Réflexion – Méditation – Prière

Proposées par Bernard Pommereuil pendant cette période de Confinement

Mardi 7 avril 2020

J + 22 – Nous commençons la quatrième semaine de confinement. Aujourd’hui, je voudrais méditer sur le silence du Christ.

Hier, je terminai en disant que les hommes n’ont rien compris à l’annonce de la Bonne Nouvelle, à la parole de Jésus tout au long de sa vie terrestre. Pourquoi son message était-il irrecevable ? Qu’a-t-il opposé aux accusations qui lui étaient faites ? Le silence. La seule réponse qu’il oppose au grand-prêtre en 26, 63-64 : « Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. »  Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »

 

Jésus renvoie la réponse au Grand Prêtre sans affirmer qu’il est le Christ. Il revient ensuite sur le Fils de l’homme. Cela fait écho au livre de Daniel (Dn 7, 13-14) : « Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. » Matthieu fait appel à l’Ancien Testament pour expliquer la réponse de Jésus.

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Pourquoi Jésus n’a-t-il pas essayé de se justifier et de se défendre selon les critères recevables pour un procès ? Le Verbe qui s’est fait chair n’est pas venu sur terre pour être son propre avocat ou pour se justifier si on l’attaque. Il vient dans l’espoir que les hommes de cette terre aient connaissance du dessein du Père qui souhaite que tous les hommes découvrent son Amour, la puissance de sa miséricorde et comprennent dans leur cœur qu’ils sont aimés par Lui et appelés à entrer dans la Lumière divine. Jésus a parlé en son temps dans les synagogues, a fait des miracles, a donné des signes sans que les hommes croient. En quelque sorte, face à l’incrédulité des hommes (disciples, foule, autorités religieuses) Jésus peut que rien ne dire. Aux hommes, à chacun personnellement, de faire le chemin de retour vers le Père.

 

A Pilate, Jésus répond de la même façon (Mt 27, 11-14) : « On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C’est toi-même qui le dis. » Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? » Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné. »

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C’est le grand silence qui nous renvoie dans nos profondeurs car nous aurions aimé qu’il réponde. En se taisant, Jésus nous oblige à ne pas nous contenter d’un guide ou d’un gourou, même martyrisé, qui aurait la réponse à notre place. Il nous fait entrer dans nos abimes là où notre égo impatient et dominateur veut nous empêcher d’aller regarder notre être coupé de Dieu. Comment ne pas rejoindre le silence du Christ devant Pilate par notre propre silence intérieur, méditation devant la Croix sans dire mot, emportés que nous sommes par la confusion, l’abomination de ce que notre péché a fait en nous.

 

Lui le juste, le calomnié, le condamné à mort se tait devant la justice des hommes. Ne serait-ce pas une invitation à imiter le silence du Christ dans notre quotidien, nous qui sommes malades d'incontinence, en cherchant toujours à tout revendiquer, à jouer les procureurs, à nous indigner au moindre faux pas de l’autre, à réclamer que justice soit faite lorsque nous estimons avoir raison. Ne faut-il pas parfois savoir garder silence devant « l'injustice qu'on nous inflige »… ce qui n’est en rien une justification à ne pas combattre toutes les injustices, quand ce sont les pauvres, les exclus, les migrants, les sans-défenses qui en sont les destinataires comme le demandait le pape François, ce matin, lors de son introduction à la messe du mardi saint.

Au plus profond de notre détresse et de nos larmes, nous pouvons accueillir la main de Dieu qui vient nous frôler pour nous relever, pour nous restaurer notre dignité et nous appeler à mettre des mots sur nos lèvres qui auront la couleur de la joie, de la paix, du partage. Bref elles chanteront la grandeur et la beauté de  l’Amour de Dieu sans limites.

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Lundi 6 avril 2020 –

J + 21 - Hier, la cérémonie des Rameaux était belle et digne à Sainte-Claire. Le « direct » donne une plus grande importance à la commune-union qui nous rassemble devant cet écran froid et normalement anonyme.

La lecture de la Passion, quel que soit l’évangéliste est toujours un moment de grande émotion, tant elle nous rapproche de ce qui s’est passé il y a plus de 2000 ans, que dans sa dimension actuelle, brûlante et bien réelle. Nous l’avons entendu de nombreuses fois. Cette lecture, si longue d’ordinaire, garde toute son intensité, malgré l’absence du Peuple rassemblé. Jamais les prêtres n’ont pris une telle importance, non dans ce qu’ils sont mais dans ce qu’ils font vivre à tous derrière nos écrans. Le manque augmente le désir. La communion spirituelle nous est donnée par le pape comme par notre évêque, et c’est vraiment bien. Néanmoins, vivre en assemblée la présence réelle, cela ne se remplace pas.

Nous vivons donc une Semaine Sainte bien particulière faite de signes multiples qui nous permettent de regarder les textes avec cette distance nécessaire due à la période traversée.

Nous entendons dire aujourd’hui « mais que fait Dieu devant une pandémie comme la nôtre ? ». Regardons l’évangile de Matthieu (Mt 27, 39-43) :

« Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : “Je suis Fils de Dieu.” » »

Nous avons entendu cet extrait dimanche.

Les signes ! « Toi qui détruis le Sanctuaire » (le Temple) et « Si tu es le Fils de Dieu » ce sont bien les mêmes expressions que lors des tentations du Christ (Mt 4, 3 et 4, 6). La foule a pris à son compte les mots du Malin pour douter de la divinité du Christ.

C’est bien un combat de la terre contre le Divin. Matthieu ne nous fait-il pas une relecture des débuts de la vie du Christ, juste après son baptême. Dans le désert, il était seul pour affronter le Malin. Sur la croix, il est seul, il a devant lui une foule qui l’insulte et le provoque. On se moque de ce qu’il vit, de sa douleur, de sa solitude extrême quand il prononce les paroles « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Qu’on ne me dise pas qu’il faisait semblant de réciter un psaume (Ps 22, 2).

Matthieu force le trait pour nous mettre en avant l’échec de la prédication de Jésus. Il n’a pas réussi à transformer cette multitude en Peuple de Dieu. Elle n’a rien compris au message divin. Elle reste dans l’attente d’un Dieu fort, puissant, capable de tout y compris de se délivrer lui-même et de descendre de la croix.

Pour que cet échec se transforme, il va falloir vivre la résurrection, c’est-à-dire la levée du tombeau, rendant celui-ci vide et semant le trouble jusque dans les rangs de l’armée romaine. L’incarnation trouve son achèvement et sa complète réalisation dans la glorification de Jésus par son Père. C’est la fin de la présence physique et de l’humanité du Christ parmi nous sur cette terre. C’est le début de la présence réelle d’un Christ au cœur de toute l’humanité.

Quel cadeau ! Les gens du temps de Jésus ne pouvaient pas le comprendre, ni Pierre, ni Judas, ni les autres disciples, ni les Autorités religieuses, ni la foule. Le mystère du Christ ne peut se révéler que dans un acte de foi dans le cœur de chacun et en Eglise c’est-à-dire en Peuple de Dieu. Cela suppose une véritable et constante conversion de chacun pour quitter notre appartenance à la foule qui a rejoint le Malin et qui demande des preuves et faire le pas de la foi et de la confiance en ce Jésus de Nazareth, Christ et Fils de Dieu, mort et ressuscité.

Dimanche 5 avril 2020 –

J + 20 – La semaine sainte est commencée. Qui aurait imaginé, il y a un mois, les conditions dans lesquelles nous allons la vivre ?

En premier, je souhaite qu’elle soit féconde dans la découverte de la passion, de la Mort et de la Résurrection du Christ.

Bien que nous soyons tous confinés, bien que nos prêtres doivent célébrer les offices seuls, beaucoup de propositions de messes, de temps de prière, d’offices, de chemins de croix sont faits, et c’est une bonne chose.

Cette semaine, je me mettrai en retrait, proposant quelques réflexions à partir de l’évangile de Matthieu (essentiellement les chapitres 26-27-28 de Matthieu). Je ne transmettrai pas de poèmes. Je ne ferai pas de liens avec la situation actuelle à moins qu’un évènement particulier s’impose.

Foule ou Peuple

Pour ce 1er jour de la semaine sainte, je vous propose une réflexion sur les deux mots foule et peuple. En grec, ils se disent « laos » Peuple, « ochlon » Foule, multitude.

Matthieu utilise ces deux mots à des fins très précises. On retrouve « le Peuple » en 4, 23 « Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. »

On le retrouve juste avant la Passion en 26, 5 « Mais ils [les prêtres] se disaient : « Pas en pleine fête, afin qu’il n’y ait pas de troubles dans le peuple. » En quelque sorte, le mot Peuple est à rattacher au Peuple élu d’Israël, le Peuple auquel Dieu s’adresse dans tout l’Ancien Testament. C’est ce Peuple qui reçoit la Bonne Nouvelle du Royaume. Il y a, pour Matthieu, une continuité.

« La foule » est utilisée pour désigner la multitude, le nombre sans distinction. Matthieu va l’utiliser plusieurs fois au cours de la Passion du Seigneur.

D’abord, au cours du préambule qu’est la procession des Rameaux, en 21, 8-11 « Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. » »

Matthieu n’a pas utilisé le mot Peuple. Il utilise le mot foule (multitude) pour signifier son indéfinition et son caractère changeant. Car c’est le même mot qui sera repris durant la Passion en 27, 15 et 27, 20 : « 15 Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. 20 Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus. » En écoutant la Passion, pensez à ces deux sens.

Tout le chemin de conversion est de nous faire passer de la foule anonyme et labile en Peuple de Dieu (ce que l’on va retrouver chez Luc lors de la guérison de l’aveugle de Jéricho Lc 18, 38-43). Matthieu sait la différence car, quand les Autorités religieuses disent qu’elles ont peur d’arrêter Jésus à cause du Peuple, elles ont compris que le Peuple pouvait les remettre en cause et douter de leur autorité. Au contraire, la foule peut changer d’opinion et être manipulée par les grands prêtres et les anciens (27, 20). 

Aujourd’hui, c’est le propre de nos sondages d’opinion d’aujourd’hui, établis pour connaitre les changements d’humeur de la multitude. Le drame c’est quand on clame qu’il s’agit d’une vérité partagée par tous.

Pensez au début de la messe : arrivons-nous en foule ou en Peuple de Dieu. C’est peut-être la difficulté de la pratique religieuse : il y a encore quelques dizaines d’années, nous avions une foule de gens qui venait à la messe par habitude sociale, familiale, instinct grégaire, peur de l’enfer, etc… Elle était manipulable aux premières critiques de la société vis-à-vis de la religion. Beaucoup de gens ont quitté l’Eglise parce que leur foi n’était pas incarnée, juste reçue comme une habitude sociale, une pratique morale. Quand les repères moraux ont été attaqués et devenus différents, la pratique religieuse s’est effondrée.

Aujourd’hui, il nous faut nous transformer en Peuple de Dieu, Peuple choisi pour le service de Dieu. C’est la foi qui doit nous animer et c’est avec cette même foi que nous devons faire, tous ensemble, le signe de croix du début de la messe comme le signe du rassemblement du Peuple. Ne passons pas à côté.

