amour.

Seigneur, venez nous inviter.

Nous sommes prêts à vous danser cette course à faire,

Ces comptes, le dîner à préparer, cette veillée où l’on aura

Sommeil.

Nous sommes prêts à vous danser la danse du travail,

Celle de la chaleur, plus tard celle du froid.

Si certains airs sont souvent en mineur, nous ne vous dirons pas

Qu’ils sont tristes ;

Si d’autres nous essoufflent un peu, nous ne vous dirons pas

Qu’ils sont époumonants.

Et si des gens nous bousculent, nous le prendrons en riant,

Sachant bien que cela arrive toujours en dansant.

Seigneur, enseignez-nous la place

Que, dans ce roman éternel

Amorcé entre vous et nous,

Tient le bal singulier de notre obéissance.

Révélez-nous le grand orchestre de vos desseins,

Où ce que vous permettez

Jette des notes étranges

Dans la sérénité de ce que vous voulez.

Apprenez-nous à revêtir chaque jour

Notre condition humaine

Comme une robe de bal, qui nous fera aimer de vous

Tous ses détails comme d’indispensables bijoux.

Faites-nous vivre notre vie,

Non comme un jeu d’échecs où tout est calculé,

Non comme un match où tout est difficile,

Non comme un théorème qui nous casse la tête,

Mais comme une fête sans fin où votre rencontre se renouvelle,

Comme un bal,

Comme une danse,

Entre les bras de votre grâce,

Dans la musique universelle de l’amour.

Seigneur, venez nous inviter.

Jour 1 – mardi 17 mars

Nous sommes donc dans une période où les esprits peuvent s’obscurcir par des pensées ténébreuses et chargées de nos angoisses indicibles. Nous pouvons aussi vivre dans une fausse désinvolture, prête à braver les interdits pour satisfaire un paraitre bien petit.

Alors, vivons de la vie qui sait se ressourcer et se recharger de créations de ceux qui, comme nous, ont traversé des épreuves ou vécu des moments inattendus.

Je vous propose quelques instants de poésie :

 

Un poème de Marie Noël (1883-1969) intitulé "Chèvre-Feuille"

 afin de passer un petit moment avec le Beau sous quelque forme que ce soit, de le redécouvrir et de vivre un moment de sa journée avec lui.

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Chèvre-Feuille

La belle Chèvre-Feuille

Fleurit à la Saint-Jean,

Au temps où l’Amour cueille

Toutes les fleurs des champs.

Elle a bondi plus vive

Qu’un petit chevreau blanc :

« Qui me fera captive ?

Est-ce un de ces galants ? »

S’élance sur la haie,

Les cornes en avant ;

Du haut de l’épinaie

A nargué ses amants ;

A monté sur la tête

Du houx le plus méchant ;

A grimpé jusqu’au faîte

Du chêne le plus grand.

Su la plus haute branche

A rencontré le vent,

Et le ciel qui se penche,

Et le Bon Dieu dedans…

Voici passer octobre…

Que fais-tu à présent ?

« Dis-moi, dis, rouge-gorge,

L’as-tu vue en volant ?

As-tu de ses nouvelles

Que rapporte le vent ?...

-Chèvre-Feuille, la belle,

Est entrée au couvent.

Dans le buisson qui veille

Et voit l’hiver venant,

Elle est dans la chapelle

D’épine et de tourment.

Sur son chapelet rouge

Aux grains couleur de sang,

Elle pri’ pour la route

Et pour tous les passants. »