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L'autre nom du monde


Nous sommes au monde
peut-être
mais nous ne connaissons pas
le monde.


Il se fraie un chemin
à travers
nos doutes, nos certitudes, nos rêves
peut-être.


Le monde est à travers nous
Peut-être
il se fraie un chemin vers
le tout-autre.


Dans le négatif aussi
Brille
la trace d'un trésor morcelé
que nous cherchons
inutilement
au-delà du monde.


Regarde
à travers la trame
commune, brille et appelle
notre cri oublié.

Samedi 4 avril 2020

J + 19 - Le temps s’étire, n’étant plus scandé par l’égrenage des jours de la semaine  interrompu par la venue du week-end et ses changements d’habitude. Là, tout est linéaire comme si nous vivions une représentation de l’éternité par une absence de sens du temps car nous avons besoin de rythmes, de rites, d’imprévus, de contacts, de partage pour des choses sérieuses mais aussi festives, futiles, joyeuses, souvent réalisées pendant le week-end. Le confinement nous fait vivre un temps imposé qui nous échappe totalement.

Dire que Dieu est bon, qu’il veut le meilleur pour nous alors que le mal, la maladie à laquelle le monde est confronté, la souffrance, la violence s’imposent à nous, aujourd’hui, voilà qui est difficile à passer. Et tout cela nous met devant la mort, comme cette personne que je connais, qui s’appelle Marie-Agnès, décédée jeudi laissant un mari et trois enfants éplorés ou le curé de Magny-en Vexin, le Père Tomas. Et je suis certain que vous qui recevez ce mail vous avez dans votre famille, dans votre entourage ou dans vos connaissances des personnes atteintes, hospitalisées, ou décédées.  

En clair, j’entends certains qui me disent : comment pouvons-nous continuer de croire en un Dieu qui ne peut pas régler la question du mal ? Je crois que nombre de chrétiens se la posent mais, le plus souvent, on met un voile dessus pour continuer d’avoir une foi dite « du charbonnier » en laissant la question de la mort dans un recoin que l’on voudrait oublier. Et le coronavirus arrive, décimant tous nos artifices pour oublier, nous ramenant à une réalité cruelle : nous sommes condamnés à mort depuis notre naissance.

La mort traverse notre condition humaine et nous ne pouvons pas nous en libérer par une décision de notre part, car même si la science réussit à retarder la date de notre mort, celle-ci reste inéluctable.

Cela nous ramène à la constatation du départ : c’est notre rapport au temps qui est visé. Car la mort est l’interruption de notre temps terrestre, suivie de la question « et après ? ». Nous pouvons nous contenter d’une vision linéaire : je suis chrétien, j’ai eu une pratique religieuse assez constante, j’attends le ciel en héritage après ma mort.

Je voudrais juste apporter quelques réflexions qui peuvent nous servir pour notre entrée en semaine sainte. La venue du Verbe dans notre humanité par la naissance du Christ est comme un imprévu dans la pensée des hommes.

Dieu vient parmi nous. L’incréé croise le créé, le Verbe se fait chair. Ce n’est certainement pas pour nous donner des consignes pour notre pratique religieuse, ni un modèle de comportement moral. Il vient pour nous permettre d’Etre, pour que notre vie monotone trouve un sens (en disant cela, je n’évite pas les tribulations, les guerres et toutes les formes de mal subi et mal commis).

La mort du Christ que nous allons prier dans quelques jours vient marquer l’interruption de ce temps moribond de nos vies plus ou moins vides qui s’achevaient, après la mort, dans l’oubli.

En mourant, Jésus n’est plus là physiquement parmi les siens. Sa mort rend possible la venue de  l’Esprit-Saint. Le Verbe de toute éternité rejoint le Père et nous rejoint dans sa Présence réelle pour nous faire passer d’une vie tournée vers l’avoir, les possessions, les dominations à une vie d’Etre, à une existence transformée par sa Présence dans tous les instants de notre vie renouvelée.

Alors que devient le temps devant un tel projet ? Je ne voudrais pas laisser croire que notre passage de la vie terrestre à la vie en Christ au moment de notre mort se passerait sans angoisse, sans difficulté au motif de notre appartenance au Christ. Lui-même n’a-t-il pas dit sur la croix : « Mon Père, mon Père pourquoi m’as-tu abandonné ? », nous indiquant que l’angoisse ne s’évapore pas par une  simple décision. C’est pourquoi, c’est important que, nous, les vivants, ayons une prière d’intercession pour ces personnes vivant ce passage.

 

Cependant, la foi et la confiance en Christ permettent de se préparer à ce passage et de nous faire accepter la venue de notre  Etre dans la Lumière divine même si des obscurités de notre vie nous fassent retarder ce moment.

C’est cela que nous fêterons le dimanche de Pâques.

Bonne semaine sainte.

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En guise de poème, voici celui d’Alain Suied « L’autre nom du monde ».

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Vendredi 3 avril 2020

J + 18 - Je terminai hier sur la tranquillité quand notre « hôte intérieur » est venu combler tout notre être. Cela peut inquiéter car si elle est au rendez-vous,  il n’y aurait ni conversion, ni confession, tant l’état de perfection s’imposerait. Qu’on se rassure, il s’agit de tendre vers. Mis à part quelques êtres qui doivent se compter sur les doigts de la main en quelques siècles, le risque est minime, on a encore du chemin à parcourir.

L’Esprit-Saint, en nous n’est pas là pour être confiné. Il est là pour nous faire vivre la joie et l’action de grâces. Et oui, avant toute chose, nous sommes des êtres de joie et, en premier, il nous revient de remercier, rendre grâces pour les cadeaux que le Seigneur nous donne. Evidemment, vous allez me dire que je suis un doux rêveur quand nous voyons toutes les tribulations du moment, les risques de catastrophe sanitaires, économiques, écologiques. Oui, il y a quelque chose de l’espérance mais pas de l’illusion.

Pourquoi sommes-nous des êtres de joie ? La réponse vient du pape François, hier dans son homélie : « chacun d’entre nous est un élu, un chrétien choisi par notre Seigneur, pour vivre l’Alliance et la promesse de fécondité mais il nous revient de répondre, de dire oui, c’est la marque de notre liberté ».

Dans l’acquiescement à cette attente divine, nous avons un modèle pour nous aider : Marie « Qu’il me soit fait selon ta Parole ». Cela nous conduit à la joie « mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur » car l’amertume d’un non-accompli, d’un inachevé, d’un non-reconnu, disparait pour laisser place à la disponibilité du cœur à la présence de notre hôte intérieur qui va nous apporter tout ce dont nous avons besoin et en premier la joie

La joie s’acquiert par le détachement complet des choses terrestres. Jean-Pierre nous a rappelé le texte de Saint François sur la joie parfaite. En voici un petit extrait

« … Au-dessus de toutes les grâces et dons de l'Esprit-Saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi-même, et de supporter volontiers pour l'amour du Christ les peines, les injures, les opprobres et les incommodités ; car de tous les autres dons de Dieu nous ne pouvons-nous glorifier, puisqu'ils ne viennent pas de nous, mais de Dieu, selon que dit l'Apôtre : « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu de Dieu ? et si tu l'as reçu de lui, pourquoi t'en glorifies-tu comme si tu l'avais de toi-même ? ». Mais dans la croix de la tribulation et de l'affliction, nous pouvons nous glorifier parce que cela est à nous, c'est pourquoi l'Apôtre dit : « Je ne veux point me glorifier si ce n'est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus Christ. »

La joie est obtenue parce qu’en nous, il n’y a plus rien qui retient, plus d’attache, plus de ressentis négatifs venant des autres, plus de colères, plus d’envies, rien qui puisse altérer l’union à Dieu.

Bref, je vous entends déjà me dire que cela est impossible et que notre incarnation est d’être bien incarnés avec toutes nos émotions, nos sentiments, nos désirs etc... OK, je le concède, mais essayons de regarder lucidement qui nous sommes. Nous sommes dans nos ténèbres et obscurités par notre attirance à la mondanité et au paraitre. Mais nous avons tous, à un moment donné ou à un autre, voire un court instant, reçu une étincelle de lumière et de joie qui ne vient pas de nous mais qui nous a été donnée. Les exemples sont aussi multiples que différents, à chacun de se les souvenir. C’est cela la joie. D’un court instant, nous pouvons le transformer en moments qui s’allongent et, ainsi, vivre petit à petit de notre hôte intérieur. C’est le langage du cœur qui a pris le dessus sur le langage de la tête.

Vous verrez alors que tout se transforme en même temps : vos colères ne seront plus contre des personnes mais contre des situations qu’il faut changer, vos envies disparaitront petit à petit etc… Vous n’êtes pas François, je ne suis pas François, mais je prie le Seigneur pour qu’il m’aide à me transformer, c’est-à-dire à laisser la place à l’hôte intérieur qui va naturellement nous amener à chanter la gloire de Dieu, l’Amour de Dieu, la tendresse de Dieu, le don de Dieu, la miséricorde de Dieu. Plus nos mondanités s’effacent, plus notre hôte intérieur grandit en nous.

Alors, me direz-vous, dans la situation que nous vivons, comment ne pas être envahi par le sombre, les angoisses, la peur de la maladie et de la mort, la peur de la perte des ressources financières, etc… ?

N’attendez pas de Dieu un miracle, mais qu'il soit une Présence, celle qui permet de voir la réalité avec d’autres yeux, celle qui permet de relativiser ce que nous vivons, celle qui va nous placer devant notre liberté, celle de choisir la confiance en Dieu et pas dans nos fausses sécurités. Plus facile à dire qu’à faire : oui, mais c’est dans la prière que cela se trouve, dans la rencontre personnelle avec le Seigneur.

Soyez confiants, vivez de cette présence. Ne vous en lassez pas. La situation générée par le coronavirus est unique. Elle nous ramène à l’essentiel. Ne passons pas à côté.

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Comme poèmes, j’ai choisi deux poètes un breton, Charles Le Quintrec avec comme titre ; « Qui n’a pas l’amour » et un belge André Bansart avec pour titre : « Le vrai bonheur ».

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Charles Le Quintrec (1926-2008)


Qui n'a pas l'amour
Qui n'a pas l'amour regarde les arbres
Et ne voit jamais flamber leurs feuillages.
Ne voit pas l'oiseau, ne voit pas l'abeille
Ni le jour qui s'en revient des Cyclades.
Qui n'a pas l'amour n'entend pas les arbres
La musique des mousses à leurs troncs.
L'automne se fait maussade, les hommes
Disent - Ce n'est pas un temps de saison !
Ils ne savent pas - jamais ne sauront –
Qu'un oiseau suffit à notre hivernage.
L'abeille, l'oiseau, les arbres, l'azur...
Qui n'a pas l'amour n'en est pas si sûr !

 

 

 

 

 

 

 

 

 


André Bansart (1939-)


Le vrai bonheur
Je pourrais être aveugle
Et je verrais la palette nuancée de la joie
Je pourrais être sourd
Et j’entendrais encore mille chants
Je pourrais être paralytique
Et je bondirais toujours dans les campagnes ensoleillées.

Mercredi 1er avril 2020
J + 16 – Quel premier avril ! Une farce lointaine venue du changement de date du début d’année, passant du 1er avril au 1er janvier… Cela se passait le 9 août 1564, par un édit de Charles IX, les étrennes se transformant en farces.

Celui de cette année restera dans nos mémoires grâce à toutes les blagues qui circulent sur le WEB dont certaines sont vraiment très drôles. Mais il y a l’autre face qui n’est pas une farce, il y a les annonces tragiques et répétées de ceux qui décèdent subitement. Il ne faut pas qu’on s’y habitue et que nos morts ne terminent pas leurs parcours terrestres dans les colonnes des statistiques de l’INSEE.

Mais il y a aussi du beau comme cette « symphonie confinée » que nous a proposé Marie-George.

Nous commençons une deuxième série de quinze jours – car, faut-il le rappeler – nous étions partie pour 15 jours de confinement.

Dans notre prière commune de lundi soir, nous avons prié sur le texte de Paul (1 Co 13, 1-13) appelé « l’hymne à l’amour ». Aimer, voilà la seule chose qui nous reste à faire durant ce confinement. Aimer envers et contre tout. Agir dans toutes ses formes par et avec amour, voilà l’enseignement de Paul et ce que nous avons médité.

L’absence physique des autres nous les rend beaucoup plus présents. Certains ont pu dire qu’ils appréhendaient mieux la présence réelle. Cette absence nous transforme au point d’être plus attentifs à eux, à leurs difficultés, leurs souffrances. En quelque sorte, c’est un appel à vivre la confiance dans un quotidien bien incarné.

La confiance, c’est la foi « en » : c’est la foi en Dieu et c’est la foi en l’autre. La confiance est profondément associée à l’amour.

Notre société qui a largement rejeté ou oublié Dieu a perdu la confiance en Dieu et, par voie de conséquence, à son insu, a perdu la confiance en l’autre, car les deux vont de pair. C’est le règne de la méfiance, de la suspicion, du regard oblique sur l’autre qui pourrait en avoir plus que moi qui pourrait me prendre mon bien ou pourrait faire des choses qui me font envie. L’autre est à priori suspect de me porter atteinte. En cette période virale, l’autre que je connais va-t-il me contaminer ? Il est dangereux. Cela rappelle l’histoire de Caïn et Abel en Gn 4, 9-10.

Toute la publicité est faite pour nous « acheter » la confiance : « Ayez confiance dans le produit que nous vous présentons, et vous allez vivre un moment de bonheur. » Nous le savons, la publicité repose sur l’illusion et nous berce de promesses à jamais insatisfaites. C’est le détournement de la confiance. Nous le savons mais comment y résister ?

La confiance part de notre Seigneur. C’est notre Dieu qui, dans les premières lignes de la Genèse, va créer l’homme à sa ressemblance, c’est-à-dire à la ressemblance de l’amour. Tout ce que va essayer de réaliser le Satan : mettre de la suspicion dans les propos de Dieu et inoculer le fiel de la méfiance. « Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (Gn 3, 4-5). La parole de Dieu est remise en cause. Adam et Eve (qui représentent la condition de toute l’humanité passée, présente et à venir) se trouvent happés par une vision d’eux-mêmes et du monde qui les attire en éveillant l’illusion de la toute-puissance et de la gloire.

Tout notre cheminement personnel (car c’est à faire par chacun et il n’y a pas d’exception) est de retrouver la confiance originelle entre Dieu et chacun d’entre nous. C’est le dépouillement de tous nos oripeaux qui sont la recherche du magique et de l’instrumentalisation de Dieu, la recherche de la toute-puissance, la recherche de la gloire et de la reconnaissance pour la satisfaction de notre égo.

Heureusement, dans notre malheur, la patience de Dieu est plus forte que tous les ombrages que nous voulons faire pousser pour nous empêcher d’être dans l’intimité de Dieu et de le voir un jour.

Dieu veut le meilleur pour nous, tout au long de notre vie, mais nous sommes libres de ne pas le vouloir. Rappelons-nous que la confiance de Dieu en chacun d’entre nous est inépuisable.

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Je vous propose un poème de Gérard de Nerval, « Le point noir ».

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Le point noir


Quiconque a regardé le soleil fixement
Croit voir devant ses yeux voler obstinément
Autour de lui, dans l'air, une tache livide.


Ainsi, tout jeune encore et plus audacieux,
Sur la gloire un instant j'osai fixer les yeux :
Un point noir est resté dans mon regard avide.


Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
Partout, sur quelque endroit que s'arrête mon oeil,
Je la vois se poser aussi, la tache noire !


Quoi, toujours ? Entre moi sans cesse et le bonheur !
Oh ! c'est que l'aigle seul — malheur à nous, malheur !
Contemple impunément le Soleil et la Gloire.

Jeudi 2 avril 2020

 J + 17 –Nous avions conscience d’une mondialisation vécue dans un certain sens : la Chine, l’Inde, le Bangladesh et bien d’autres … étaient devenus les usines dont nous avions besoin, quel qu’en fût le coût humain, pour que nous bénéficiions de produits à bas prix, qui satisfassent notre porte-monnaie.

Il n’y a pas de quoi s’émouvoir, dans une logique libérale, si ce n’est la montée d’un chômage national important et la perte de nos outils de production. La crise actuelle nous met devant une situation entièrement nouvelle qui va avoir bien des répercussions. Car tout à coup nous découvrons que notre appareil productif n’a plus la capacité de faire des objets comme les masques ou autres …Et nous découvrons que le mal sévit partout, générant replis et fermetures de frontières, de portes, de maisons de retraite, de cimetières, pour sauver le pays d’une guerre virale aussi inattendue que destructrice. Nous avons perdu notre tranquillité occidentale au profit d’une intranquillité et d’une insécurité mondiales. C’est le moment du grand déballage. Car les risques sont immenses. Déjà, on entend des voix porteuses de suspicion, de méfiance, de position radicale. Histoire d’oublier que nous avons accumulé de la richesse et de la tranquillité sur le dos de pays dont la pauvreté n’est pas à démontrer et que nous avons exploités allègrement. Pour ces pays, aujourd’hui, la situation est beaucoup plus difficile car, quand la pandémie touche des pays très précaires, les ravages sont encore plus grands. Dans notre hexagone confiné, la situation est la même pour les sans-abris et les personnes en grande vulnérabilité qui ont des revenus au jour le jour et qui ne savent pas comment l’assiette sera remplie demain  ou après-demain. 

Nous sommes donc entrés dans une période d’intranquillité et d’insécurité. Du moins, le croyons-nous car je pense que la tranquillité que nous avons connue depuis plus de 30 ans n’est qu’apparente et relève de l’illusion. Il faut un corona pour nous le mettre en pleine figure.

Cela me fait penser à ce verset de la 1ère lettre de Paul aux Thessaloniciens : « Quand les gens diront : « Quelle paix ! Quelle tranquillité ! », c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront pas y échapper. » (1Th 5, 3)

Je ne suis pas là pour développer une culpabilité collective qui nous conduirait à crier à torts et à travers notre faute collective mais pour une prise de conscience car elle est nécessaire quand se croisent un virus qui se multiplie de façon exponentielle, une crise économique sans précédent et une crise écologique dénoncée depuis de nombreuses années et pour laquelle l’Occident a engagé des réponses minimales. C’est la responsabilité de chacun qui devrait être en première ligne transformant notre intranquillité et notre inquiétude en ressort pour les mois à venir.

Nous serons tenus de vivre la solidarité, l’échange et le partage de gré ou de force. La créativité qui est déjà en route dans des différents lieux est à vivre et à encourager. Soyons vigilants pour repérer ces initiatives. 

Cela m’amène à oser aborder une autre tranquillité, celle de l’âme, en guise d’une autre réponse. Vous allez pouvoir lever les bras au ciel en pensant que je suis devenu un peu fou ou du moins juste un peu dérangé. Si nous ne voulons pas nous situer uniquement sur le versant de la morale (c’est bien – c’est mal), il nous faut aller sur le champ de l’être « qui suis-je ? » en écho à la question de Dieu « Où es-tu ? ». 

Je vais juste esquisser quelques éléments qui permettent d’ouvrir d’autres portes que chacun pourra explorer. La tranquillité de l’âme vient de ce que notre esprit est totalement en repos. Comment le peut-il ? Par l’anéantissement de l’égo, du « je » qui veut tout régir y compris Dieu. La période actuelle nous met en avant « un ennemi » extérieur qui vient ronger notre corps. Certes, notre corps peut être atteint, mais notre âme est inattaquable si nous abandonnons la totalité de notre être à Dieu. Oui ce n’est pas facile et c’est un long cheminement mais on peut y parvenir et il n’y a pas besoin d’être repéré comme mystique. 

La tranquillité de l’âme viendra le jour où nous aurons chassé notre propre ennemi intérieur, laissant la place à l’Esprit, notre « doux hôte intérieur » comme s’est exprimé le pape François hier matin dans son homélie. C’est la confiance en Dieu qui compte. C’est faire acte de foi en confiant la totalité de notre être à Dieu. C’est commencer à vivre d’amour, de confiance et de partage avec ceux qui sont les plus pauvres et vulnérables. Soyons courageux dans le don et dans le partage, surtout en cette fin de carême. Vivons comme Jésus vivrait s’il était là physiquement présent parmi nous.

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Dans le mouvement des réflexions générales que je vous ai proposées, un texte s’est imposé à moi : « Les animaux malades de la peste ». Certes, vous connaissez la fable, mais elle vaut bien un petit rappel

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Les Animaux malades de la peste

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n'en voyait point d'occupés

A chercher le soutien d'une mourante vie ;

Nul mets n'excitait leur envie ;

Ni Loups ni Renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient :

Plus d'amour, partant plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux,

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

J'ai dévoré force moutons.

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,

Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur

En les croquant beaucoup d'honneur.

Et quant au Berger l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Etant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir

Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de Moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

A ces mots on cria haro sur le baudet.

Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Mardi 31 mars 2020

J + 15 – 15ème jour de confinement - C’est mon jour de repos. Mais il va devenir votre jour de travail …

Ce matin, dans son homélie, le pape terminait par ces trois mots : CONTEMPLER – PRIER – REMERCIER – Je crois que ces mots peuvent alimenter notre journée et ce qui suit. ....

.....Je vous propose de prendre du temps pour relire ces deux semaines si particulières avec les questions suivantes :

  • ·       Ce temps subi a-t-il été fécond, difficile, insupportable ?

  • ·       Quelles places les autres (absents par confinement) ont-ils pris dans ce désert relationnel imposé ?

  • ·       Est-ce que je prends du temps pour le Seigneur dans ma journée ?

  • ·       Est-ce que cela m’a permis de m’approcher un peu plus du Seigneur ?

  • ·       Est-ce que ces chroniques ont participé à ce rapprochement, ont-elles été utiles ? (Ne me répondez pas oui pour me faire plaisir … soyez justes avec vous-mêmes !) Ont-elles jeté le trouble dans ma foi ou dans ma vie chrétienne ?

  • ·       Avez-vous des souhaits à communiquer pour la suite ?

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Éphémérides

Le temps d’un cri

C’est le temps qui commence

Le temps d’un rire

Et se passe l’enfance

Le temps d’aimer

Ce que dure l’été

Le temps d’après

Déjà time is money

Le temps trop plein

Et plus le temps de rien

Le temps d’automne

Il est là. Long d’une aune

Le temps en gris

Tout de regrets bâti

Le temps d’hiver

Faut le temps de s’y faire

Et trois p’tits tours

C’est le compte à rebours

De la pensée aux mots, 1997

Lundi 30 mars 2020

 J + 14 –Aujourd’hui, c’est l’heure de la patience. Et cela va durer non pas une heure, ni un jour mais des jours et des jours de patience à rester confiner comme nous ne l’avons jamais été.

Les nouvelles sont accablantes. Des hommes politiques décèdent comme Patrick Devedjian, des maires de communes, des musiciens comme Manu Dibango.

Ce n’est pas une région mais le monde entier qui est concerné. Même les Etats-Unis, certains qu’une telle chose ne franchirait pas leurs frontières, sont gravement touchés. D’une certaine manière, on peut dire que les peuples sont à égalité devant la pandémie.

Pourtant, cela me fait penser à une autre égalité, celle qui nous rassemble au pied de la croix de Jésus quand nous sommes tous face à notre péché. Pas de privilégiés, nous sommes tous là sans distinction. Le tri ne se fait pas en fonction de l’âge (mise à part les très jeunes enfants) ni en fonction de la taille du péché car il n’y a pas besoin de tris, il n’y a pas de grands et de petits pécheurs (car si je mets en place une échelle d’évaluation du péché, c’est en général pour considérer que mon péché est beaucoup moins grave que celui de mon voisin). Il y a des pécheurs à pardonner.

Au pied de Jésus, il y a des hommes et des femmes qui découvrent qu’ils sont coupés de Dieu. Ils ont soif de la tendresse et de l’Amour de Dieu. Et Dieu les recouvre de sa grâce et de sa miséricorde lorsqu’ils ont un cœur sincère et repentant.

Comment en est-on arrivé là ? C’est grâce à la patience de Dieu. Et c’est à cette patience qu’aujourd’hui nous sommes appelés. Regardons-la de près.

« La patience de Dieu est inaltérable et inusable. Et cela parce que Dieu est amour et qu’il croit en nous. Dieu, qui est Père, veut que nous nous fassions un cœur comme le sien, un cœur libre pour tous les dons et toutes les gratuités. Un cœur neuf tous les jours, qui ne se lasse pas de chercher à comprendre, à garder un cœur ouvert à toute détresse, à toute joie. Il sait que nos qualités sont ce qui fait notre véritable valeur. Nous valons plus que ce que nous croyons être. » Ces lignes sont du Père Maurice Billet, o.p.

C’est clair notre impatience due à la situation actuelle  est à convertir non comme un devoir de patience à accomplir à domicile mais comme une conversion qui nous fasse entrer dans la patience de Dieu. Conversion encore plus terrible en cette période que ce que nous pouvions vivre jusqu’à maintenant car elle se heurte de front à notre désir de maitriser notre vie, de l’organiser comme bon nous semble, de ne pas être contraint par quelques pressions extérieures. Quel choc ! C’est une patience imposée, transformée en conversion consentie et celle-là pas besoin de la confiner.

En écho à la patience de Dieu, c’est d’abord d’avoir la patience avec nous-mêmes, car nous sommes appelés à nous aimer non d’une façon égocentrique mais avec un égo oblatif, tourné vers les autres.

Ma patience va se confronter à la personne proche de moi physiquement ou sur le mode virtuel. Ecouter, ne pas avoir de projets pour l’autre, ni d’ordre à donner mais partager. C’est ce que fait Dieu avec nous. Et il est très patient. Il nous attend depuis qu’il nous a posé la question « Où es-tu ? »

Alors, nous sommes appelés à prier pour nous revêtir de la patience divine, cette patience qu’il a eue devant toutes nos infidélités, manquements, reniements et autres. Relire le déroulé de nos journées en voyant comment elles se sont exercées ou à l’inverse comment l’agitation, le trépignement, l’amertume, nous ont envahis. Entrer dans le mouvement de l’étirement du temps. Faire l’expérience de la prière silencieuse : au début, l’impatience est au rendez-vous de telle sorte que notre agenda de la journée est visité dans nos têtes, vérifié, complété (y compris en période de confinement) ... Puis, si nous avons la patience de persévérer avec une régularité respectée, ce temps d’union à Dieu par la prière commence à prendre son temps et à être une vraie rencontre avec le Seigneur sans que les mots s’imposent. Le temps s’étire sans que cela soit difficile. Nous avons pris patience à rencontrer le Seigneur. La patience de Dieu croise notre patience. C’est formidable !

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Pour le poème, j’ai choisi Esther Granek avec Ephémérides.

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Dimanche 29 mars 2020

 J + 13 – Le temps est sans temps durant cette période mais n’est pas l’éternité. Ce matin, changement d’heure, on avance nos montres d’une heure… Oubli de cette modification et j’ai manqué la messe du pape. Donc je n’inclurai  pas de commentaires qu’il a pu faire.

Mais c’est encore vers le pape que je me tourne. La prière du pape a retenti vendredi soir pour réveiller le monde de la Présence du Christ et pour faire monter nos prières et nos tourments. Il y a quelque chose de pathétique à vivre dans ce brouillard confiné, générant l’impuissance et la rage, le désir de transgression  et la soumission.

On voit d’ailleurs que la machine commence à se fissurer. Le consensus national, l’admiration des soignants font place aux querelles d’experts et de partisans comme s’il fallait que chacun ait une opinion personnelle sur le traitement à avoir dans une pandémie qui a largement traversé les frontières, les âges et les classes sociales

C’est peut-être cela l’insupportable. La sélection ne se fait pas à partir de la richesse ou de la pauvreté (même si les très pauvres sont beaucoup plus vulnérables que les autres classes sociales). Elle touche le monde entier, laissant son lot de morts à enterrer dans des conditions imposées et pourtant difficiles à accepter.

La mort de Lazare et sa levée du tombeau dans l’évangile du jour sonne bien et pourrait nous aider à sauter le moment en apportant un baume post-mortel susceptible de réveiller les morts du coronavirus. Ce n’est certainement pas cela que le Seigneur veut nous dire et nous donne à partager.

L’histoire de Lazare n’est pas une répétition générale de ce qui va se passer pour le Christ quelques temps après. L’illusion est possible en raison des quatre jours de Lazare au tombeau. On peut seulement dire qu’il était totalement mort. Mais cette levée du tombeau ne changera rien à la destinée de Lazare qui est mort certainement quelques années après.

Cet épisode bien connu connait bien des interprétations. Je retiens quelque chose de la mort qui nous fait tant peur : cette inconnue de l’autre côté, laissant place à toutes nos imaginations débridées entre un ciel hypothétique, un enfer qu’on préfère oublier, un désir de voir tous les siens rassemblés autour du Père … Il faut bien reconnaitre que nous sommes avec des questions et peu de réponses, tout juste des hypothèses sinon des actes de foi. Lazare aurait pu nous renseigner durant ses 4 jours « d’absence ». Mais rien ! Juste un silence que l’on peut qualifier de déplorable. Il aurait pu nous dire quelque chose, le bougre. Il s’est tu nous laissant avec nos interrogations comme nous le sommes aujourd’hui après le départ d’un être cher.

Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Ultime signe que Jésus est le Fils de Dieu avant la Passion.

Cette parole peut être mal interprétée comme si la mort d’un être cher réjouissait Dieu et qu’il en profitait pour manifester sa gloire. Il y aurait là une grave erreur d’interprétations. Jésus nous rappelle que notre condition mortelle n’est rien devant le désir de Dieu de nous voir réunis auprès de lui pour toute l’éternité. La mort de chaque être humain va prendre tout son sens dans la mort du Christ et dans son élévation du tombeau. La gloire de Dieu c’est l’homme debout auprès de son Seigneur.

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En guise de poème, je fais appel à Charles Baudelaire avec le poème Elevations. J’y ai ajouté un texte que j’ai écrit hier à partir de la soirée de vendredi soir.

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Place Saint-Pierre

 

La pluie tombait à flots

Quand il a apparu sur la place vide.

Il avait une marche pleine de rides

Par le poids de tous les maux.

 

A la lecture de la tempête apaisée

Les vents obscurs ont redoublé

Prenant à partie l’évangéliste

Pour une mise en scène très réaliste.

 

Sa parole se voulait chargée de mots

Nous laissant monter nos sanglots

De le voir porter la gravité et l’espérance

A un peuple éparpillé dans tous les sens.

 

La Vierge et l’Enfant le regardaient avec douceur

Portant ses prières pour ce monde de peurs

Lui s’arrêta, courbé, silencieux devant la croix,

Prêt à donner sa vie pour un monde sans foi.

 

La contemplation de l’ostensoir sur cet autel

Donnait au monde la Présence réelle

A Rome et aux extrémités de la terre

Dans le coeur de chacun et pour tout l’univers.

 

« N’avez-vous pas la foi ? » clamait Jésus

Aux disciples transis, apeurés et émus

Devant celui qui arrêta les flots et leurs doutes

Traçant pour nous une nouvelle route.

28 mars 2020

Bernard Pommereuil

Samedi 28 mars 2020

J – 12 – 

Samedi il est 8h30 – j’avais préparé un texte sur la patience et, ce matin, je suis envahi par les images d’hier soir place Saint-Pierre. La simplicité du cérémonial. Voir le pape François remonter seul les marches de Saint Pierre sous la pluie, marchant mal mais déterminé, il y avait quelque chose de grandiose et de fragile, une sorte de paradoxe d’immensité et de petitesse. Il était là seul, mais nous étions tous avec lui.

Entendre l’Evangile de Marc sur la tempête apaisée alors que les éléments se déchainent ! Ce n’était plus un texte d’évangile lointain et abstrait mais une Parole de Dieu qui se vivait sous nos yeux. La tempête, le coronavirus, le confinement, en ce moment, la barque de l’humanité est bien fragile, elle prend l’eau et on a l’impression que les hommes n’ont plus de boussole ni de gouvernail. Ils se perdent en arguties et bavardages pour rechercher le ou les coupables afin de satisfaire leur colère faite pour cacher leurs peurs et ainsi se laver les mains (contre le virus !... ou comme Ponce-Pilate) pour ne pas s’interroger sur eux-mêmes.

Après avoir commenté l’évangile de Marc, François nous ramène à l’essentiel : une icône de la Vierge et l’Enfant et la croix du Christ unique rescapée d’un incendie du début du16ème siècle. Il prie en silence, déposant tous nos tourments au pied de cette croix. La nudité de la scène tranche avec les fastes de certaines cérémonies vaticanes. Nous sommes tous au pied de cette croix. Il n’y a pas de foule sur la place Saint-Pierre, il y a un Peuple qui prie partout dans le monde par les moyens actuels de communication. Ce n’est plus virtuel. Le Peuple est là avec le Pape transcendant la simple dimension physique.

Le deuxième temps, dans l’entrée de la basilique Saint-Pierre, met le Christ au cœur de la prière. La méditation devant celui qui a donné sa vie pour nous prend un sens universel. La présence réelle, si difficile à saisir, nous fait découvrir que le Seigneur est dans l’hostie exposée et dans l’univers dans son entier. L’inouï se décline place Saint Pierre pour nous amener tous à une prière du cœur et à vivre ce moment comme un moment de conversion et d’humilité. Le pape s’efface devant le Christ. Sa bénédiction « Urbi et Orbi » se retranche derrière la bénédiction du Christ lui-même pour l’univers. C’est émouvant. J’ai envie de pleurer mais aussi de le partager avec tous ceux qui la vivent et la reçoivent. La foule est absente mais le Peuple de Dieu est présent.

Nous sommes en carême, on ne chante pas d’alléluia mais je désire rendre grâces pour tout ce que le Seigneur va générer à travers cette bénédiction. Je veux rendre grâce pour notre pape François. Je veux rendre grâces pour tout ce Peuple qui se lève, qui se prépare pour la première fois à vivre une semaine sainte confinée mais qui va clamer la grandeur de notre Dieu dans la mort et la résurrection du Christ.

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Aujourd’hui, le poème sera tiré du livre des Psaumes. J’ai choisi le psaume 102 « Bénis le Seigneur ô mon âme ».

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PSAUME 102
01 Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être !
02 Bénis le Seigneur, ô mon âme, n'oublie aucun de ses bienfaits !
03 Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ;
04 il réclame ta vie à la tombe et te couronne d'amour et de tendresse ;
05 il comble de biens tes vieux jours : tu renouvelles, comme l'aigle, ta jeunesse.
06 Le Seigneur fait oeuvre de justice, il défend le droit des opprimés.
07 Il révèle ses desseins à Moïse, aux enfants d'Israël ses hauts faits.
08 Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour ;
09 il n'est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches ;
10 il n'agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses.
11 Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ;
12 aussi loin qu'est l'orient de l'occident, il met loin de nous nos péchés ;
13 comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint !
14 Il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que nous sommes poussière.
15 L'homme ! ses jours sont comme l'herbe ; comme la fleur des champs, il fleurit :
16 dès que souffle le vent, il n'est plus, même la place où il était l'ignore.
17 Mais l'amour du Seigneur, sur ceux qui le craignent, est de toujours à toujours, * et sa justice pour les enfants de leurs enfants,
18 pour ceux qui gardent son alliance et se souviennent d'accomplir ses volontés.
19 Le Seigneur a son trône dans les cieux : sa royauté s'étend sur l'univers.
20 Messagers du Seigneur, bénissez-le, invincibles porteurs de ses ordres, * attentifs au son de sa parole !
21 Bénissez-le, armées du Seigneur, serviteurs qui exécutez ses désirs !
22 Toutes les oeuvres du Seigneur, bénissez-le, sur toute l'étendue de son empire ! Bénis le Seigneur, ô mon âme !

Élévation
Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,


Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gayement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.


Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.


Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;


Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

Vendredi 27 mars 2020

 ...extraits...

J – 11 – Avec le soleil printanier, le confinement a des allures d’assignation à résidence, exigée par une décision supérieure voire divine. Le virus continue de sévir autour de nous. Nous sommes impuissants, nous calfeutrant dans nos maisons ou appartements en espérant qu’il passera son chemin et ne s’arrêtera pas devant notre porte pour visiter notre maison. Au final, cette microscopique bestiole se fait assimiler à une personnalité incontournable, mondialement connue, la star négative du monde. On se croirait dans un roman de science-fiction comme les envahisseurs du cosmos des années 60 venus s’approprier la terre entière....

..

Hier je parlais de l’espérance, aujourd’hui je voudrais approfondir la persévérance. L’espérance c’est la mise en œuvre petit à petit du Royaume des Cieux parmi nous, c’est-à-dire en nous avec une visée eschatologique, c’est-à-dire de fin des temps.

La persévérance lui est nécessaire car elle nous appelle à ne pas baisser les bras. Vivre de Jésus-Christ, vivre de la présence de l’Esprit-Saint, ce n’est pas rêver d’un monde idéal, sans obstacles, sans malheurs, sans coronavirus, c’est vivre tous ces travers avec le Christ et par le Christ. Concrètement, la persévérance c’est transformer notre doute renaissant en force intérieure. Car ces moments de doute reviendront : a-t-on raison de faire confiance au Seigneur, est-ce qu’il régit nos vies ? Devons-nous en faire plus pour qu’il nous soit favorable ? Il ne répond pas à nos supplications ! Autant d’interrogations incongrues qui traduisent nos troubles, nos hésitations. Et il ne faut pas les nier. La persévérance c’est vivre notre foi avec ces questions,  s’abandonner en Lui et continuer d’être en lien avec le Seigneur même si on a l’impression qu’il ne nous répond pas.

Persévérer c’est accepter tous les inattendus que nous vivons comme un mouvement de profonde relation avec le Seigneur. Persévérer c’est continuer sans cesse de prier et d’avoir confiance. Persévérer c’est accepter le silence de Dieu quand les mots s’épuisent et se laisser toucher par sa Présence sans autre intention ni préoccupation.

Le Pape François, dans son homélie de ce matin, commentant le livre de la Sagesse nous invite à la grande vigilance à ne pas nous laisser envahir par les bavardages qui viennent du Malin. Au travers des évènements, le Satan va chercher à nous séparer de Dieu. Que faire ? Face aux attaques sur son identité et sur ses œuvres que subit Jésus, sa seule réponse est le silence.

C’est le moment de proclamer la grandeur et l’Amour de Dieu contre vents et marées alors que tous les éléments nous semblent défavorables.

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Pour aujourd'hui, je vous propose une fable de La Fontaine : "Le paon se plaignant à Junon" et je rajoute un texte que j'ai écrit il y a plusieurs mois à partir d'Exode 17, 6.

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Le Paon se plaignant à Junon
Le paon se plaignait à Junon.
" Déesse, disait-il, ce n'est pas sans raison
Que je me plains, que je murmure :
Le chant dont vous m'avez fait don
Déplaît à toute la nature ;
Au lieu qu'un rossignol, chétive créature,
Forme des sons aussi doux qu'éclatants,
Est lui seul l'honneur du printemps.
Junon répondit en colère :
" Oiseau jaloux, et qui devrais te taire,
Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol,
Toi que l'on voit porter à l'entour de ton col
Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies ;
Qui te panades, qui déploies
Une si riche queue, et qui semble à nos yeux
La boutique d'un lapidaire ?
Est-il quelque oiseau sous les cieux
Plus que toi capable de plaire ?
Tout animal n'a pas toutes propriétés.
Nous vous avons donné diverses qualités :
Les uns ont la grandeur et la force en partage ;
Le faucon est léger, l'aigle plein de courage ;
Le corbeau sert pour le présage ;
La corneille avertit des malheurs à venir ;
Tous sont contents de leur ramage.
Cesse donc de te plaindre ; ou bien, pour te punir,
Je t'ôterai ton plumage. "

Creux
Creux du Rocher, Présence cachée,
Brise subtile de légèreté,
Pour ces hommes désespérés
Par de longues marches forcées
Qui attendent l’onde céleste
Dans ce désert aux abords funestes,
Fuyant le roi de l’oppression
Cherchant la Terre de Sion.
La baguette magistrale de l’élu
Frappe le Rocher inattendu
D’où jaillit une eau introuvable
Qui calme les esprits capables
De dérisions et d’incrédulités
Vivant le mystère comme une banalité.
Témoignage de leur foi chancelante
Malgré la Présence encourageante
Pour une alliance renouvelée
Entre l’Amour et l’égaré
Entre l’Origine et l’éphémère
Prémices de la découverte du Père.

Élan mystique

Alors j’avais quinze ans. Au sein des nuits sans voiles,

Je m’arrêtais pour voir voyager les étoiles

Et contemplais trembler, à l’horizon lointain,

Des flots où leur clarté jouait jusqu’au matin.

Un immense besoin de divine harmonie

M’entraînait malgré moi vers la sphère infinie,

Tant il est vrai qu’ici cet autre astre immortel,

L’âme, gravite aussi vers un centre éternel.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Mais, tandis-que la nuit marchait au fond des cieux,

Des pensers me venaient, graves, silencieux,

D’avenir large et beau, de grande destinée,

D’amour à naître encor, de mission donnée,

Vague image, pour moi, pareille aux flots lointains

De la brume où nageaient mes regards incertains.

— Aujourd’hui tout est su ; la destinée austère

N’a plus devant mes yeux d’ombre ni de mystère,

Et la vie, avant même un lustre révolu,

Garde à peine un feuillet qui n’ait pas été lu.

Humble et fragile enfant, cachant en moi ma flamme,

J’ai tout interrogé dans les choses de l’âme.

L’amour, d’abord. Jamais, le coeur endolori,

Je n’ai dit ce beau nom sans en avoir souri.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Puis j’ai soudé la gloire, autre rêve enchanté,

Dans l’être d’un moment instinct d’éternité !

Mais pour moi sur la terre, où l’âme s’est ternie,

Tout s’imprégnait d’un goût d’amertume infinie.

Alors, vers le Seigneur me retournant d’effroi,

Comme un enfant en pleurs, j’osai crier : « Prends-moi !

Prends-moi, car j’ai besoin, par delà toute chose,

D’un grand et saint espoir où mon coeur se repose,

D’une idée où mon âme, à qui l’avenir ment,

S’enferme et trouve enfin un terme à son tourment. »

Jeudi 26 mars 2020

J + 10 – J’espère que vous avez entendu les cloches hier soir. Elles colportaient la prière des chrétiens pour le monde…

 ...extraits...

J’ai écouté le pape François, ce matin, sur KTO. Comme texte, il y avait l’Exode et la construction du veau d’or. Les idoles revenaient dans le peuple hébreu. Nécessité d’avoir une représentation physique d’un dieu en l’absence d’un Moïse, perçu comme ayant abandonné son peuple. Et le pape de nous rappeler combien les idoles sont présentes aujourd’hui, idoles des différentes formes de mondanité, idoles des fausses piétés … Il nous interrogeait en nous disant quelles sont les idoles cachées aujourd’hui pour moi....

...Alors peut-on être des porteurs d’espérance dans ce ciel sombre ?

Dans le confinement qui est le nôtre, j’ai justement le désir d’ouvrir nos yeux vers le Ciel, non pas les étoiles et les exo-planètes mais vers notre Ciel intérieur. Notre responsabilité de chrétien est bien d’être des porteurs d’espérance. Oui ! Mais une fois cela dit, comment cela s’incarne-t-il ?

Revenons aux trois pointes du texte de l’Annonciation : l’inattendu - le Comment - la disponibilité du cœur. Merci Marie pour la manière dont tu as reçu l’ange et ce que tu nous laisses en héritage. Ces trois indicateurs devraient orner nos actions, toutes nos actions.

L’espérance, voilà un terme abstrait et largement source d’interprétations qu’il ne faut pas confondre avec l’espoir. En premier c’est une vertu théologale, c’est-à-dire qu’elle vient de Dieu lui-même. Elle nous est donnée gratuitement au moment de notre baptême. Elle devrait nous aider à transformer nos vies parce qu’elle est directement inscrite dans nos cœurs au même titre que la foi et la charité.

En ces temps très difficiles, retrouvons-la dans sa plénitude....

 

...L’inattendu d’un mot, d’une parole, d’un geste d’un regard de l’autre pour lequel on prête nouvellement attention et qui conduit à un autre regard, une autre écoute. C’est vivre avec intensité les téléphones reçus ou donnés, les échanges par WhatsApp ou Skype, c’est relire le mail de tel ou tel ami qui nous fait du bien. C’est prier pour celui ou celle en grand danger de maladie ou de mort. C’est être uni à ceux qui viennent de rejoindre le Père. C’est aussi refuser les fakenews, la complaisance dans le morbide ou la fausse gravité.

Le « comment » prend la forme d’une prière silencieuse car le silence intérieur nous met sur la route du silence intérieur de l’autre et des autres. L’Espérance nous ouvre le cœur et elle nous permet de répéter la phrase de Marie : « Qu’il me soit fait selon te Parole ».

Chers amis, je sens bien, aujourd’hui, qu’il va falloir tenir. Courage à tous.

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Je vous propose, comme poème, celui de Louise Ackermann, une contemporaine de Victor Hugo, avec le titre « Elan mystique »

... A télécharger

Mercredi 25 mars 2020  J + 9 – C’est la fête de l’Annonciation aujourd’hui.

 ...extraits...

Il est temps de revenir à une fête tout de blanc vêtu. Vivre l’Annonciation, c’est vivre l’annonce de l’Ange et la réponse de Marie. L’Incarnation du Fils de Dieu se met en œuvre. L’inattendu est là, grâce à l’action de l’Esprit-Saint.

Le texte lui-même est construit pour que nos sens soient en éveil. Je vous renvoie au document en pièce jointe sur Luc 1, 26-38.

Dans notre confinement actuel, qu’est-ce que ce texte vient nous dire ? Aurait-il une portée qui puisse nous concerner ?

J’ai repéré trois pointes qui nous concernent aujourd’hui :

« Elle fut toute bouleversée et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation »

C’est réconfortant de lire le trouble de Marie. Elle est d’abord bouleversée. Un inattendu pareil ne peut laisser indifférent. Elle nous touche par cette sincérité. Le pape François disait que Luc a dû avoir  connaissance de ces propos par la Vierge elle-même. Il insistait pour que nous entrions avec foi dans ce grand mystère de l’Incarnation du Seigneur.

Nous sommes appelés à vivre un inattendu dans les jours et semaines à venir. Beaucoup disent que ce ne sera plus comme avant. La machine économique va certainement se remettre en route lentement. Et pour faire quoi ? Beaucoup d’incertitudes …

 « Comment cela va-t-il se faire ? »

J’aime bien le comment et non le pourquoi de Marie. Elle ne cherche pas à connaitre la raison de l’évènement qui la traverse. Elle est tout de suite dans le consentement à l’agir : comment cela va-t-il se faire ?

Et nous, à quels consentements sommes-nous appelés ? Vers quelle obéissance (= écoute) devrions-nous nous avoir ? L’obéissance aujourd’hui au confinement,  à la vie, à la terre, à la fraternité, à la solidarité ? Là aussi, il y a nécessité d’y voir plus clair, de discerner dans le « comment cela va-t-il se faire ? »

« Voici la servante du Seigneur »

Marie se met immédiatement en situation de disciple. Elle en sera la première.

Que nous demande-t-elle aujourd’hui ? D’être à l’écoute du Seigneur, comme elle fut à Cana même si c’est elle qui a précédé le signe. Nous avons à faire effort pour être des serviteurs actifs dans la construction du Royaume. Et aujourd’hui, la construction du Royaume passe par être des porteurs d’espérance.

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Je vous ai choisi deux poèmes, l’un de Maurice Carême et l’autre Jacques Gauthier, un canadien qui écrit beaucoup et qui tient un blog très intéressant sur internet... A télécharger

 « Marie, Vous aurez un Enfant » :

« Ne pouvant venir Lui-même,

Dieu envoya Son ange

Vers Marie filant de la laine

Dans Sa demeure blanche.

« Marie, Vous aurez un Enfant,

Lui cria par la fenêtre,

L’ange, avant même d’apparaître

Comme un vrai soleil blanc,

Et Il sera le Fils de Dieu »,

Ajouta-t-il, pressé

D’annoncer la chose insensée

Venant tout droit des Cieux.

Et Marie ne sait que répondre

À l’ange qui attend.

Elle regarde sur le pavement

La Croix que dessinent, dans l’ombre,

Deux clous luisants. »

Réjouis-toi

Fille de la terre

à l’aurore de l’Esprit,

l’éclair de l’ange qui te traverse,

miroir parfait de l’amour

dès le premier jour,

pour devenir de l’Éternel

un jour la Mère,

réjouis-toi.

Nouvelle Eve comblée

du sang de l’Aimé,

ton oui change l’histoire,

passage enfin ouvert

où le Verbe se fait chair,

réjouis-toi.

Femme traversée par la Présence,

ton magnificat invite à la danse,

vie qui nous console,

Dieu en toi,

début du poème,

réjouis-toi.

Marie des univers nouveaux

Marie au sommet des noces,

carrefour de nos croix,

si près de nous

en plein silence

de notre quête de joie,

résurrection à venir,

réjouissons-nous.

Hymne à la Matière                               ...extraits...
« Bénie sois-tu, âpre Matière, glèbe stérile, du rocher, toi qui ne cèdes qu’à la violence, et nous forces à travailler si nous voulons manger.
Bénie sois-tu, dangereuse Matière, mer violente, indomptable passion, toi qui nous dévores, si nous t’enchainons.
Bénie sois-tu, puissante Matière, Evolution irrésistible, Réalité toujours naissante, toi qui faisant éclater à tout moment nos cadres, nous obliges à poursuivre toujours plus loin la Vérité.
Bénie sois-tu, universelle Matière, Durée sans limites, Ether sans rivages, - Triple abîme des étoiles, des atomes et des générations, - toi qui débordant et dissolvant nos étroites mesures nous révèles les dimensions de Dieu.
Bénie sois-tu, impénétrable Matière, toi qui, tendue partout entre nos âmes et le Monde des Essences, nous fis languir du désir de percer le voile sans couture des phénomènes.
Bénie sois-tu, mortelle Matière, toi qui, te dissociant un jour en nous, nous introduiras, par force, au coeur même de ce qui est.
Sans toi, Matière, sans les attaques, sans les arrachements, nous vivrions inertes, stagnants, puérils, ignorants de nous-mêmes et de Dieu. Toi qui meurtris et toi qui panses, - toi qui résistes et toi qui plies, - toi qui bouleverses et toi qui construis, - toi qui enchaines et toi qui libères, - Sève de nos âmes, Main de Dieu, Chair du Christ, Matière, je te bénis.
- Je te bénis, Matière, et je te salue, non pas telle que te décrivent, réduite ou défigurée, les pontifes de la science et les prédicateurs de la vertu, - un ramassis, disent-ils, de forces brutales ou de bas appétits mais telle que tu m’apparais, aujourd’hui, dans ta totalité et ta vérité.
Je te salue, inépuisable capacité d’être et de Transformation où germe et grandit la Substance élue.
Je te salue, universelle puissance de rapprochement et d’union, par où se relie la foule des monades et en qui elles convergent toutes sur la route de l’Esprit.
Je te salue, source harmonieuse des âmes, cristal limpide dont est tirée la Jérusalem nouvelle.
Je te salue, Milieu divin, chargé de Puissance Créatrice, Océan agité par l’Esprit, Argile pétrie et animée par le Verbe incarné.
- Croyant obéir à ton irrésistible appel, les hommes se précipitent souvent par amour pour toi dans l’abime extérieur des jouissances égoïstes. –  ...lire la suite

Mardi 24 mars 2020 J + 8 avec Pierre Teilhard de Chardin

 ...extraits...

Une semaine complète de confinement. Du jamais vu ! …

…Je ne me réjouis pas de ce qui arrive. Je ne vais surtout pas l’attribuer à Dieu ni aux hommes d’Etat, quel qu’ils fussent mais à l’ensemble de l’Humanité qui a cru et croit encore dans sa superpuissance autocentrée. A notre niveau, je suis obligé de dire que ce confinement me fait vivre un Carême hautement profond où le décapage provoqué par ce temps particulier nous arrive non pas comme une vaguelette mais comme un tsunami. Nous sommes passés du scotchbrite usé à un Karcher puissant….

 

… Alors, faut-il penser à un autre type de société après la pandémie ? Je ne sais pas. Je ne suis ni homme politique, ni dirigeant d’entreprises, ni riche financier du CAC 40. Une chose est sûre, cet épisode va marquer nos esprits plus que toutes les grèves, les gilets jaunes et autres mouvements de contestation mais aussi les cours de la Bourse et les apprentis millionnaires. Car ces derniers visaient une recherche d’un toujours un-peu-plus. Aujourd’hui, nous voyons poindre l’horizon de plus en plus prégnant d’un encore-un-peu-moins pour les mois et années à venir laissant craindre un lâcher des égoïsmes insatisfaits, revendicatifs et en colère. 

Ce n’est pourtant pas le moment de triompher. C’est le moment de vivre avec humilité un présent qui interpelle la terre entière et toutes nos habitudes. Majoritairement, dans nos pays occidentaux, nous avons bien profité et exploité notre planète. Je crains que la pandémie terminée, les affaires reprennent et cherchent à rattraper le temps perdu. Les accumulateurs de richesse vont se remettre en route. Pourtant, avec le réchauffement climatique, qu’on le veuille ou non, le partage sera une nécessité.

Et nous chrétiens, qu’aurons-nous à dire ? S’y préparer à l’avance n’est pas inutile. Le partage, nous devrions le vivre très concrètement car la Bonne Nouvelle a tout son sens et ce n’est pas le moment de s’en priver, non pour faire un prosélytisme de réassurance de foules endormies par un virus maléfique semant craintes, anxiétés, morts soudaines, mais pour vivre la présence du Seigneur, aujourd’hui parmi nous, dans ces moments où les certitudes sont mises à mal. J’y reviendrai dans les jours suivants car c’est d’Incarnation dont il nous faut parler. Et demain, c’est l’Annonciation. Jour spécial, chronique spéciale …Télécharger tout le texte

J’ai choisi, pour aujourd’hui,  un texte éblouissant de Pierre Teilhard de Chardin, l’hymne à la Matière.

.. A télécharger

Lundi 23 mars 2020

J + 7 - Nos repères essentiels se sont inversés ;…..

 ...extraits...

....Nous commençons une nouvelle semaine. Pour certains le confinement ne pose aucune difficulté parce qu’ils ont transformé ce temps subi en temps choisi et cela dépend de chacun. L’accablement dû au fait de ne pas pouvoir sortir dépend de nous et de nous seuls. Car c’est bien là la particularité du moment : transformer un emprisonnement subi en temps de liberté et de chemin spirituel voulu. Vous pensez que c’est un vœu pieux digne d’un homme de bureau qui ne vit pas dans le concret. Vous avez peut-être raison mais vous avez peut-être tort. Nous vivons, sans nous en rendre compte, un temps de conversion.

Réfléchissons. Nous savons que la rencontre avec le Seigneur est difficile ou impossible quand nous sommes dans les affaires du monde (l’appel de la chair, dirait Paul). Notre agitation rend stérile la présence du Seigneur. Et voilà que l’agitation cesse, certes de façon contraignante, mais elle cesse. Plus de réunions, des courses au minimum, plus de tentations d’être happé par quelque publicité ou accroche diverse, plus de planà bâtir pour les 15 jours à venir ou plus. La télévision est supportable un certain temps mais devient lassante. Certes le téléphone fonctionne en continu ; au début oui, mais au bout d’un certain temps, en dehors des adolescents, on n’a plus rien à se dire sinon à ressasser les mêmes infos cent fois entendues et qui deviennent insupportables car porteuses d’angoisses et de peurs. 

Alors que faire sans agitation extérieure ? C’est le moment de rentrer dans son intérieur comme le décrit Augustin. Cela a deux conséquences :

  • Une réelle remise en cause de nos modes de vie, de consommation, de rapports aux autres.

  • Une réelle expérience de la Présence réelle quand le Christ est là dans tous nos instants. Comme disait le pape François à la messe de dimanche ; saurons-nous le reconnaitre dans ce nouveau quotidien, saurons-nous lui parler, vivre avec lui, saurons entendre le silence subtil qui caractérise Dieu ? L’absence d’agitation est un bon moyen pour essayer. C’est cela l’expérience spirituelle. Vivez-la dès maintenant. Car on vit une vie fantastique ! Prenons-la à pleines mains.

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En guise de poésie du jour, je vous propose un poème de Claude Roy « Les autres étés », poème tourné vers des jours meilleurs pour nous mettre dans une perspective d’un futur proche.. A télécharger

Les autres étés
Il y aura d’autres étés
D’autres grillons feront leurs gammes
dans d’autres blés
On croisera sur la route d’autres dames
Un autre merle inventera
une chanson presque la même
Un autre monsieur se trouvera là
sous cet arbre où je t’aime
Une petite fille qui n’est pas née encore
fera une poupée en coquelicot
à cet endroit précis où ton corps
endormi se mêle au long bruit de l’eau
On dira (mais ce seront d’autres)
Il faudra bien un coup de pluie
Ça ferait du bien aux récoltes
Les mots feront le même bruit
Mais plus personne plus personne
ne se servira de mon coeur à moi
ni de ta voix à toi qui résonne
dans mon oreille et mon corps à moi.

Siloé, l’Envoyé
Il naquit, le regard imprécis et docile
N
e laissant pas entrevoir l’obscurité fragile
Qui allait l’habiter de jour en jour
Comme si le malheur se jouait en toujours.
Les accusations nombreuses et banales
Se déclinaient en raisons ancestrales
Main puissante du châtiment divin
Appliqué pour chasser l’oeuvre du malin.
De la glaise généreuse sur des paupières
Closes, prêtes à être premières
Pour recevoir le geste du Verbe envoyé
Tourné vers la piscine de Siloé.
Dernière marche d’un aveugle-né
Pour une vue petit à petit retrouvée,
Etonnement des voisins, des parents,
Inquiets par le regard nouveau de leur enfant.
Ils dissertent, se répandent en propos pourfendeurs
S’organisent pour jouer les petits procureurs
En vue d’un jugement énoncé sans tribunal
Prenant l’acte divin pour une imposture totale.
Lui répète sans cesse le geste, la glaise, l’eau de Siloé
La marche réparatrice, le retour de toutes ses facultés.
Les incrédules le somment de nommer avec précision
L’auteur, provocateur d’un sabbat transformé en dérision.
L’homme aux yeux clairs cherche le prophète ou le mage
Portant les habits ordinaires du sage
Qui l’envoya se plonger dans l’onde réparatrice
Pour une vie nouvelle aux allures bienfaitrices.
Jésus veut achever son oeuvre d’un moment
Celle de transformer sa nuit pour longtemps
En jour resplendissant de lumière créatrice
D’une vie de foi, à jamais libératrice.
Bernard Pommereuil - Vauréal décembre 2019

Dimanche 22 mars 2020

J + 6 –  extraits

Deuxième dimanche pas comme les autres…..

....KTO - 7h ce matin, j’ai regardé et participé à la messe célébrée par le Pape au Vatican. Je la suis depuis le confinement car c’est une entrée dans l’universel, rendant le Pape proche et lointain, dans l’intimité de ma maison et dans le monde entier.

Le documentaire qui a suivi portait sur Marie Noël, belle coïncidence d’autant que les doutes et le pas de côté qu’elle avait vis-à-vis de Dieu me rejoint profondément car elle était essentiellement centrée sur le Christ.

Aujourd’hui, dans l’évangile de ce jour, ce sont les ténèbres de toujours qui envahissent ce pauvre homme, aveugle de naissance. Jean nous conduit vers cette question posée par les disciples de Jésus  « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jn 9, 2) On connait la réponse de Jésus : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » (Jn 9, 3-5)

Il est certain que les questions posées dans ce chapitre illustrent parfaitement notre situation. La recherche d’un coupable, l’incrédulité de certains acteurs de la scène et des autorités religieuses,, la transgression des règles sociales, la lente progression de l’aveugle vers la foi et la rencontre avec le Christ, autant d’éléments qui décrivent une pédagogie originale et complète qui nous enseigne comme si le chemin spirituel que nous poursuivons pouvait être balisé par les étapes qu’a suivi l’aveugle-né..

Je voudrais insister sur cette phrase quelque peu énigmatique « mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui » parce qu’elle porte en elle de possibles interprétations qui nous concernent directement. …

Télécharger tout le texte

Je vous propose quatre poèmes d’Andrée Chedid, poétesse libanaise, qui nous propulse dans l’univers poétique, histoire de laisser chanter les mots ou de les voir se glisser pour parler à notre âme. A télécharger

Sans aucune prétention ni comparaison, parce que c’est l’évangile de l’aveugle-né, je vous ajoute un texte que j’avais écrit, il y a quelques mois. A télécharger

J + 5 - Samedi 21 mars

 Faut-il continuer sur un chemin qui envisage son terme comme un provisoire sans cesse reporté. Tout bouge et tout est figé. Et nous voilà confinés pour plusieurs semaines …

Le confinement est propice à la méditation bien que celle-ci se heurte aux turpitudes d’une proximité mal supportée ou d’un isolement aggravé. Comment alors s’aventurer sur le chemin qui conduit à la paix intérieure ? Est-ce impossible, téméraire, déplacé ?

Comme c’est étrange de voir notre anéantissement ressenti comme insupportable quand nos regards obliques se sont détournés des terres syriennes, des rives de la Méditerranée, des iles grecques … quand les bombardements répétés de forces obscures terrassent des populations entières … quand nos océans deviennent une mer de plastique … quand des enfants aux visages perdus d’attente d’un monde de beauté et d’amour sont transformés en petits soldats de feu par et pour des potentats indignes de leur humanité … quand nos rues sont traversées par des errants sans domicile, incapables de se confiner par absence de murs … quand nous triomphons comme troisième producteur d’armes au monde…

Comment alors parler de paix intérieure ? N’est-ce pas une usurpation de mots, une transgression de nos idéaux, une vision d’utopistes bien au chaud dans leur demeure, bien confinés à l’abri de tous ces microbes et virus importuns, certainement venus de l’étranger,  porteurs de dérangement et de troubles ?... lire la suite 

 Je vous propose pour aujourd’hui un texte de Christian Bobin, le « Très-Bas ». Télécharger et imprimer

"Il suffit de si peu de choses pour que tout se mette à bouger;

Un rien, un regard, un sourire, une main tendue et tout se détend.

La parole enfermée est délivrée, le regard éteint s'allume soudain;

Celui qui ne voulait rien comprendre, se met à entendre les mots des autres.

Et voilà que s'ouvrent toutes les portes du possible, même ce que l'on croyait impossible hier...

Le pardon retrouvé que l'on pensait perdu,

La relation retissée que l'on croyait déchirée,

L'amour blessé qui soudain se relève,

La dignité relevée de l'homme humilié.

Oui, vraiment tout est possible si tu le veux.

Il suffit de si peu de choses,

Un peu comme une petite graine semée en terre.

Elle sera demain le premier arbre de la forêt.

Si tu le veux, Dieu aidant, tu peux."

Robert Riber

Que de choses en un jour

Dans un jour nous nous verrons.

Mais en un jour des choses poussent,

l’on vend des raisins dans la rue,

la peau des tomates change,

la jeune fille qui te plaisait

n’est pas revenue au bureau.

Ils ont soudain changé le facteur.

Déjà les lettres ne sont plus les mêmes.

Plusieurs feuilles d’or et c’est un autre :

Cet arbre est à présent un riche.

Qui nous aurait dit que la terre

avec sa vieille peau change tellement ?

Elle a plus de volcans qu’hier,

le ciel a de nouveaux nuages,

les fleuves courent d’une autre façon.

En outre, combien l’on construit !

J’ai inauguré des centaines

de routes, d’édifices,

de ponts purs et fins

tels des navires ou des violons.

Voilà pourquoi lorsque je te salue

et que je baise ta bouche fleurie

nos baisers sont d’autres baisers

et nos bouches d’autres bouches.

Salut, amour, salut pour tout

ce qui tombe et tout ce qui fleurit.

Salut pour hier et pour aujourd’hui

pour avant-hier et pour demain.

Salut pour le pain et la pierre.

Salut pour le feu et la pluie.

Pour ce qui change, nait, croît,

se consume et redevient baiser.

Salut pour ce que nous possédons d’aire

et ce que nous possédons de terre.

Lorsque notre vie se dessèche

il ne nous reste que les racines

et le vent est froid comme la haine.

Alors nous changeons de peau,

d’ongles, de sang, de regard,

et tu m’embrasses et je sors

vendre la lumière sur les chemins.

Salut pour la nuit et le jour

Et les quatre saisons de l’âme.

J + 4 – Vendredi 20 mars 2020

Imaginez ! Imaginez une société sûre de sa science, de ses savoirs, de sa technologie, de ses connaissances, de sa finance bien organisée, de ses loisirs futiles, de ses réseaux dits sociaux éphémères et destructeurs ! Imaginez des hommes et des femmes aux vies bien chargées, pour la majorité d’entre eux, courants par tous les vents pour essayer de tout concilier ! Imaginez des personnes ayant expulsé Dieu et toute sa suite pour cause de désuétude, d’obsolescence, d’inutilité intellectuelle et sociale en raison de l’arrivée du dieu « Science », du dieu « Argent » et du dieu « Moi » ! Imaginez une société de pillage, d’arrogance, pratiquant encore l’illusoire certitude d’un toujours plus !

Imaginez un mini-minuscule petit virus, le plus petit des petits pour mettre en doute le monde entier et faire trembler l’édifice mondial durablement construit ! C’est insensé, incroyable, impensable, ineffable, me direz-vous, transformant tous ces gens de certitude en confinés se mutant petit à petit en cons-finis ! 

Il y a quelque chose de paulinien dans cette aventure. N’a-t-il pas écrit dans la première lettre aux Corinthiens : « 1.27 Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort. »

 Dieu se serait-il introduit dans ce virus ?...     Non certes pas ! Car le virus se suffit à lui tout seul. Il fait son travail : il se multiplie et se répand quand on lui en donne la possibilité. Il ne fait que profiter de nos nombreuses failles. Ne tombons pas dans des interprétations apocalyptiques à la manière des chaines d’info en continu. Si le virus peut nous servir, c’est en nous obligeant à nous dévoiler tels que nous sommes sans fard, sans artifice car, aujourd’hui, nous sommes contraints de parler à nos miroirs et à eux seuls. Nous sommes donc nos poseurs de questions et nos donneurs de réponses ! Quel programme !

Cela nous met dans une posture d’humilité car, si nous voulons être cohérents, nous devrions revoir tous nos modes de vie, pas seulement de continuer à se laver les mains ou d’éviter de s’embrasser ou de se serrer les mains. Le changement devrait être radical dès le 1er mai lorsque le muguet fleuri embaumera nos cœurs et nos esprits.

                             lire la suite

 

J’ai choisi un poème de Pablo Neruda « Que de choses en un jour ». C’est un poète chilien mort en 1973 au temps de Pinochet. Il nous appelle à la contemplation … Son poème s’apparente à l’hymne à la nature de St François.

Laissons-nous changer de peau en regardant, écoutant et parlant autrement.

Bonne journée confinée

Avec toute mon amitié  Bernard  

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Jour 3 – jeudi 19 mars

Nous sommes à J+3. Nos esprits commencent à goûter le silence malgré les heurts du quotidien et les moments de solitude. Les oiseaux s’entendent comme jamais. Les rues commencent à connaitre le frôlement léger des rares piétons.

 Je pense à ces personnes qui sont en grande souffrance, ceux qui sont en fin de vie, qui ne peuvent recevoir de familles, de couples, d’amis car leur présence à leurs côtés est interdite. Ils vivent ces moments angoissants dans un complet isolement.

Je vous propose :

 Un poème laïc de Robert Desnos « J’ai tant rêvé de toi » car il a connu l’extrême solitude à la fin de sa vie à Buchenwald. Lui qui a fait tant de poèmes pour enfants, qui était engagé, il n’a pas survécu après la libération du camp car il est décédé du typhus une semaine après cette libération. Pourtant, dans ses derniers moments il nous livre des mots ensoleillés qui, s’ils s’adressent à sa femme, s’adressent aussi à tout être aimé.

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Une prière d’Edith Stein, une autre victime d’un camp de concentration nazi, que nous pourrions réciter en priant pour toutes ces personnes en fin de vie et qui sont dans un isolement complet. La prière des frères à distance est bénéfique. Nous n’en connaissons pas les effets mais, là, le Seigneur agit. L’effet ne dépend pas de nous mais de Lui.

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J’ai tant rêvé de toi
J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste rien de toi.
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres
D’être cent fois plus ombre que l’ombre
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
dans ta vie ensoleillée.

Conduis-moi

 Conduis-moi, douce lumière,

Parmi les ténèbres qui m’environnent, conduis-moi !

La nuit est noire et je suis loin de ma maison,

Conduis-moi !

Veille sur mes pas.

Je ne demande pas à voir au loin,

Un seul pas est assez pour moi.

Je n’étais pas toujours ainsi, je ne te priais pas de me conduire.

J’aimais choisir mon chemin et le voir

Mais désormais conduis-moi.

J’aimais le jour éblouissant et malgré des craintes,

L’orgueil gouvernait mon vouloir :

Ne te souviens pas des années passées.

Depuis que ta puissance m’a béni, sûrement elle me conduira,

A travers landes et marécages, passant escarpements et torrents,

Jusqu’à ce que la nuit s’achève

Et qu’avec le matin sourient ces visages d’anges

Que j’ai longtemps aimés et perdus un temps.

Jour 2 – mercredi 18 mars

Voilà donc le J2 qui commence, laissant poindre un soleil de promenade et d’envie de la nature toute renaissante. Et il nous faut rester confiner pour ne pas risquer de recevoir une petite bulle « virusée » de salive d'un ou d'une autre …

Ce matin, je vous propose un :

 

Un texte de Madeleine Delbrêl, « Le Bal de l’obéissance » de « Nous autres, gens des rues » (1966).

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Je vous souhaite une bonne 2ème journée confinée mais ouverte à toutes les formes de partage du beau, de la bonté et de l’amour.

 Le Bal de l’obéissance

C’est le 14 juillet.

Tout le monde va danser.

Partout, depuis des mois, des années, le monde danse.

Plus on y meurt, plus on y danse.

Vagues de guerres, vagues de bal.

II y a vraiment beaucoup de bruit.

Les gens sérieux sont couchés.

Les religieux récitent les matines de saint Henri, roi.

Et moi je pense

A l’autre roi,

Au roi David qui dansait devant l’Arche.

Car s’il y a beaucoup de saintes gens qui n’aiment pas danser,

Il y a beaucoup de saints qui ont eu besoin de danser,

Tant ils étaient heureux de vivre :

Sainte Thérèse avec ses castagnettes,

Saint Jean de la Croix avec un Enfant Jésus dans les bras,

Et saint François, devant le pape.

Si nous étions contents de vous, Seigneur,

Nous ne pourrions pas résister

A ce besoin de danser qui déferle sur le monde,

Et nous arriverions à deviner

Quelle danse il vous plaît de nous faire danser

En épousant les pas de votre Providence.

Car je pense que vous en avez peut-être assez

Des gens qui, toujours, parlent de vous servir avec des airs de

Capitaines,

De vous connaître avec des airs de professeurs,

De vous atteindre avec des règles de sport.

De vous aimer comme on s’aime dans un vieux ménage.

Un jour où vous aviez un peu envie d’autre chose,

Vous avez inventé saint François,

Et vous en avez fait votre jongleur.

A nous de nous laisser inventer

Pour être des gens joyeux qui dansent leur vie avec vous.

Pour être un bon danseur, avec vous comme ailleurs, il ne faut

Pas savoir où cela mène.

Il faut suivre,

Être allègre,

Être léger,

Et surtout ne pas être raide.

Il ne faut pas vous demander d’explications

Sur les pas qu’il vous plaît de faire.

Il faut être comme un prolongement,

Agile et vivant de vous,

Et recevoir par vous la transmission du rythme de l’orchestre.

Il ne faut pas vouloir à tout prix avancer,

Mais accepter de tourner, d’aller de côté.

Il faut savoir s’arrêter et glisser au lieu de marcher.

Et cela ne serait que des pas imbéciles

Si la musique n’en faisait une harmonie.

Mais nous oublions la musique de votre esprit,

Et nous faisons de notre vie un exercice de gymnastique ;

Nous oublions que, dans vos bras, elle se danse,

Que votre Sainte Volonté

Est d’une inconcevable fantaisie,

Et qu’il n’est de monotonie et d’ennui

Que pour les vieilles âmes

Qui font tapisserie

Dans le bal joyeux de votre amour.

Seigneur, venez nous inviter.

Nous sommes prêts à vous danser cette course à faire,

Ces comptes, le dîner à préparer, cette veillée où l’on aura

Sommeil.

Nous sommes prêts à vous danser la danse du travail,

Celle de la chaleur, plus tard celle du froid.

Si certains airs sont souvent en mineur, nous ne vous dirons pas

Qu’ils sont tristes ;

Si d’autres nous essoufflent un peu, nous ne vous dirons pas

Qu’ils sont époumonants.

Et si des gens nous bousculent, nous le prendrons en riant,

Sachant bien que cela arrive toujours en dansant.

Seigneur, enseignez-nous la place

Que, dans ce roman éternel

Amorcé entre vous et nous,

Tient le bal singulier de notre obéissance.

Révélez-nous le grand orchestre de vos desseins,

Où ce que vous permettez

Jette des notes étranges

Dans la sérénité de ce que vous voulez.

Apprenez-nous à revêtir chaque jour

Notre condition humaine

Comme une robe de bal, qui nous fera aimer de vous

Tous ses détails comme d’indispensables bijoux.

Faites-nous vivre notre vie,

Non comme un jeu d’échecs où tout est calculé,

Non comme un match où tout est difficile,

Non comme un théorème qui nous casse la tête,

Mais comme une fête sans fin où votre rencontre se renouvelle,

Comme un bal,

Comme une danse,

Entre les bras de votre grâce,

Dans la musique universelle de l’amour.

Seigneur, venez nous inviter.

Jour 1 – mardi 17 mars

Nous sommes donc dans une période où les esprits peuvent s’obscurcir par des pensées ténébreuses et chargées de nos angoisses indicibles. Nous pouvons aussi vivre dans une fausse désinvolture, prête à braver les interdits pour satisfaire un paraitre bien petit.

Alors, vivons de la vie qui sait se ressourcer et se recharger de créations de ceux qui, comme nous, ont traversé des épreuves ou vécu des moments inattendus.

Je vous propose quelques instants de poésie :

 

Un poème de Marie Noël (1883-1969) intitulé "Chèvre-Feuille"

 afin de passer un petit moment avec le Beau sous quelque forme que ce soit, de le redécouvrir et de vivre un moment de sa journée avec lui.

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Chèvre-Feuille

La belle Chèvre-Feuille

Fleurit à la Saint-Jean,

Au temps où l’Amour cueille

Toutes les fleurs des champs.

Elle a bondi plus vive

Qu’un petit chevreau blanc :

« Qui me fera captive ?

Est-ce un de ces galants ? »

S’élance sur la haie,

Les cornes en avant ;

Du haut de l’épinaie

A nargué ses amants ;

A monté sur la tête

Du houx le plus méchant ;

A grimpé jusqu’au faîte

Du chêne le plus grand.

Su la plus haute branche

A rencontré le vent,

Et le ciel qui se penche,

Et le Bon Dieu dedans…

Voici passer octobre…

Que fais-tu à présent ?

« Dis-moi, dis, rouge-gorge,

L’as-tu vue en volant ?

As-tu de ses nouvelles

Que rapporte le vent ?...

-Chèvre-Feuille, la belle,

Est entrée au couvent.

Dans le buisson qui veille

Et voit l’hiver venant,

Elle est dans la chapelle

D’épine et de tourment.

Sur son chapelet rouge

Aux grains couleur de sang,

Elle pri’ pour la route

Et pour tous les passants. »